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De battre, mon cœur a commencé

“Un cœur marocain” nous tient en haleine tout au long du récit




Un cœur marocain (Editions Marsam, 2018), dernier roman de Jean Zaganiaris, est un voyage qui nous entraîne  dans les dédales de la maladie et nous tient en haleine tout au long du récit.
C’est d’abord un titre séducteur parce qu’intrigant. En effet, il suscite moult questions : que veut-on signifier par le mot « cœur » ? Est-ce l’organe vital fait de muscles, de veines et d’artères, niché dans la cage thoracique de tout un chacun ? Si c’est cet organe qu’on entend, alors qu’est-ce qu’un cœur marocain pourrait avoir de particulier en comparaison aux sept milliards de cœurs battant dans les corps qui peuplent cette terre ? Est-ce le cœur pris dans le sens métaphorique qu’on lui attribue, c’est à dire le foyer des sentiments que ressent un être humain ? Dans ce cas, qu’aurait également un cœur marocain de particulier ? Générosité, hospitalité, jovialité caractérisant les Marocains de manière générale ?
On entame la lecture du roman avec toutes ces questions. On tombe alors sur des premières lignes non moins séductrices que le titre. La phrase inaugurale du roman est éloquente à cet égard :
« Monsieur, votre rythme cardiaque est de 39 pulsations par minute ».
Pour un lecteur qui ne comprend pas vraiment ce que cela signifie médicalement, la précision vient quelques lignes plus loin :
«  Et donc, il devrait battre entre 60 et 80 pulsations par minute…le vôtre est à 39… C’est bas… C’est même très bas. Avez-vous déjà fait des malaises ? »
Adam Kazantzakis, la cinquantaine, Grec résidant au Maroc, animateur d’une émission culturelle dans une antenne radio à Rabat, célibataire, ayant pour seule famille deux amis écrivains, va se retrouver face à une grave défaillance du fonctionnement de son cœur qui l’expose à tout moment à un accident cardio- vasculaire, une attaque cérébrale ou même un arrêt cardiaque.
Commence alors un périple. Le lecteur est entraîné avec Adam Kazantzakis dans l’univers de la maladie cardiovasculaire. Grâce à un style fluide et entraînant, on plonge avec grand intérêt dans l’enfer des analyses, des radiographies, dans le jargon relatif aux maladies cardiaques : arythmie, électrocardiogramme, fibrillation auriculaire, TP/INR, coronographie, «seintrom» (jeux de mots avec le nom des médicaments), holter, pacemaker…lequel univers nous fait prendre conscience de la fragilité de la vie et d’un type de vie particulier où « la maladie n’a pas de jour férié » et que les personnes bien portantes n’imaginent pas.
Dans cette descente aux enfers de la maladie, cette chute libre dans le gouffre de la maladie, une main va se tendre à Adam Kazantzakis et le happer pour en freiner la vitesse : Leïla  Zinaidi, une cardiologue.
Le médecin généraliste ayant vivement conseillé la consultation d’un cardiologue à Adam, ce dernier se rend sans grande conviction, dans le cabinet du docteur Zinaidi qui se situe dans l’immeuble où il habite. Dès la première consultation, il se surprend à lui dire, lui qui a horreur des médecins et des milieux hospitaliers : « Mon cœur est entre vos mains ».
Cette phrase ne tardera pas à prendre une double dimension : le cœur malade entre les mains d’une cardiologue et le cœur esseulé entre les mains d’une femme esseulée à son tour !
Divorcée, éloignée de ses deux enfants partis vivre avec leur père en France, Leïla Zinaidi va se donner corps et âme à son travail, s’oubliant comme femme jusqu’au jour où elle fit la connaissance d’Adam Kazantzakis. Du devoir professionnel, elle passera à un statut maternel et protecteur envers lui pour finir par découvrir qu’ils sont amoureux l’un de l’autre, ouvrant ainsi la voie à une grande question déontologique que l’auteur soulève avec beaucoup de finesse.
Pourquoi toute relation amoureuse entre un médecin et son patient est-elle une grave transgression à la déontologie du métier et est sanctionnée pénalement ? Le rapport médecin /patient exclut-il le fait qu’on soit homme et femme pouvant éprouver une attirance amoureuse mutuelle ?  
Par ce roman, Jean Zaganiaris met en lumière l’Homme confronté à la maladie, à la défaillance de son corps qui refuse de mener la vie qu’il veut lui imposer. Il y révèle une  vulnérabilité particulière de l’être humain. Son roman est une autopsie de la psychologie d’un malade qui découvre sa maladie, qui en souffre énormément mais qui, en perdant à jamais son cœur sain, en trouve un autre qui va l’aimer. Qu’adviendra-t-il alors de ces deux cœurs ?
Un roman à lire !

 

Par Najat Dialmy
Mardi 26 Juin 2018

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