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Béni Mellal reprend vie


Après les gros dégâts laissés par Aid Al Adha



Le spectre du reconfinement plane toujours

S i les scientifiques n’en démordent pas : « Il ne faut surtout pas compter sur la chaleur estivale pour tuer le SarsCov-2 », pour notre part, nous sommes beaucoup moins catégoriques. En ce vendredi 4 septembre, les thermomètres de Béni Mellal s’affolent pour afficher 42 degrés, sous l’effet d’un soleil généreux. La chaleur alourdit l’atmosphère. L’air brûlant met sous camisole nos poumons. Mais d’un autre côté, cette canicule contrarie grandement les desseins du coronavirus, en s’attaquant non pas au virus lui-même mais plutôt à ses hôtes potentiels. A 16 heures, il n’y a pas un chat qui rôde dans les rues de la cité aux oliviers. Quand la semaine dernière les autorités sanitaires ont levé les mesures restrictives instaurées quinze jours plus tôt, tout le monde à Béni Mellal redoutait que la vie ne reprenne un peu trop rapidement son cours. Mais c’était sans compter sur les caprices météorologiques de Dame nature et les températures estivales affolantes. Dans l’ancienne médina ou encore les quartiers de Yacoub El Mansour, Ben Addi, Aourir, Ouled Hamdane, les habitants ont retrouvé les joies des petites libertés après l’immense frustration engendrée par les grandes restrictions sans pour autant pouvoir en profiter pleinement à cause d’une chaleur caniculaire. Quasiment à chacune des entrées de ces quartiers, on peut trouver des barrières rangées sur la chaussée, vestiges d’un reconfinement considéré comme injuste par les personnes au gagne-pain quotidien, même si pour une minorité d’entre elles, il était indispensable pour enrayer la propagation du Sars-Cov-2. A Béni Mellal, la situation épidémiologique a longtemps été maîtrisée. Respecté à la lettre, le confinement national imposé en mars avait porté ses fruits. Enfin, jusqu’au mois dernier, lorsque tous les efforts consentis se sont écroulés tel un château de cartes. L’Aïd Al Adha est arrivé accompagné d’une vague de visiteurs dont des porteurs du coronavirus passés entre les mailles du filet, faisant fi de l’interdiction de tout déplacement édictée par le gouvernement. Quinze jours après les festivités et les visites familiales, logiquement, des foyers infectieux se sont multipliés dans la ville. Et d’un coup, la psychose s’est installée. Les quartiers précités ont été mis souscloche. Les hammams et les salons de coiffure ont baissé les rideaux. Les salles de sport et les terrains de proximité aussi. Puis bonne chance pour faire des courses une fois 18 heures passées, les commerces étant fermés. Bref, les plus de 300.000 habitants qui peuplent Béni Mellal ont vécu un véritable cauchemar. Enfermés chez eux sous une chaleur d’enfer. Et à chaque fois qu’ils mettaient le bout de leur nez dehors, le soleil les agressait et « les chars de l’armée qui circulaient dans toute la ville nous en dissuadaient », confie un habitant impressionné par le dispositif militaire. « Mais l’Aïd n’est pas le seul responsable», nuance un professeur, la cinquantaine. «L’un des problèmes à Béni Mellal, c’est que le centre-ville est le coin le plus attractif. La place de la liberté et les quartiers avoisinants sont le centre névralgique. Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu es obligé de t’y rendre », nous explique-t-il. Dans cette configuration, le virus s’en est donné à cœur joie. Entre les visiteurs pendant l’Aïd et une population qui converge vers le même endroit, ce n’est donc finalement pas une grande surprise si Béni Mellal, aussi petite soit-elle (33 km²), fut classée plusieurs jours d’affilée dans le Top 5 du nombre de nouveaux cas Covid+ sur le territoire national. Ce triste record a eu l’effet d’un électrochoc sur les habitants et les autorités. En plus d’être le chef-lieu de la région, ce qui implique des va-et-vient incessants entre Béni Mellal et les différentes villes périphériques. « Il n’est pas rare de rencontrer des personnes qui croient sérieusement en l’inexistence du coronavirus », se désole un sexagénaire, qui a longtemps vécu en Lombardie avant de revenir aux sources, quasiment un an jour pour jour avant la fermeture des frontières de l’Union européenne. « Je l’ai échappé belle », avoue-t-il, ému. Les chiffres lui donnent raison. En Lombardie, jusqu’à hier, 16.876 personnes ont succombé au Covid-19. En parallèle, dans la région de Béni Mellal-Khénifra, sept décès sont à déplorer. Pour notre interlocuteur, « il faut être optimiste en l’avenir ». «Mais ça devient de plus en plus dur», s’offusque, de son côté, un résidant d’un quartier huppé qui avait pour habitude de passer ses vacances ailleurs, à la recherche de températures clémentes. « Au printemps, le confinement était agréable et les restrictions de déplacement étaient supportables. Mais avec cette chaleur, on suffoque dans nos maisons. L’adoucissement de certaines mesures n’y change rien. On aimerait voyager, mais tant que le coronavirus circule dans le pays, cela s’avère risqué d’un point de vue sanitaire », concède-t-il quelque peu contrarié. De toute évidence, la résilience des uns cache mal un ras-le-bol généralisé. «On n’en peut plus de ce virus. Nous avons hâte de retrouver notre vie d’avant », corrobore une mère au foyer. S’agissant du monde d’avant, il est illusoire d’y prétendre, du moins jusqu’à début 2021 et la disponibilité d’un vaccin. En attendant, dans une ville qui tourne au ralenti, les autorités locales ne sont pas restées les bras croisés. Al Ghdira Al Hamra, le plus ancien marché de Béni Mellal avec son architecture d’un autre temps, a été libéré de l’occupation illégale des vendeurs de fruits et légumes. « Ce n’était pas uniquement des vendeurs ambulants. Pis, la plupart d’entre eux avaient installé des tentes en s’appropriant l’espace public, de force, avec tout ce que cela implique en termes de déchets », nous éclaire un jeune homme, satisfait de la vaste campagne de libération du marché, avant d’espérer : « Pourvu que ça dure ». Les autorités et les habitants de Béni Mellal n’en pensent pas moins, surtout à travers le prisme sanitaire. Si le nombre de cas Covid+ recensés quotidiennement a Béni Mellal diminue jour après jour, il n’en demeure pas moins que la vigilance est de mise. Les barrières encore présentes à l’entrée de certains quartiers sont là pour le rappeler tout comme la route quasi déserte qui mène vers Aïn Asserdoun, alors que, d’habitude, elle est le théâtre de va-et-vient incessants. En somme, malgré quelques batailles remportées, la guerre contre le nouveau coronavirus est toujours d’actualité. La situation épidémiologique de la ville est sur un fil, d’autant que les gestes barrières ne sont pas toujours respectés, quand bien même le langage un peu trop cru de la campagne de sensibilisation initiée par les autorités ne faiblit pas dans les rues. On sent que la situation peut basculer à tout moment, à l’image de la météo déroutante. Croyez le ou pas, samedi soir, la canicule s’est rapidement transformée en une pluie drue et une fraîcheur inespérée. Peut-être le vent d’un changement positif ?

Assouplissement de plusieurs mesures préventives

Les autorités locales de la province de Béni Mellal ont assoupli, mardi, plusieurs mesures prises, récemment, à titre préventif pour freiner la propagation de la pandémie de Covid-19. Ainsi, lesdites autorités ont décidé de prolonger à 20h00 les heures de fermeture des cafés et des commerces de proximité au lieu de 18h00, indique un communiqué de la préfecture de cette province parvenu à la MAP. Les autorités locales ont également décidé d’ouvrir les salons de coiffure à condition d’obtenir une attestation délivrée par les autorités locales après que les coiffeurs aient subi des tests prouvant qu’ils ne sont pas positifs au Covid-19. Les mêmes autorités ont décidé d’augmenter le nombre de passagers dans un même petit taxi à 3 personnes au lieu de 2 auparavant. Par ailleurs, les hammams, les salles de jeux et les stades de proximité ont été maintenus fermés alors que les heures de fermeture des grandes surfaces restent inchangées (20h00) ainsi que celles des parcs et des espaces de loisirs et de détente (18h00). Les heures de fermeture des marchés sont fixées à 14h00, précise le communiqué, soulignant, par ailleurs, que le nombre de passagers ne doit pas dépasser celui des sièges installés dans chaque bus de transport public.

Chady Chaabi
Mercredi 9 Septembre 2020

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