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​Mourir dans l’indifférence




​Mourir dans l’indifférence
Insoutenable. Devrait-on charger la seule fatalité ou faut-il plutôt arrêter les responsabilités ? Onze enfants qui ne demandaient qu’à croquer la vie, à en tirer le meilleur profit,  qui rêvaient à la gloire et à des podiums et médailles sont entraînés par une monstrueuse lame. C’est horrible. C’est insupportable.
Les avait-on avisés du danger qui les guettait ? Leurs familles et amis n’ont que leurs yeux pour les pleurer.
Ce nouveau drame débouchera, à coup sûr, sur d’interminables commentaires, ou autres supposées analyses, mais aussi sur toute une série de mesures faisant état d’une vigilance sans précédent … Le temps d’oublier.
Tout le problème est là. On est trop amnésique dans ce beau pays qui est le nôtre. On est cynique. Une vie humaine est sans valeur.
De multiples drames se sont produits provocant choc et désolation. Et puis plus rien.
Qui se souvient aujourd’hui de ces ouvrières et ouvriers piégés tels des rats dans ce qui servait d’usine, ne disposant ni d’issue de secours ni d’extincteur. L’incendie a ravagé les quatre étages de «Rozamor» et coûté la vie à quelque 54 personnes.
Une campagne se voulant de sécurité s’en est suivie avant que le naturel ne revienne au galop.
La route au Maroc se fait particulièrement meurtrière dans l’indifférence générale. C’est quand il y a «trop» de morts que l’on feint de s’apitoyer et qu’on donne l’impression de se bouger, le temps d’une campagne trop éphémère.
Nous avons notamment vécu la même situation à l’issue de ce terrible accident survenu en 2012 et qui a fait pas moins de 42 morts après la chute d’un bus dans un ravin à Tizi N’Tichka.
Plus récemment encore, en avril dernier, au sud de Tan Tan, 31 personnes, pour la plupart des scolaires, ont péri dans un télescopage entre un camion et un car de voyageurs.
Entre ces deux tragédies, que n’y a-t-il pas eu comme morts et blessés.
Mais qu’a-t-on fait depuis à part charger tel conducteur ou tel autre ?
Le ravin de Tizi N’Tichka est toujours aussi meurtrier et la route entre Tan Tan et Laâyoune est toujours à très hauts risques.
Et il n’y a pas que les routes. Les pluies peuvent bien être fatales dans le pays.  Ce n’est nullement la faute au seul ciel.  L’infrastructure y est pour beaucoup.  Et là, on s’amuse à se renvoyer la balle entre autorités régionales et autorités centrales.
Il y a eu et il y en aura, par ailleurs, des blessés et des morts tant que l’on n’a rien entrepris pour résoudre le problème de ces maisons menaçant ruine ou pour empêcher ces aménagements qui se font dans l’illégalité la plus totale et contre un backchich sonnant et trébuchant.
Il y a moins d’une année au quartier Bourgogne à Casablanca, 23  personnes  ont perdu la vie dans l’effondrement d’un immeuble.
Très courageusement, un peu trop même, le ministre de l’Habitat et de la Politique de la ville a osé «Le gouvernement assume la responsabilité de ce qui se passe».
Le chef de ce même gouvernement dira lui aussi quelque chose de similaire.
Ils assument sans assumer au fait.  Pas même un semblant de démission.  Ils ont tout l’air d’attendre la prochaine tragédie pour… assumer de nouveau.

Mardi 9 Juin 2015

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