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Calculer l'impact du changement climatique sur la santé


Libé
Vendredi 25 Novembre 2022

Plus meurtrier que le Covid, autant voire plus que le cancer? Calculer l'impact du changement climatique sur la santé, si le monde n'agit pas rapidement pour réduire les émissions de carbone, est un défi pour les chercheurs face à un phénomène "multiplicateur de menaces".

L'équation est très complexe, ont souligné des experts auprès de l'AFP: elle doit combiner les multiples effets du réchauffement climatique sur la santé, des dangers immédiats comme la hausse des températures et des phénomènes météorologiques extrêmes, aux pénuries de nourriture et d'eau à plus long terme, en passant par la pollution de l'air et les maladies.

L'Organisation mondiale de la santé, pour laquelle le changement climatique est la plus grande menace pour la santé humaine, avait appelé à "mettre la santé au cœur des négociations" de la COP27.

Entre 2030 et 2050, l'OMS s'attend à ce que le changement climatique entraîne près de 250.000 décès supplémentaires par an, causés par "la malnutrition, le paludisme, la diarrhée, le stress thermique".

Une estimation jugée très inférieure au véritable bilan, car elle n'intègre que certains facteurs, a déclaré à l'AFP Jess Beagley de l'ONG Global Climate and Health Alliance, pour qui "le changement climatique est un multiplicateur de menaces".

Près de 70% des décès dans le monde sont ainsi causés par des maladies que le réchauffement climatique pourrait aggraver, selon un rapport publié cette année par le Giec, le groupe d'experts du climat des Nations unies.

Des températures plus chaudes poussent aussi des animaux vecteurs de virus comme les moustiques dans de nouvelles zones, augmentant la propagation des maladies existantes et le risque de diffusion de nouvelles.

La période propice à la transmission du paludisme a augmenté de près d'un tiers (32,1%) dans certaines régions des Amériques et de 14% en Afrique dans la dernière décennie, comparé à 1951-1960. Et le risque de transmission de la dengue s'est accru de 12% dans le monde sur cette période, selon le Lancet Countdown, étude annuelle menée par des experts de 51 institutions, dont l'OMS et l'Organisation météorologique mondiale.

La hausse des températures favorise aussi la prolifération dans l'eau de bactéries à l'origine de maladies.

Autre menace majeure: les pénuries alimentaires.

Près de 100 millions de personnes supplémentaires étaient en insécurité alimentaire grave en 2020 par rapport à 1981-2010, selon le Lancet Countdown, qui relève aussi que la sécheresse extrême a augmenté de près d'un tiers ces 50 dernières années, mettant des centaines de millions de personnes en danger d'insécurité hydrique.
Les décès liés à la chaleur ont, eux, bondi de 68% entre 2017 et 2021 par rapport à 2000-2004, selon la même étude.

Quant à la pollution atmosphérique, elle a contribué à 3,3 millions de décès en 2020, dont 1,2 million directement liés aux émissions de combustibles fossiles, d'après le Lancet Countdown.

A l'avenir, le réchauffement climatique pourrait tuer plus que le cancer dans certaines parties du monde, surtout les plus pauvres, selon une nouvelle plateforme de données lancée par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et le Climate Impact Lab.

Dans le pire scénario, si les émissions de combustibles fossiles ne sont pas rapidement réduites, le changement climatique pourrait accroître les taux de mortalité dans le monde de 53 décès pour 100.000 habitants d'ici 2100, environ le double du taux actuel de décès par cancer du poumon.

Pour la population mondiale actuelle, cela représenterait 4,2 millions de décès supplémentaires par an, plus que le bilan officiel du Covid-19 en 2021.

Et ces projections sont probablement en deçà de la réalité, a précisé à l'AFP Hannah Hess, du Climate Impact Lab, car elles n'incluent pas certaines menaces comme les maladies à transmission vectorielle.

La plateforme a également fait des projections pour plus de 24.000 régions du monde. Dans le cas le plus extrême, dans la capitale du Bangladesh, Dacca, les décès liés au changement climatique d'ici 2100 (132 sur 100.000 par an) représenteraient près du double du taux de mortalité actuel du pays par cancer.


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