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Garde-fous pour fake news et autres commentaires désobligeants : Trop, c’est trop !




“C’est une fake news !», «Attention aux fake news», «Il faut lutter contre les fake news»... La désinformation n’est certes pas un phénomène nouveau, mais ce qui l’est, en revanche, c’est son ampleur et la vitesse avec laquelle elle se répand grâce aux médias numériques.
Les preuves sont d’ailleurs là, et elles sont accablantes: les fake news, expression anglo-saxonne galvaudée qui recoupe en fait des situations fort différentes, ont envahi nos fils d’actualité, nos scènes politiques, nos vies,....
Pour faire simple, toute information se base sur des faits : ce qu’a dit quelqu’un, le résultat d’un match de football, la température mesurée  à un endroit et en un jour donné … Chacun va essayer de rapporter au mieux ces événements, mais ce travail n’est jamais neutre : deux personnes différentes raconteront une même histoire en mettant parfois en avant certains faits plutôt que d’autres, ou elles n’en tireront pas forcément les mêmes conclusions.
Mais bien loin de ces considérations, il existe un certain nombre de personnes ou de sites internet d’information peu scrupuleux, prompts à faire le contraire de la déontologie journalistique. Ils citeront, par exemple, des chiffres qui n’existent pas ou montreront des images retouchées pour en dénaturer le sens. C’est un peu comme si un cuisinier ajoutait volontairement des produits nocifs dans les plats qu’il prépare. Et c’est, en fait, là où le bat blesse réellement.
Face à ce phénomène, les spécialistes, le monde politique et le public semblent avoir plébiscité des réglementations gouvernementales plus nombreuses et plus pertinentes pour encadrer les groupes de presse et les aficionados des nouvelles technologies.
Le Maroc où le nombre de journaux électroniques frise les 700  en a fait de même en mettant son Code de la presse et de l’édition au diapason de la nouvelle situation.
En outre, son département de la Communication s’est fendu, samedi dernier, d’un communiqué dans lequel il a appelé les médias électroniques « à veiller à la mise en place des dispositions de la loi concernant les informations et les allégations fausses contenues dans les commentaires» et leur a recommandé d’ »adhérer aux principes du professionnalisme dans l’exercice de l’activité journalistique ».
«Sur la base des droits de l’exercice de l’activité journalistique garantis par la Constitution, en particulier en ce qui concerne la liberté de la presse, le droit d’accès aux informations de différentes sources, à l’exception de celles à caractère confidentiel, et compte tenu des règles relatives à la protection des droits personnels et à la déontologie de la profession, le ministère de la Culture et de la Communication, département de la Communication, œuvre en faveur d’une mise en place saine des acquis juridiques et des règles légales relatives au département, à travers la mise en œuvre des dispositions de lutte contre les fausses nouvelles et les faits inexacts», a-t-il précisé.
Un autre département, en l’occurrence celui de l’Intérieur, a préalablement sonné l’alarme, voire le branle-bas de combat contre ces dérives.
En janvier dernier, il avait, en effet, souligné dans un communiqué «avoir relevé dernièrement une recrudescence de la diffusion par des journaux, des sites électroniques et des réseaux sociaux, de photos et vidéos truquées» et «attiré  l’attention sur la gravité de ces actes qui sont de nature à induire l’opinion publique en erreur, ainsi que le sentiment de peur et l’atteinte flagrante à l’ordre public que cela peut engendrer», insistant sur le fait que «toutes les mesures légales seront prises par les autorités compétentes pour identifier les personnes impliquées dans la diffusion de telles allégations». Auxquelles, fin ne semble pas avoir été mise.
Dans l’attente, le communiqué du département de la Communication semble avoir eu pour premier résultat de susciter un vif débat entre les experts et les défenseurs des droits de l’Homme.
L’OMDH a ainsi longuement débattu de cette problématique lors de la réunion de son bureau exécutif tenue avant-hier.
Pour Boubker Largou, président de cette ONG, ce sujet est très sensible, « car les plaintes déposées auprès du Ministère public contre les diffamations, insultes ou fake news publiés par les sites électroniques restent sans suite dans la plupart des cas ».
« Avant de prendre une position ferme sur un sujet aussi sensible, nous avons décidé d’organiser des rencontres auxquelles devraient prendre part les professionnels et les experts en vue d’approfondir le débat à propos des médias électroniques et des droits de l’Homme », a-t-il affirmé dans une déclaration à Libé.
Il a néanmoins reconnu que certains médias électroniques ne respectent pas la déontologie journalistique, insultent et diffament en toute impunité.
Il y a lieu de préciser que l’OMDH a appelé tous les citoyens et les professionnels de la presse écrite, des médias électroniques et des réseaux sociaux à respecter la déontologie et les libertés individuelles lors des débats publics, lit-on dans le communiqué publié à l’issue de la réunion du bureau exécutif de cet ONG.
Pour sa part, un expert a salué l’initiative du ministère de la Culture et de la Communication qui n’a fait, selon lui, qu’appliquer la loi dans ce domaine. « Ces dernières années, il y a eu des dérives et des dérapages. Lorsque des commentateurs insultent et diffament, le propriétaire du site électronique ou son directeur ne doit assumer ses responsabilités vu qu’il  est légalement responsable de tout ce qui se publie sur son support et que des moyens techniques lui permettent de contrôler la teneur des commentaires qu’il publie», a-t-il soutenu.
La réaction d’Achraf Tribak, président du Centre Hespress des études et de la recherche, a été mitigée.
Pour lui, « les commentaires font partie de l’interaction entre le site et ses lecteurs. Mais ils sont les plus dangereux pour les médias électroniques ».
Il a, dans ce sens, critiqué la démarche du département de la communication qui, selon lui, « aurait dû poursuivre l’approche participative initiée par l’ancien gouvernement et ouvrir le débat sur la responsabilité morale et juridique concernant les commentaires de tiers».
« Contre toute attente, a-t-il poursuivi, le ministère a publié un communiqué appelant les sites électroniques à respecter les dispositions légales. Certes cela rentre dans le cadre de la mise en application de la nouvelle loi, mais nous croyons qu’il a pris une décision hâtive, car cette loi nécessite la promulgation de décrets d’application et exige, avant tout, la concertation entre les autorités publiques et les opérateurs du secteur». Et Achraf Tribak d’ajouter : « Nous ne sommes opposés à l’application de la loi ou au contenu du communiqué ministériel, mais nous sommes contre la méthodologie usitée à ce propos».
A l’en croire, « il faut une approche réaliste pour régler ce problème. Nous ne sommes pas encore parvenus à régler la question de la teneur de ce qui se publie sur certains sites électroniques. Il faut donc régler préalablement ce problème avant de plancher sur celui des commentaires ».
Il a précisé que la régulation des commentaires constitue un sujet épineux pour les médias électroniques. « A titre d’exemple, à Hespress, quatre personnes sont chargées de trier les milliers de commentaires reçus quotidiennement. Il est donc extrêmement difficile de contrôler et de réguler un flux aussi important de commentaires ».

Tabet Mourad et H.T
Mardi 18 Septembre 2018

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