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​Elles donnent la vie, mais la leur est tout sauf rose

En sous-effectif, les sages-femmes contraintes d'exercer dans un environnement ingrat




Célébrer la Journée internationale des sages-femmes, reviendrait à célébrer la vie. Personnels de santé, les sages-femmes sont celles qui donnent naissance aux hommes et aux femmes de demain, et prennent en charge la maman, avant, pendant et après l'accouchement. Cette relation privilégiée est d’ailleurs au cœur de ladite journée, placée sous le thème : «Les sages–femmes: défenseurs des droits des femmes» et organisée par l’Association marocaine des sages-femmes (AMSF), en partenariat avec le fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), le 3 mai courant, au siège du Conseil national de l’Ordre des médecins.
Dans un communiqué, l’Association marocaine des sages-femmes en a profité pour afficher des revendications destinées à mettre en avant les droits des sages-femmes, mais aussi, améliorer leur quotidien professionnel, tout comme celui  de la gente féminine. 
A commencer par un besoin de reconnaissance prégnant. «Les sages-femmes ont, elles aussi, le droit d’être reconnues, respectées et soutenues en tant que professionnelles de la santé, autonomes, formées et réglementées, pour fournir les soins essentiels», précise l’UNFPA dans son communiqué. Une demande qui en appelle une autre, celle de pratiquer leur métier en toute confiance et sans crainte, dans un environnement sécurisé. «Les sages-femmes ont besoin d’un milieu de travail sûr et favorable pour pouvoir défendre les femmes et leurs familles, les soutenir et leur prodiguer des soins respectueux, individualisés et de qualité tout au long du continuum de la grossesse et de l’accouchement», dixit UNFPA.   
Pour appuyer ses propos, l’Association marocaine des sages-femmes avance les efforts fournis par ces dernières dans la réduction de la mortalité maternelle et néonatale. D’après la même source, elles ont eu un rôle important dans ce sens, en se basant sur la dernière enquête nationale sur la population et la santé familiale réalisée l’année dernière. A savoir, un taux de mortalité maternelle réduit de 35%, passant de 112 pour 100.000NV en 2010 à 72.6 décès pour 100.000 naissances vivantes en 2017. Mais pas que. Car toujours d’après la même source, la même tendance à la baisse a été constatée pour la mortalité néonatale qui est passée de 21,7 à 13,56 pour 1.000 naissances vivantes. 
A la lumière de ces éléments, on pourrait croire que tous les moyens sont mis à la disposition des sages-femmes pour qu’elles continuent sur cette lancée. Pourtant, la réalité est loin d’être aussi rose. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles exercent dans la douleur. 
Interrogée par Libé il y a quelques semaines, Najat Baloui, secrétaire générale de l’Association nationale des sages-femmes au Maroc (ANSFM) pointait du doigt le statut et les conditions de travail qui laissent à désirer. Et notamment, la longueur des heures de travail, la faiblesse des indemnités pour les gardes, les conditions de travail stressantes. «On exerce notre métier dans de mauvaises conditions durant de longues heures pour des salaires minimes. Certaines d’entre nous risquent leur vie et leur sécurité physique et morale pour assumer leurs responsabilités», nous a-t-elle révélé dans le cadre de la promulgation de la loi 44.13, votée en juillet 2016 et qui définit les prérogatives, les lieux de pratique et les conditions d’exercice des sages-femmes. Une loi qui n’aurait pas changé la donne. D’autant plus que ses textes d’application sont toujours en cours de finalisation. « Le texte de loi tant attendu n’a pas répondu à toutes nos attentes. En fait, nombre de volets importants ont été passés sous silence», se désolait-elle. 
Un constat qui trouve un prolongement dans l’insuffisance de l’effectif par rapport au niveau de la demande des services de santé. Mais malgré cela, la Coordination nationale des sages-femmes (CNSF) a précisé qu’il y avait une inadéquation entre le nombre de diplômées issues des 21 instituts, estimé à 500 sages-femmes par an, et le marché du travail qui n’arrive pas à absorber ce nombre. En chiffres, la CNSF précise qu’il y a 2.200 sages-femmes au chômage alors que la totalité d’entre elles relevant du ministère de la Santé ne dépasse pas les 4.000, soit 4 sages-femmes pour 1.000 naissances. Une situation loin de la norme internationale qui exige, quant à elle, 6 sages-femmes pour 1.000 naissances.    
Sous couvert d’anonymat, un médecin pratiquant dans un CHU marocain corrobore ces constats, en confirmant les difficultés financières dont souffrent les sages-femmes, tout en rappelant qu’elles sont d’une grande aide. Dans ce sens, notre interlocuteur souligne qu’à l’inverse de ce qui est convenu, la relation entre gynécos et sages-femmes est la plupart du temps, harmonieuse. Et pour cause, « elles couvrent énormément de travail pour les gynécos», nous explique-t-il. Et de nuancer : « Sauf quand elles haussent le ton en s’adressant aux patients. Chose qu’on leur reproche souvent. Mais en même temps, c’est parfois compréhensible au vu du stress qui les gagne quand elles ont deux vies entre les mains». Ce qui l’est un peu moins pour ce médecin, c’est quand certaines sages-femmes profitent de leur position de force, pour demander des dessous de table aux familles des patients en échange d’un traitement particulier. Peut-être bien, mais il ne serait sans doute pas inutile de rappeler que, comme l’a bien souligné notre interlocuteur, il ne s’agit que de quelques brebis gâleuses comme il en existe malheureusement partout ailleurs. 
 

Chady Chaabi
Lundi 6 Mai 2019

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