La première clé se situe dans le contrôle des transitions sénégalaises. Le Sénégal est à son meilleur quand il récupère et projette vite, notamment vers Sadio Mané. Même sans multiplier les occasions, il peut faire très mal sur deux ou trois situations bien jouées. Le Maroc devra donc accepter de ne pas attaquer en grand nombre, surtout dans les moments où le match semble basculer en sa faveur. La discipline positionnelle d’El Aynaoui sera centrale. Placé devant la défense, il devra couper les premières passes verticales, forcer le Sénégal à jouer latéral, ralentir le tempo. Plus le jeu sénégalais est étiré, moins il est dangereux.
Deuxième point clé : verrouiller Mané sans le surcharger. Le Maroc ne doit pas tomber dans le piège du marquage obsessionnel. Mané est dangereux quand il attire deux joueurs et libère un espace. La solution marocaine passe par un travail en zone, avec un latéral qui temporise, un axial qui couvre la profondeur, et un milieu qui ferme l’intervalle. L’objectif n’est pas de lui prendre le ballon, mais de l’obliger à jouer dos au jeu, loin de la surface, dans des zones où il doit créer plutôt que finir.
Offensivement, le Maroc devra attaquer les côtés sénégalais, et plus précisément le dos des latéraux. Le Sénégal défend bien dans l’axe, avec des centraux puissants et disciplinés, mais laisse parfois des espaces sur les retours défensifs. C’est là que les duos Hakimi–Diaz et Mazraoui-Abdé peuvent faire la différence. Les latéraux par leurs appels sans ballon, les ailiers par leur capacité à occuper les demi-espaces et à fixer avant de décaler. Le Maroc ne devra pas chercher le centre systématique, mais plutôt les remises en retrait et les frappes à l’entrée de la surface, zones où la défense sénégalaise est moins confortable.
Autre élément déterminant : le rythme du match. Le Sénégal est très à l’aise dans les matchs hachés, physiques, avec peu de continuité. Le Maroc, lui, gagne quand il impose des séquences longues, même sans occasions immédiates. Faire circuler, déplacer le bloc, user mentalement l’adversaire. Chaque minute passée sans subir rapproche le Maroc de son objectif. La patience sera une arme, pas une faiblesse.
Dans cette optique, Abdé aura un rôle clé, mais pas celui qu’on imagine souvent. Il ne s’agira pas seulement de provoquer. Il devra aussi fixer, recycler, courir sans relâche. User son vis-à-vis. Créer un déséquilibre progressif, pas un exploit isolé. Le Sénégal souffre plus face à la répétition que face au génie.
Défensivement, le Maroc devra également être très attentif sur les coups de pied arrêtés, l’un des points forts sénégalais. Le placement, le premier duel, la deuxième balle. Là encore, pas besoin de gagner tous les ballons, mais d’empêcher le Sénégal de s’installer. Un corner subi ne doit jamais devenir une séquence.
Enfin, il y a la gestion des temps faibles. Le Sénégal aura forcément des moments de domination. Le Maroc devra les accepter sans paniquer, sans reculer trop bas, sans casser sa ligne. C’est souvent là que les finales se perdent. Pas dans les grandes actions, mais dans les petites ruptures.
Si le Maroc respecte ces principes, il peut gagner cette finale sans renier son identité. En contrôlant les espaces avant de chercher le but. En imposant son calme face à une équipe programmée pour la guerre. En faisant de la rigueur une arme offensive.
Cette finale ne demandera pas un match parfait. Elle demandera un match juste. Et tactiquement, le Maroc a les clés pour l’être.
M.O









Finir en toute beauté face au Sénégal



