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Gigantesque ! La plus grande station de dessalement au monde sera marocaine



Reste à relever les défis financiers, énergétiques et environnementaux



Le Maroc ambitionne de construire la plus grande station de dessalement de l’eau de mer en Afrique et dans le monde. Ce projet qui devra être opérationnel à Casablanca dès 2027 avec un budget estimé à 9,5 milliards de DH, traitera 300 millions de m3 par an. Selon Abdelkader Amara, ministre de l'Equipement, des Transports, de la Logistique et de l'Eau, le projet est au stade des études et devra gérer autrement l’eau en provenance de l’Oum Rabii qui approvisionne la capitale économique. Pourtant, si l’idée de créer cette station est louable et ambitieuse, il n’en reste pas moins qu’elle suscite tellement d’interrogations. D’abord au niveau de la consommation d’énergie. En effet, les experts sont unanimes à considérer que le dessalement de l’eau de mer est énergivore. Les techniques utilisées sont souvent très consommatrices en énergie le plus souvent fournie par des combustibles fossiles qui présentent pour l’environnement l’inconvénient d’émettre des polluants atmosphériques, notamment du dioxyde de carbone (CO2), des oxydes de soufre et d’azote et des particules solides. Selon le magazine Science et Vie, le procédé utilisé est, en effet, celui de l’osmose inverse. L’eau salée est filtrée à travers des membranes percées de trous de quelques nanomètres qui bloquent les sels minéraux et ne laissent passer que les molécules d’eau. Et pour ce faire, il faut exercer une forte pression 24 heures sur 24 et cela nécessite une importante source d’énergie. C’est pourquoi, précise le magazine, la plupart des grandes usines de dessalement se trouvent dans les Etats pétroliers où le pétrole et le gaz sont à bas prix et où l'eau est rare. Cette consommation en énergie a des conséquences de taille sur le plan climatique. La désalinisation génère, selon la même source, l’émission d'environ 80 millions de tonnes de CO2 par an et ces émissions augmentent de 10% par an. « Utiliser une énergie intermittente comme le solaire ou l’éolien impose une importante capacité de stockage par batteries afin d’assurer une alimentation permanente. Et tout cela coûte assez cher. Pour les capacités de production conventionnelle diesel de moins de 1000 m3/j, le coût de l’eau est de 3 à 6 euros par m3 et les consommations spécifiques sont de 4 à 7 kWh/m3 », indique le magazine. Un vrai défi donc pour les engagements du Maroc au niveau international qui ambitionne de réduire d’ici 2030 ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 17% et envisage même d’opérer une baisse de 42%, conditionnée à l’obtention d’une aide internationale. Pour plusieurs experts, les stations de dessalement, considérées comme des alternatives d’adaptation au changement climatique, ne devront être adoptées que lorsque toutes les autres possibilités ” durables ” auraient déjà été exploitées (en particulier l’utilisation rationnelle de l’eau et le recyclage des eaux usées) et elles devraient se limiter à la production d’eau potable pour la consommation humaine. A capacité identique, le recyclage des eaux usées est nettement moins cher que le dessalement de l’eau de mer, avec une consommation d’énergie deux fois moins importante. Ensuite au niveau environnemental. Selon un rapport de l’ONU daté de 2019, le dessalement d'eau de mer constitue un danger croissant pour l'environnement à cause de la saumure, à savoir de l'eau chaude très concentrée en sel et autres minéraux. En moyenne, la production d'un litre d'eau potable induit celle de 1,5 litre de saumure - "bien que les valeurs varient considérablement, en fonction de la salinité de l'eau d'alimentation et de la technologie de dessalement utilisée, ainsi que des conditions locales", précise l'étude. Au niveau mondial, 142 millions de mètres cubes de saumure sont donc rejetés chaque jour par les usines de dessalement : 51,8 milliards de mètres cubes par an, soit assez pour couvrir la Floride d'une épaisseur de 30,5 centimètres, calculent les chercheurs. En raison d'une large utilisation de l'eau de mer et de technologies de dessalement thermique, la production de 55% de cette saumure est d'ailleurs concentrée dans quatre pays : l'Arabie Saoudite (22%), les Emirats Aabes Unis (20,2%), le Koweït (6,6%) et le Qatar (5,8%). 80% de la saumure étant produite dans un rayon de 10 kilomètres d'un littoral, elle est le plus souvent rejetée en mer, parfois sans dilution ou traitement. Or, sa « salinité élevée », ainsi que la « réduction des niveaux d'oxygène dissous » dans les eaux réceptrices qui en résulte, « peuvent avoir de profondes répercussions sur les organismes vivant au fond des eaux, ce qui peut se traduire par des effets écologiques observables tout au long de la chaîne alimentaire », alerte le rapport de l’ONU. Ce dernier évoque également des risques majeurs liés à la présence dans la saumure rejetée de produits chimiques toxiques utilisés comme agents détartrants et nettoyants dans le processus de dessalement (du cuivre et du chlore notamment). Enfin, il y a la question du coût financier. Selon le rapport « Considérations économiques concernant l'approvisionnement en eau par dessalement dans les pays du Sud de la Méditerranée », le coût d'investissement pour la construction d'une station est estimé à 30 millions de dollars américains pour le dessalement de l’eau de mer et à 12 millions de dollars pour le dessalement de l’eau saumâtre. Aujourd'hui, deux tiers des usines sont, en effet, situées dans des pays à hauts revenus. La gestion de la saumure représente, à elle seule, jusqu’à 33% des coûts d’une usine. Actuellement au Maroc, le coût de production d’un m3 d’eau dessalée avoisine les 10 DH et le coût énergétique correspond à 60% du coût de production du m3. Plus le prix de l’énergie est bas, plus le prix final est réduit. Comment le Maroc compte-t-il trancher ces questions et défis énergétiques, environnementaux et financiers? Le choix du dessalement de l’eau de mer s’avère-t-il une bonne alternative ? Le Royaume parviendra-t-il à répondre à ses besoins en eau tout en respectant ses engagements au niveau international ? Des questions auxquelles il faut répondre et des défis qu’il faut relever notamment dans un contexte où la région de Casablanca, par exemple, est au bord d’une saturation qui sera atteinte avant 2027 et où il y a un besoin urgent d’assurer une ressource complémentaire. Affaire à suivre. 

Hassan Bentaleb
Mardi 23 Mars 2021

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