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​Majida Chahid, une véritable icône associative du Sud-est marocain

Dans son terroir, on parle d’elle, comme si l’on évoquait une institution




​Majida Chahid, une véritable icône associative du Sud-est marocain
Cette fois-ci, il s'agit bel et bien d'une icône. Une femme exceptionnelle qui donne beaucoup à apprendre aux féministes des salons. Une militante qui a toujours fait montre de ses grandes qualités. Toute la ville de Zagora reconnaît que Majida Chahid, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est vraiment inlassable et infatigable. L’hommage que lui a rendu ce week-end à Zagora, le ministère de l’Artisanat est plus que mérité. Dans son terroir, on parle d’elle comme si l’on évoquait une institution. 
Son entrée à l’école au début des années 70 était déjà le fruit d’une lutte entre ses parents et l’entourage proche, qui n’y voyaient qu’un acte de destruction de certaines valeurs communautaires. Elle sera toujours de tous les combats. Deux semaines après, trois autres filles la rejoignent aux bancs de l’école. Comme pour toutes les bonnes causes, il est nécessaire qu’un leader prenne la tête du mouvement. Pour la condition féminine dans son douar, Majida était bien un leader. 
Le milieu familial militant l’avait encouragée à s’engager depuis son jeune âge et à intégrer l’espace associatif. Une famille qui ne cachait guère son penchant pour la gauche, ne pouvait rater l’occasion pour prôner le droit de Majida à se manifester et s’exprimer. Pour toutes les autres filles de sa génération et les suivantes, elle symbolisa la libération. A Bni Zoli, village situé en pleine palmeraie de Zagora, elle faisait déjà l’exception en portant un jeans ou une jupe, mais aussi avec ses cheveux coupés court. Il faut bien imaginer les combats qu’elle a dû mener dans un cadre social et culturel ayant ses propres coutumes, traditions et stéréotypes. 
Au cours des années 90, Majida Chahid s’était engagée dans les associations civiles et des défenseurs des droits humains. Mais, elle voulait surtout mener ses propres luttes oubliées par les «camarades», celles relatives à la condition féminine. Son action au sein de l’Entraide nationale allait lui offrir l’occasion de contacter d’autres femmes loin de leurs foyers.  C’est pourquoi, en début de ce siècle, elle constitua, avec d’autres femmes et hommes «l’Association féminine de développement et de solidarité». Une véritable action de proximité qui avait commencé par un seul centre au collège et qui avait permis de mettre en place sept centres d’accueil pour le lycée et même l’université. Il fallait donc bien aider à la scolarisation des filles, dans un contexte  où l’entreprise était vaine. 
Méconnue sur le plan national, Majida allait être reconnue d’abord par la coopération étrangère. Les Américains l’avaient invitée aux Etats-Unis. Quant aux Italiens, ils voulaient bien la voir parmi eux dans le cadre du réseau de solidarité euro-méditerranéen. Sur le plan national, elle a fait l’objet d’un hommage dans le cadre de femmes leaders, des lauréates des Centres d’accueils, puis a été nominée au  programme Khemissa… 
Première femme à l’école à Bni Zoli, Majida Chahid va aussi mettre fin au monopole masculin au Conseil intérieur. Les membres de la majorité comme ceux de l’opposition n’hésitant pas à se concerter avec elle sur des sujets épineux. Sa maison est souvent un lieu propice pour des réunions consacrées à des sujets importants. 
Calme et sereine, cette femme mariée et mère d’une petite fille parle peu, mais agit beaucoup, change par la pratique les comportements des uns et des autres et impacte en profondeur la condition féminine dans son terroir ... Majida Chahid est devenue une vraie icône.  

Mustapha Elouizi
Mercredi 13 Mai 2015

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