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Chelsea, Denver, Lyon: Les milliards pleuvent sur le sport


Libé
Vendredi 8 Juillet 2022

Les records tombent dans le monde du sport, pris par une fièvre d'achat qui fait grimper les prix des équipes, un élan nourri par l'explosion des droits de diffusion, l'afflux de nouveaux investisseurs et un certain effet de mode.

Fin mai, un groupe d'investisseurs américains a déboursé 4,25 milliards de livres (5 Mds EUR), pour le club anglais de football de Chelsea, soit plus du double de l'ancien record, suivi, à peine une semaine plus tard, par un autre consortium américain, qui a payé 4,5 milliards de dollars (4,4 Mds EUR) pour s'offrir l'équipe de football américain des Denver Broncos.

La séquence a aussi vu, en juin, l'Olympique lyonnais repris par l'entrepreneur John Textor moyennant une valorisation de 798 millions d'euros, du jamais-vu pour un club français, et l'AC Milan passer sous la bannière de la société d'investissement américaine RedBird Capital, pour 1,2 milliard d'euros.

"Il y a vraiment beaucoup de facteurs qui poussent dans la même direction", explique Salvatore Galatioto, du cabinet de conseil Galotioto Sports Partners.

Premier moteur, "il n'y a pas d'autre contenu média qui ait la valeur du sport", qui est l'un des très rares programmes à être encore consommé presque intégralement en direct, souligne le consultant.

Des 110 milliards de dollars offerts, en mars 2021, à la puissante NFL pour onze ans de diffusion sur le seul marché américain aux 6,2 milliards lâchés pour cinq ans à la ligue indienne de cricket IPL, mi-juin, les droits de retransmission flambent.

Dans les deux cas, les géants du streaming, qui s'étaient longtemps tenus à l'écart, sont venus s'ajouter aux chaînes traditionnelles.

En outre, aux Etats-Unis, comme c'est déjà le cas ailleurs, "les paris sportifs vont aider les audiences", prévoit Salvatore Galatioto. "Les gens vont regarder plus de matches" et "cela va faire grimper la valeur des contenus".

Dans ce contexte, "acquérir une équipe, c'est une bonne façon de capter une partie de cette valeur", ajoute David Gandler, co-fondateur et directeur général de la plateforme de télévision en ligne fuboTV.

Et à mesure que le gâteau s'agrandit, le nombre de parts, lui, reste quasiment le même. Ces 20 dernières années, les quatre ligues majeures américaines n'ont intégré que deux nouvelles franchises.

Et ce d'autant que certains des plus beaux actifs au monde, notamment le FC Barcelone et le Real Madrid, seront toujours inaccessibles du fait de leur structure capitalistique.

Côté demande, en revanche, "vous voyez plus de flux d'argent venus d'investisseurs institutionnels", essentiellement des fonds, décrit David Gandler, "alors qu'avant, c'était surtout des familles ou des individus fortunés".

En outre, le modèle de l'actionnaire unique, historiquement dominant aux Etats-Unis, n'est plus aussi prisé.

"Il y a pas mal de gens qui se mettent ensemble pour racheter des clubs", explique Pascal Rigo, entrepreneur devenu récemment actionnaire minoritaire du club de football du Paris FC (2e div. française), ce qui abaisse le prix d'accès et augmente la population des investisseurs potentiels. "On mitige le risque".

Le sport a aussi pour lui de ne pas être un divertissement comme les autres, avec un potentiel de fidélisation que même Disneyland ou les plus grandes stars de la chanson ne peuvent que lui envier.

"On peut changer de femme, on peut changer d'amis, mais on ne peut pas changer de club", glisse, dans un sourire, Pascal Rigo.

Objet à part, le sport est aussi une valeur dite défensive, c'est-à-dire peu sensible aux cycles économiques.

 

Malgré le ralentissement économique en cours, il ne croit donc pas plus, cette fois, à une baisse du prix des équipes.

David Gandler, qui est aussi devenu actionnaire minoritaire du Paris FC, voit même l'élan se propager à d'autres sports, du pickleball, alternative au tennis en pleine croissance aux Etats-Unis, au rugby, en passant par le basket européen et asiatique.

Au-delà des critères rationnels, "le côté glamour" du sport professionnel attire aussi les investisseurs, selon Pascal Rigo.

Et puis, poursuit-il, "il y a un phénomène qui s'apparente à ne pas vouloir rater le train".

Plus que de dégager des bénéfices une fois aux commandes, le but est le plus souvent, pour les acquéreurs, de générer un retour sur investissement à la revente.

"Mais il faut rester pour une durée raisonnable", avertit Salvatore Galatioto, qui parle de 5 à 10 ans, "parfois plus". "Essayer de faire la culbute en deux ans, ce n'est sans doute pas la meilleure idée qui soit", conclut-il.



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