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Depuis le premier coup de sifflet de cette CAN, le Maroc avance sans bruit inutile et sans éclat superflu. Match après match, l’équipe de Walid Regragui a construit quelque chose de singulier sur le continent : une forteresse. Seulement cinq tirs cadrés concédés en six rencontres. Quelques frappes lointaines, presque anodines. Un seul but encaissé, sur penalty. Ce ne sont pas des chiffres destinés à impressionner. Ce sont des chiffres qui racontent une équipe contrôlant son tempo et imposant son rythme.
La demi-finale face au Nigeria en a été l’illustration la plus pure. Un match fermé, tendu, parfois âpre, mais jamais subi. Les Lions de l’Atlas ont fait le jeu, dicté la cadence et assumé le pressing sans jamais se déséquilibrer. Et quand le match a glissé vers ce que beaucoup redoutent, la séance des tirs au but, la sélection marocaine est redevenue ce qu’elle est depuis des années : une équipe bien préparée. Mentalement et techniquement.
Mais réduire cette sélection à sa solidité défensive serait une erreur. Regragui n’est pas un gestionnaire frileux. Il est un bâtisseur pragmatique. Derrière la rigueur, il y a des circuits offensifs clairs, des projections maîtrisées et des profils complémentaires. Hakimi et Mazraoui avalent les couloirs sans perdre leur lucidité. Abdé impose son rythme par la répétition et l’abnégation. Brahim Diaz, lui, apporte la justesse et cette capacité à faire respirer un match sous tension. Quant à El Aynaoui, il tient l’axe. Il protège, il distribue, il stabilise.
La prolongation face au Nigeria aurait pu user les corps et les têtes. Elle a au contraire révélé la profondeur du groupe. Les entrants ont apporté ce qu’ils devaient apporter. Pas de panique. Pas de précipitation. Juste une continuité.
Et pourtant, au moment même où le Maroc validait son billet pour la finale, une question s’est glissée dans l’euphorie. Une question que tout observateur expérimenté connaît : attention à l’énergie dépensée trop tôt. Les célébrations ont été sincères, populaires et chargées d’émotion. Normal. Ce pays attend ce moment depuis 22 ans. Mais l’histoire du football est cruelle avec ceux qui jouent la finale avant de la disputer.
En face, le Sénégal arrive avec un visage radicalement différent. Moins d’effusion. Moins de démonstration. Plus de froideur. Plus de contrôle émotionnel. La demi-finale contre l’Egypte a été tout sauf spectaculaire, mais elle a été révélatrice. Le Sénégal n’a jamais paniqué face à une équipe venue uniquement pour défendre. Il a géré le tempo, accepté la frustration et imposé sa patience. Le premier tir cadré égyptien est arrivé à la 95e minute. Tout est dit.
Cette équipe sénégalaise ne cherche plus à convaincre. Elle sait ce qu’elle est. Elle est programmée. Programmée pour gagner. Programmée pour durer. Depuis dix ans, aucune sélection africaine n’affiche une telle régularité au plus haut niveau. Tournoi après tournoi, le Sénégal est là. Et quand il gagne, il ne s’enflamme pas. Quand il perd, il apprend.
Sadio Mané incarne parfaitement cet état d’esprit. Son image au coup de sifflet final du match contre l’Egypte, impassible, presque austère, appelant ses coéquipiers à rester calmes et rentrer au vestiaire, en dit long. L’émotion viendra plus tard. Peut-être. Ou pas.
Il y aura pourtant des absences lourdes. Kalidou Koulibaly, blessé et suspendu. Habib Diarra, suspendu. Deux piliers. Deux repères. Mais la gestion de Pape Thiaw en demi-finale a montré que rien n’était laissé au hasard. Les remplaçants ont été intégrés avec intelligence. Les minutes ont été distribuées en pensant déjà à la finale. Le Sénégal n’improvise pas.
Alors cette finale, que raconte-t-elle vraiment ?
Elle raconte un Maroc porté par un peuple, par une ferveur immense, par une pression historique aussi. Une équipe qui peut gagner sans encaisser, qui peut faire mal sans se découvrir, qui sait souffrir sans paniquer. Elle raconte un sélectionneur, Walid Regragui, ancien finaliste malheureux comme joueur, aujourd’hui aux portes de l’éternité sportive dans son pays. Une victoire, et son nom entre dans une autre dimension.
Elle raconte aussi un Sénégal qui vise une deuxième étoile, sans bruit, sans slogans, avec l’assurance tranquille de ceux qui connaissement leur valeur et qui portent leur destin avec sérénité. Une équipe qui ne se nourrit pas de l’événement, mais qui l’absorbe.
Ce ne sera sans doute pas une finale flamboyante. L’histoire récente de la CAN nous l’a appris. Ce sera probablement un match long, tendu, verrouillé. Un match de détails. De nerfs. De patience. Un match où une course de Hakimi, une frappe de Brahim, une erreur minuscule, un penalty, peuvent suffire.
Dimanche soir, il n’y aura pas seulement un trophée à soulever. Il y aura une réponse. A cinquante ans d’attente marocaine. A dix ans de domination sénégalaise. A cette question que tout le football africain se pose. Qui, aujourd’hui, maîtrise vraiment son destin ?
Mehdi Ouassat









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