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C’est ce drame humain insoutenable qui a poussé la députée ittihadie Latifa Chérif à adresser une missive au ministre de la Santé. Dans ce message, elle dénonce une rupture de stock «récurrente et inquiétante» qui prive les patients de leur droit fondamental à vivre leurs derniers instants, ou à supporter leurs traitements, dans des conditions dignes. Elle exige des explications claires sur les causes de cette crise et sur les solutions que le gouvernement compte mettre en place.
Le constat est implacable. La morphine figure sur la liste des médicaments essentiels de l’Organisation mondiale de la santé. Elle n’est pas un produit accessoire ou secondaire, mais une molécule pivot de toute stratégie de lutte contre la douleur, que ce soit dans le cadre de chimiothérapies, d’interventions chirurgicales ou d’accompagnements palliatifs. «La morphine ne se limite pas seulement à diminuer la douleur, elle est un élément essentiel de la chaîne thérapeutique», insiste Latifa Chérif, rappelant que sans elle, tout un pan du système de soins s’effondre.
Les familles des malades le savent mieux que quiconque. Elles assistent, impuissantes, aux cris et aux larmes des leurs. Car derrière le mot «pénurie» se cache une réalité brutale : des corps qui se tordent, des nuits sans sommeil, une médecine amputée de l’un de ses outils les plus basiques. Les témoignages des professionnels confirment cette situation. Un médecin, anesthésiste-réanimateur, sous couvert d’anonymat, confie : «Tous les médicaments à base de morphine ne sont pas disponibles sur le marché marocain. Nous improvisons, nous jonglons avec les stocks, mais nous ne pouvons plus garantir une continuité de traitement».
Cette crise soulève une question de fond : comment un pays qui investit des milliards dans ses infrastructures hospitalières, qui multiplie les annonces de réformes et de chantiers de santé, peut-il faillir à garantir l’accès à un médicament aussi élémentaire ? L’interrogation, Latifa Chérif la formule avec force : « Existe-t-il un plan d’urgence pour garantir la disponibilité de la morphine dans l’ensemble des établissements de santé qui traitent les cas graves ? »
Le problème ne semble pas lié uniquement à une question budgétaire. La députée évoque la possibilité de défaillances dans la chaîne d’approvisionnement, qu’il s’agisse de l’importation, de la distribution ou de la régulation. La morphine, parce qu’elle est un stupéfiant, fait l’objet d’une réglementation stricte. Mais cette vigilance administrative ne doit pas se transformer en obstacle insurmontable pour les patients. «Nous ne pouvons pas accepter que des contraintes bureaucratiques se traduisent en souffrances humaines», martèle Latifa Chérif.

La députée ittihadie Latifa ChérifLe Maroc n’est pas le seul pays confronté à des tensions dans l’approvisionnement en opioïdes médicaux. Mais ailleurs, des dispositifs de gestion des stocks, des partenariats avec les laboratoires, des plans d’importation d’urgence sont mis en place pour prévenir la rupture. Ici, la question est de savoir si de tels mécanismes existent réellement et, s’ils existent, pourquoi ils n’ont pas fonctionné.
dénonce une pénurie aussi récurrente qu’inacceptable
L’affaire prend une dimension éthique et politique. Car l’accès aux soins n’est pas une faveur, c’est un droit garanti par la Constitution et par les engagements internationaux du Royaume. Priver un malade de morphine, c’est bafouer ce droit et exposer l’Etat à un discrédit profond. «Le respect de la dignité des patients et de leurs familles doit être au cœur de l’action publique», insiste la députée de l’USFP.
Le ministre de la Santé est désormais sommé de s’expliquer. Les malades, leurs proches et les médecins attendent des réponses claires : d’où vient la pénurie ? Est-elle conjoncturelle ou structurelle ? Quelles mesures immédiates seront prises pour rétablir l’approvisionnement ? Et surtout, comment éviter que ce scénario tragique ne se reproduise à l’avenir ?
Au-delà des aspects logistiques et médicaux, c’est un choix de société qui se dessine. Un pays est jugé à la manière dont il traite ses citoyens les plus fragiles. Or, laisser un malade en fin de vie prisonnier de sa douleur, c’est l’abandonner à une double peine : souffrir de la maladie et souffrir de l’indifférence.
Latifa Chérif a choisi de ne pas se taire. Elle a mis des mots sur ce que beaucoup subissaient en silence. «Il est impératif d’assurer la disponibilité continue de la morphine pour garantir l’accès aux soins et préserver la dignité des malades», affirme-t-elle avec gravité. Ce cri d’alerte ne peut pas rester lettre morte. Il appelle une réaction immédiate, mais aussi une réflexion de fond sur la gouvernance du système de santé.
La pénurie de morphine au Maroc n’est pas qu’un problème pharmaceutique. C’est le révélateur d’un déséquilibre plus large : celui d’une politique sanitaire qui peine à placer le patient au centre de ses priorités. Tant que ce déséquilibre perdurera, la douleur continuera de hanter les chambres d’hôpital, et les discours officiels continueront de sonner creux.
Car la vraie modernité d’un système de santé ne se mesure pas au nombre de nouveaux bâtiments ou à la taille du budget, mais à sa capacité à garantir à chacun, jusqu’au bout, le droit de ne pas souffrir inutilement. Et sur ce terrain, l’urgence n’est plus à démontrer.
Mehdi Ouassat