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Au pays de Messi, le foot féminin souffre




Au pays de Messi, le foot féminin souffre
Le football féminin peine à s'imposer en Argentine où il se heurte au machisme: il vient d'obtenir le statut professionnel, mais la fédération n'accordera aux meilleures joueuses que 300 euros par mois.
A quelques mois du Mondial-2019 organisé en France, les Argentines se préparent comme elles peuvent, après une qualification in extremis contre le Panama au repêchage. Elles s'entraînent après le travail et la plupart paient leurs frais de transport, leurs crampons, leur tenue et assurance-santé. Elles n'ont ni préparateur physique, ni kiné, ni nutritionniste.
"Certaines paient la cotisation au club et s'il manque de l'argent pour l'ambulance ou la sécurité le jour du match, elles organisent des tombolas ou mettent la main à la poche pour pouvoir jouer", regrette Florencia Quinones, 32 ans, milieu de terrain de Boca Juniors, un des principaux clubs d'Amérique latine chez les messieurs.
Autre club de Buenos Aires, San Lorenzo est l'exception. Le club préféré du pape François a offert un contrat à 16 joueuses, alors que la Fédération argentine de football (AFA) a fixé à 8 le nombre de joueuses qui doivent être sous contrat, pour que le club devienne professionnel et puisse participer au nouveau championnat.
Boca Juniors et River Plate, les clubs les plus prestigieux d'Argentine, se contentent de défrayer les joueuses en réglant leurs frais de déplacement, alors qu'ils versent des dizaines de milliers de dollars à leurs joueurs.
A Boca, l'équipe féminine n'est pas autorisée à fouler la pelouse du terrain d'entraînement des hommes.
"Les clubs investissent dans l'équipe masculine. Et seulement dans les meilleures joueuses, et à peine", se plaint Camila Gomez Ares, 24 ans, à Boca depuis 5 ans.
Tous les clubs féminins sont entraînés par des hommes, sauf Lanus, club d'une banlieue de Buenos Aires.
Le 16 mars, l'AFA a annoncé qu'elle allait verser chaque mois 2.400 euros à chaque club pour financer huit salaires de 15.000 pesos (300 euros), l'équivalent de ce que gagne un joueur de 4e division.
"Ensuite, tu t'étonnes que la sélection ne soit pas au niveau, mais personne ne voit qu'on ne peut pas vivre ainsi ?", s'interroge Camila Gomez Ares.
Après 12 ans d'absence, l'Argentine retrouve le parfum de la Coupe du monde. Lors de leur dernière participation, au Mondial-2007 en Chine, les Argentines avaient perdu tous leurs matches et terminé dernières de leur poule.
En 2017, elles ont fait grève pour exiger "des moyens basiques": la prise en charge des frais de déplacement, un terrain d'entraînement avec pelouse, l'hébergement lors des matches à l'extérieur. Lors d'un match amical en Uruguay, elles ont dormi dans l'autocar, faute d'hôtel.
Cette année, la sélection argentine a pu jouer plusieurs matches de préparation aux Etats-Unis, pour préparer la compétition.
Et ailleurs en Amérique du Sud ? La Confédération sud-américaine de football (Conmebol) a imposé aux clubs d'avoir une section féminine. "Le problème, c'est qu'ils cherchent 20 filles, par obligation, et ils leur offrent des conditions horribles", dénonce Macarena Gomez, dont la plainte contre le club UAI Urquiza a précipité la professionnalisation.
En Amérique latine, la Colombie et le Venezuela ont ouvert la voie au professionnalisme. Au Brésil et au Chili, le nombre de joueuses professionnelles augmente.
"La mentalité rétrograde et machiste nous met des bâtons dans les roues", assure la joueuse de San Lorenzo. "Dans d'autres pays, des stades se remplissent pour voir jouer (les femmes), comme aux Etats-Unis", dit-elle pour tordre le cou au préjugé selon lequel le football féminin ne fait pas recette.

Mercredi 8 Mai 2019

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