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Chenils illégaux tchèques, une affaire honteuse mais lucrative




Entassés sans pitié dans des camions et coffres de voitures, quelque 50.000 chiots sans papiers tchèques, souvent trop jeunes et malades, sont exportés en fraude chaque année pour être vendus sur le marché noir en Occident.
Ils sont "produits" dans des élevages illégaux et lucratifs de plus en plus nombreux, malgré les protestations des défenseurs des animaux.
"Essayez de vivre au moins pendant une journée comme ces chiots, dans un espace confiné et insalubre, avec un minimum de nourriture et d'eau, dans vos propres excréments...", lance la vétérinaire Martina Naceradska, engagée dans le combat pour faire cesser ce trafic.
"Un grand nombre de chiots sont élevés illégalement en République tchèque et dans quelques autres pays de la région, souvent dans des conditions alarmantes, puis transportés vers des pays occidentaux et confiés à des revendeurs", dénonce cette vétérinaire pragoise.
Le phénomène a fait naître un nouveau mot tchèque pour désigner ces chenils, "mnozirna", qui peut se traduire par "multiplicateur".
Le nombre de "mnozirna" tchèques se situerait entre 100 et 150, selon les défenseurs des animaux. Les éleveurs y font manger aux chiennes des hormones et les font mettre bas jusqu'à trois fois par an.
Ces chenils clandestins sont souvent situés tout près de l'Allemagne et de l'Autriche. Parce que les animaux de compagnie ont la cote auprès du public de ces pays riches, où l'achat d'un chien coûte en moyenne 75% plus cher.
Et parce que les frontières communes avec la République tchèque sont étendues, offrant de multiples points de passage pour acheminer discrètement les animaux.
Les acquéreurs, qui entrent en contact avec les vendeurs via des petites annonces sur des sites internet, récupèrent le plus souvent les chiots dans des endroits anonymes tels que les parkings ou les stations service.
Environ 50.000 chiens sans documents seraient ainsi livrés illégalement chaque année vers des pays d'Europe plus à l'ouest, selon Mme Naceradska, qui cite les estimations d'ONG de défense des animaux.
Le chiffre d'affaires annuel de ce commerce est estimé à 1,5 milliard de couronnes (58 millions d'euros). Les races "à la mode" telles que le bouledogue français, le chihuahua, le Yorkshire Terrier, le Jack Russel, le bichon ou le cavalier, sont les plus recherchées. "Lors du transport par exemple vers l'Espagne, quelque 80% de chiots meurent, pourtant le business reste lucratif", s'indigne Mme Naceradska.
Car si élever un chiot illégalement ne coûte qu'environ 50 euros, l'animal peut être revendu jusqu'à 1.000 euros. Et les amendes sont bien peu dissuasives.
Une personne prise en flagrant délit de transport d'un animal en dehors du cadre fixé par les autorités vétérinaires ne risque que 20.000 couronnes (768 euros) d'amende, selon le directeur de l'Administration vétérinaire d'Etat (SVS), Zbynek Semerad.
Face à cette situation qui suscite de fortes critiques d'organisations étrangères, dont l'association autrichienne d'aide aux animaux "Vier Pfoten" ("Quatre pattes"), la classe politique tchèque commence à réagir. Un amendement à la loi vétérinaire a ainsi été adopté en juin.
Il introduit l'obligation, à partir de 2020, d'installer des puces électroniques sur tous les chiens au moment de leur première vaccination contre la rage.
Il stipule aussi l'enregistrement obligatoire auprès de l'administration vétérinaire de chaque élevage comprenant plus de cinq chiennes adultes.  
L'objectif est "d'améliorer le contrôle des chiens d'élevage", explique le député Herbert Pavera. "Je suis persuadé qu'il est possible d'éliminer les +mnozirna+, mais d'autres mesures législatives seront encore indispensables", résume-t-il.
Pour Mme Naceradska, l'amendement "c'est mieux que rien". Mais "il faut clairement définir dans une loi les conditions dans lesquelles il est interdit d'élever les animaux", souligne la vétérinaire. Le cadre datant de 1992 qui fixe les conditions d'élevage dans les fermes et les chenils est considéré comme insuffisant par les défenseurs des droits des animaux, qui réclament un durcissement des sanctions encourues.
En attendant l'aboutissement d'un processus législatif à la traîne, ils tirent la sonnette d'alarme en se mobilisant sur les réseaux sociaux et agissent. Avec ses amis, la retraitée Alena Smidkova épluche ainsi attentivement les petites annonces.
Quand les soupçons de trafic de chiens se confirment, "'j'y vais avec quelques bougres et je menace d'appeler la police si le patron de l'élevage ne me remet pas ses chiens. Dans la plupart des cas, ils ne font pas d'histoires", raconte cette Morave énergique.
Dans son jardin à Omice (est), une vingtaine de chiots courent çà et là. Ils reçoivent des soins de base, dans l'attente d'une adoption par des "familles soigneusement choisies", explique Mme Smidkova.
Les trafiquants "sont dégoutants, ils gagnent facilement leur vie aux dépens des chiens". "Mais c'est la demande qui crée l'offre", reconnaît-elle.

Samedi 9 Septembre 2017

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