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A Cuba, le dollar est roi... pour ceux qui en trouvent




Al’entrée d’un magasin de Cuba, ce panneau: “Les CUC (pesos convertibles) ne sont pas acceptés”. A l’approche de l’unification monétaire, tout le monde sur l’île veut des dollars, mais encore faut-il en trouver.

“Sur les 11 millions d’habitants, si par exemple un million peut acheter en dollars, qu’est-ce qui se passe pour les autres? Moi je n’ai pas de famille à l’étranger” pour envoyer les précieux billets verts, fulmine Aleskis Rodriguez, 31 ans, qui fait la queue pour acheter du café en CUC, dans un marché de La Havane qui les accepte encore. Depuis 1994, les Cubains jonglent entre le CUC, aligné sur le dollar, et le CUP, qui vaut 24 fois moins. Alors que le premier sera bientôt supprimé et que le deuxième risque d’être fortement dévalué, ils se tournent vers une troisième monnaie, jugée plus solide: le dollar. Privée de touristes en raison de la pandémie et fragilisée par les sanctions américaines, l’île, gouvernée par les communistes depuis 1959, a plus que jamais besoin de devises. Dans ce pays qui importe 80% de ce qu’il consomme, le dollar, dont la possession de quelques billets dans la poche pouvait valoir de la prison jusqu’en 1993 (il avait ensuite circulé librement jusqu’en 2004), a donc fait son grand retour

C’est uniquement dans cette monnaie, et par carte bancaire liée à un compte local ouvert pour l’occasion, qu’on peut désormais acheter dans certains magasins alimentaires, d’électroménager et de pièces automobiles. Le gouvernement récupère ainsi les devises dépensées via ces comptes, que certains Cubains alimentent grâce aux dollars transférés par leurs familles à l’étranger. Mais la majorité des habitants doit chercher la devise sur l’île. Trouver des dollars à la banque ou en bureau de change? Mission impossible. Seule solution: le marché noir, où la demande a fait grimper son cours à 1,50 CUC, bien plus que sa valeur officielle (1 CUC). Si la Banque centrale a démenti la rumeur d’une disparition du CUC dès octobre, l’attrait du billet vert reste fort, car nombre de Cubains, dont le salaire - l’équivalent de 40 dollars par mois - est versé en CUP, constatent que les magasins en dollars sont mieux achalandés. Mais face aux pénuries généralisées, il n’y a pas de miracle, comme en témoigne Niurka Romero, femme au foyer de 50 ans qui sort d’une de ces boutiques. “Je n’ai presque rien acheté et j’ai dépensé 30,90 dollars, c’est très cher”, soupire-t-elle, montrant dans son cabas 10 bouteilles de jus de fruits, 5 paquets de spaghettis et cinq briquettes de purée de tomate

Pour Pavel Vidal, économiste cubain de l’Université Javeriana de Cali (Colombie), cette redollarisation de l’économie est d’abord un aveu d’échec des autorités, le reflet de réformes “incomplètes et bien en-dessous des attentes”. A force d’attendre le moment idéal pour lancer l’unification monétaire - réforme la plus nécessaire selon les experts -, le gouvernement, acculé par les circonstances, va le faire au “pire moment”, souligne-t-il, avec “une dévaluation significative du taux de change officiel”. En annonçant l’ouverture de magasins en dollars, le ministre de l’Economie Alejandro Gil avait promis qu’il ne s’agissait pas de créer un “apartheid économique” mais de satisfaire la demande d’un secteur de la population au plus fort pouvoir d’achat.

Zoila Rodriguez, retraitée de 75 ans qui touche une pension mensuelle de 280 CUP (12 dollars), n’en fait clairement pas partie. Elle n’a plus qu’à espérer que sa petite-fille lui envoie des dollars des EtatsUnis. “Si elle m’envoyait de l’argent, je ne le changerais pas (en CUC), j’irais à Miramar (quartier des boutiques en dollars, ndlr), même si c’est seulement 30 ou 40 (dollars), j’aurais de quoi acheter quelques petites choses”, se prend-elle à rêver. Quelle que soit la monnaie, une chose ne change pas dans le quotidien des Cubains: les longues files d’attente. “Je suis ici depuis 5h15, il est 11h30, mais ils ferment déjà le magasin et je vais devoir revenir demain pour acheter mon café”, se lamente Magalis, enseignante de 52 ans. Selon elle, le gouvernement ne fait pas assez pour limiter les queues en cette période de pandémie: “Si le commandant Fidel Castro (décédé en 2016, ndlr) vivait encore, il aurait fait quelque chose de beau pour le peuple”.

Le déclin des papillons serait lié à la couleur de leurs ailes

Question de vie ou de mort: la résistance des papillons au changement climatique pourrait être liée à leur capacité à bien réguler leur température corporelle, qui dépend de la taille et de la couleur de leurs ailes, selon une étude parue jeudi.

Ectothermes, les papillons ne produisent pas de chaleur interne: leur température corporelle dépend uniquement des échanges thermiques avec l’environnement. Or leur capacité de régulation varie significativement selon les espèces, relève cette étude publiée dans la revue Journal of Animal Ecology.

Certaines espèces sont notamment obligées de se mettre à l’ombre pour se protéger du soleil et arriver à modérer leur température interne. Elles sont “susceptibles de souffrir davantage du changement climatique et de la destruction d’habitats naturels”, qui voit les petits îlots de fraîcheur diminuer, explique l’auteur principal de l’étude, Andrew Bladon, du département de zoologie de l’Université britannique de Cambridge. Pour mesurer comment les papillonsfont face aux variations climatiques, les chercheurs ont capturé 4.000 spécimens sauvages issus de 29 espèces à travers la Grande-Bretagne, durant plusieurs mois en 2009, puis en 2018. Ils ont pu prendre leur température grâce à un minuscule thermomètre. Diagnostic: les plus grands spécimens, aux couleurs pâles, comme le papillon blanc ou le papillon “citron”, ont une meilleure thermorégulation car ils peuvent incliner leurs ailes pour diriger la lumière du soleil. Ces populations, selon les chercheurs, sont stables, voire en augmentation. A l’inverse, les espèces aux ailes plus petites et plus colorées, comme le petit papillon cuivré, régulent moins bien leur température, et dépendent de l’ombre pour se rafraîchir. Elles ont vu leur population chuter au cours des quarante dernières années. En Grande-Bretagne, les populations de papillons enregistrent un déclin dans deux tiers des espèces. Selon Andrew Bladon, il faut diversifier les paysages pour protéger ces insectes essentiels à la pollinisation. En laissant par exemple des parcelles d’herbe plus hautes sur les pelouses- pour leur faire de l’ombre - ou en “rompant la monotonie des paysages agricoles, avec des haies naturelles, des fossés et des parcelles boisées”, détaille le chercheur dans un communiqué.

Libé
Jeudi 1 Octobre 2020

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