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A peine 3,9% des Marocains du monde sont attirés par l’investissement dans leur pays d’origine

Plusieurs aspects échappent cependant à l’étude réalisée par le HCP




“Les Marocains du monde envoient beaucoup d’argent au pays, mais y  investissent peu », c’est ce qui ressort des premiers résultats de l’enquête du Haut-commissariat au plan sur la migration internationale au cours de 2018-2019. Selon cette enquête, si plus de 40% des personnes interviewées ont déclaré transférer de l’argent aux membres de leur famille ou à d’autres personnes au Maroc au cours des 12 derniers mois précédant l’enquête, seuls 3,9% d’entre elles ont déclaré avoir réalisé des projets d’investissement au Maroc.
En détail, le HCP a indiqué que plus de 4 personnes sur 10 (42,3%) ont déclaré avoir transféré de l’argent à leur ménage. La part des hommes est significativement plus élevée que celle des femmes (respectivement 49,4% et 26,7%). Cette proportion augmente avec l’âge, passant de 18,2% de ceux qui sont âgés de 15 à 29 ans à 63,2% pour les 60 ans et plus. Les migrants actuels résidant dans les nouveaux pays européens d'immigration sont plus nombreux à transférer de l’argent au Maroc avec une part de 55,3%, suivis de ceux des pays arabes (45,5%), de ceux des anciens pays européens d'immigration (32%) et de ceux des pays d’Amérique du Nord (27,1%). Les bénéficiaires de ces transferts sont en premier lieu les parents (69,9%), avec un avantage pour la mère (38,1%) par rapport au père (31,8%), suivis du conjoint (17,5%) et d’autres personnes (9,3%). La majorité (80,3%) a déclaré transférer de l’argent au Maroc plus d’une fois par an et 19,7% une seule fois par an.
Concernant les investissements, ladite enquête a révélé que seuls 3,9% de ces migrants ont déclaré avoir réalisé des projets d’investissement au Maroc. La répartition de ce taux par sexe donne 3,4% aux hommes et 1,8% aux femmes. Cette proportion augmente avec l’âge, passant de 2,4% pour ceux qui sont âgés de 30 à 39 ans à 3,8% pour les 40-49 ans, 6,7% pour les 50-59 ans et 8,2% pour les 60 ans et plus.
Les principaux secteurs d’investissement sont l’immobilier avec une part de 40,7%, l'agriculture (19,0%), la construction (16,6%), le commerce (5,5%), la restauration et les cafés (4,5%) et les autres services (6%). Les raisons qui freinent les investissements des MRE dans leur pays d’origine sont liées notamment au manque ou à l’insuffisance de capital (38,9%), aux procédures administratives compliquées (14%), au faible appui financier ou manque d’incitations fiscales (8,6%), à la corruption et au favoritisme (7,5%) et à leur faible expérience et formation (5,5%).
Pour Nabil Layachi, docteur en géographie humaine et spécialiste en matière de migration et de développement territorial, le taux d’investissement révélé par l’enquête du HCP est, à première vue, très faible par rapport au nombre de MRE et à la répartition géographique de ces derniers. Mais, il estime, néanmoins, que toute analyse objective de ces  données nécessite un examen de l’échantillon sur lequel s’est basée l’étude en question et sur quel terrain elle a été effectuée ; à savoir les bassins migratoires traditionnels ou les nouveaux.
D’après lui, ce paramètre est crucial vu que chaque bassin a sa propre histoire, ses caractéristiques et ses structures.   « La nature des investissements dans les bassins traditionnels comme le Souss ou le Rif est différente de celle des bassins nouveaux (Casablanca, Settat, Kelaât Sraghna, Béni Mellal, Béni Meskine) », a-t-il souligné.
Autres questions et non des moindres : par quelle génération de migration, ces investissements ont-ils été opérés ? « Aujourd’hui, la 4ème génération issue des bassins traditionnels et installés dans les non moins traditionnels pays d’accueil comme la France, les Pays-Bas et l’Allemagne, n’est plus attachée au pays comme ce fut le cas pour la 1ère , la 2ème ou la 3ème générations. Les attaches des MRE de cette génération avec la mère patrie sont plus émotionnelles qu’autre chose », nous a précisé Nabil Layachi. Et de poursuivre : «Ces nouvelles génération ont changé de modes d’investissement. Elles n’investissent plus dans ce qui est productif. Elles intègrent plutôt les associations, font de l’assistance sociale ou autres, participent à la mise en place des infrastructures, dispensent des formations, procèdent à la valorisation de nos produits du terroir au niveau de l’étranger». Cette distinction entre les générations est importante, selon notre chercheur comme en attestent la place et le rôle joué par les migrants issus de chaque bassin migratoire. « Si les Rifains ont accédé à des postes de responsabilité au niveau de la Belgique et des Pays-Bas, en Italie, on commence à peine à évoquer la présence de quelques parlementaires de la 3ème génération, souvent originaires de Casablanca et qui se sont expatriés pour faire des études. Le reste est constitué, en grande partie, de migrants qui sont partis en Italie en usant de leurs relations familiales dans l’objectif d’améliorer leur situation économique », a-t-il noté.
Notre interlocuteur estime que les chiffres avancés par le HCP resteront incomplets tant qu’ils ne préciseront pas  s’il s’agit de migrants internationaux ou de migrants de retour au Maroc. A ce propos, il nous a affirmé que les données concernant les migrants de retour datent du recensement de 2004 et qu’il n’en existe pas dans le RGPH de 2014.
Nabil Layachi soutient également que le taux de 3,9% avancé par le HCP s’inscrit dans un contexte international marqué par un discours qui considère le migrant comme une personne qui ne fait rien d’autre que siphonner les devises. « Est-ce que les résultats du HCP s’adressent à l’Europe afin de lui démontrer que son discours ne tient pas la route et que les devises rapportées ont peu d’impact sur les pays d’origine ? », s’est-il demandé.   
Notre source avance qu’actuellement, plusieurs chercheurs estiment qu’on ne peut pas nier les effets économiques de la migration sur les familles des migrants et sur leurs lieux de résidence tout en précisant que l’évolution des nouvelles générations des droits de l’Homme et l’apparition de nouvelles formes de citoyenneté ont permis un changement de perspective et considèrent le migrant comme un acteur du développement et non plus comme une simple source de devises. « Le migrant est appelé aujourd’hui à être un acteur politiquement actif et à participer au processus de territorialisation des politiques publiques. L’attache émotionnelle avec le territoire d’origine ne suffit plus. Le chantier de la régionalisation avancée lancé par le Royaume est l’exemple type de la nécessité de cette implication », a-t-elle conclu.

Hassan Bentaleb
Mardi 7 Janvier 2020

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