La 20ème édition du SIEL fait dans les nouveautés cette année. Ainsi l’Afrique sera représentée en force, avec les 15 pays de la CEDEAO qui représenteront un stand unique. A cette occasion, Libé a
rencontré Hassan
El Ouazzani,
directeur du livre au ministère de la
Culture, qui a bien voulu mettre la lumière sur la problématique de l’édition au Maroc et le programme que compte mettre en œuvre le ministère en vue de moderniser et dynamiser le secteur. Entretien.
Libé : Quelles nouveautés proposez-vous au public pour ce 20ème SIEL ?
Hassan El Ouazzani : Contrairement aux années précédentes, nous n’avons pas invité un seul pays comme hôte d’honneur. Ce sont plutôt les 15 pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui sont les invités d’honneur de cette 20ème édition du SIEL. Treize ministres de la Culture, de ladite Communauté seront présents lors de cette édition. Ce qui constitue une première dans l’histoire des Salons du livre dans le monde arabe.
Le nombre d’éditeurs participant à cette édition connaît également une augmentation notable, puisque 800 éditeurs issus de 54 pays, y auront leurs stands. Ce qui représente une très nette évolution par rapport à l’année dernière.
En ce qui concerne la programmation culturelle, elle sera aussi dense que celle de l’année dernière. Près de 120 manifestations culturelles sont au programme, soit une moyenne de 10 rencontres par jour, avec la participation de 380 auteurs marocains, en plus de 75 venus de pays étrangers.
Ne craignez-vous pas que ce Salon ne soit inondé d’une certaine catégorie de livres?
Vous savez, je reste intimement persuadé que le Salon du livre doit être ouvert à tout le monde, dans le respect de la diversité culturelle. C’est un espace où le visiteur pourra découvrir aussi bien des livres qui traitent de religion, que des ouvrages littéraires, scientifiques, ou de sciences humaines. Si l’on se réfère aux données statistiques, concernant les 120.000 titres exposés, lors de cette édition, on s’apercevra que les différents champs de la connaissance sont équitablement représentés. Le libre choix est évidemment laissé au lecteur. Puisque chaque catégorie de lecteurs a ses préférences dans ce domaine.
Et que dire de certains éditeurs qui considèrent ce Salon du livre comme une opportunité purement commerciale?
En fait, il s’agit aussi bien d’une manifestation culturelle que d’un événement à caractère commercial. Mais nous essayons, cependant, de trouver le meilleur arrangement possible, en nous basant sur le règlement intérieur du SIEL, relatif au nombre de livres à exposer par éditeur. Les exposants sont également appelés à ne pas inonder le Salon de vieilles publications.
Par ailleurs, nous avons mis en place un comité de lecture, dont la tâche essentielle est de sélectionner, parmi les exposants, ceux qui respectent vraiment les règles de la profession. C’est ainsi que, sur le très grand nombre de demandes de participation reçues, nous n’avons finalement retenu que 800 exposants, qui font ce métier selon les règles de l’art.
En tant que directeur du livre au ministère de la Culture, quel regard portez-vous sur la situation actuelle du livre au Maroc ?
Il faut bien avouer que la situation du livre au Maroc connaît un certain nombre de problèmes. Mais il y a aussi une évolution dont il faudra bien tenir compte. Nous sommes conscients qu’il y a des contraintes au niveau de la production, puisque le nombre de parutions annuelles ne dépasse guère les 1400 titres. Mais il ne faut pas perdre de vue que le Maroc a été le dernier pays islamique à avoir connu l’imprimerie. Quant à la première maison d’édition marocaine, elle n’a vu le jour qu’en 1984. Notre expérience dans le domaine reste donc assez élémentaire, et par conséquent tributaire de nombreuses contraintes.
Le ministère de la Culture a sa propre vision de la situation, et se fixe comme but de parvenir à instaurer une véritable industrie culturelle dans notre pays. Il y a pour cela une stratégie à long terme. Mais parallèlement, il y a des mesures concrètes qui ont été prises, tel que le projet de soutien au secteur du livre, récemment exposé par le ministre de la Culture, lors de sa conférence de presse. Il s’agit d’une forme nouvelle de soutien aux éditeurs dans le but de moderniser le secteur. Tout en tenant compte des attentes des auteurs et des associations culturelles. Il y a aussi le problème de la distribution dont nous sommes parfaitement conscients. Mais toutes ces mesures seront insuffisantes si elles ne sont pas accompagnées d’une révision de la fiscalité en vigueur.
Et que dire de la relation auteur-éditeur dans notre pays ?
C’est une relation tout à fait vitale. Puisqu’aucun des deux ne peut se passer de l’autre. Mais un constat s’impose : actuellement, dans notre pays, le nombre de livres qui paraissent à compte d’auteur dépasse de loin celui des ouvrages publiés par des éditeurs professionnels. C’est là une situation contre nature. Parce que le véritable rôle d’un auteur, c’est d’écrire des livres et non de les faire éditer lui-même. Seulement voilà, le nombre d’auteurs dans notre pays ne cesse d’augmenter, alors que celui des maisons d’édition reste très restreint, puisqu’il ne dépasse pas la cinquantaine. Et même ce chiffre devrait être revu à la baisse, si nous appliquons les critères stricts du professionnalisme dans ce domaine. Mais je souligne encore une fois que cette profusion des publications à compte d’auteur ne représente pas le choix judicieux en matière d’édition.