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​Abadila Semlali : C’est l’Algérie qui abrite, entraîne et dirige le Polisario




​Abadila Semlali : C’est l’Algérie qui abrite, entraîne et dirige le Polisario
Acteur associatif, fervent défenseur des droits de l’Homme, Abadila Semlali, natif de Dakhla, avait rallié les premiers contingents des 
Sahraouis embarqués par le Polisario dans l’aventure qui les avait menés vers Lahmada, 
en plein désert algérien  et qui, 40 ans plus tard, les met en marge de l’humanité. Il avait rejoint la mère patrie en 1991. Sitôt que l’occasion s’était présentée, dit-il, j’ai répondu à l’appel Royal ’’La patrie est clémente miséricordieuse’’. A Dakhla où il est très actif dans le domaine associatif, Abadila nous a accordé l’entretien suivant.



Libé : Parlez-nous un peu de vous !

Abadila Semlali : J’ai rallié la mère patrie quand l’occasion s’est présentée en 1991 espérant apporter ma contribution à la réalisation de grands projets de développement entrepris par le Maroc. Dans un monde où la globalisation  apporte des changements au quotidien et où l’existance des Etats fantômes n’a aucune raison d’être. Ce qui veut dire que l’intérêt des Sahraouis est d’intégrer la mère patrie avec laquelle ils ont des liens ancestraux.
En quelle année et pourquoi avez-vous rejoint le Polisario et  pour quelles raisons   êtes-vous revenu au Maroc ?
J’ai rejoint le Polisario à la fin des années 70. D’abord par ignorance de mon pays, le colonialisme espagnol ne nous a jamais permis d’avoir des informations sur le Maroc, ni sur les liens ancestraux qu’entretenaient nos ancêtres avec le Trône Alaouite. Ensuite, il y avait la fougue de la jeunesse à une époque où les différentes révolutions ébranlaient les quatre  coins du monde et que stimulait la propagande tous azimuts alimentée par la machine algérienne. Cette propagande était faite pour nous faire croire qu’on allait libérer le Sahara, oubliant que ce même Sahara avait été libéré par la glorieuse Marche Verte.

Etes-vous au fait de la situation dans les camps de Tindouf ? Parlez-nous-en !

Pour parler de la situation dans les camps, il faut retourner un peu en arrière pour se rendre compte qu’il n’y avait  jamais eu de situation stable dans les camps. Depuis toujours, le Polisario mène une campagne de répression tous les quatre ans, des soi-disant ennemis de la révolution sont mis au pilori et sont soit emprisonnés, soit exécutés ou portés disparus. Tout ceci afin que les dirigeants  se maintiennent au pouvoir. En 1988, par exemple, il y avait eu un soulèvement général qui  avait été réprimé par l’armée algérienne. Ce soulèvement était inédit dans l’histoire du Polisario et a permis de constater que la politique menée par la direction du Polisario était destinée à sauvegarder les intérêts de cette direction et lui garantir ainsi qu’aux membres de sa famille  de mener une vie où tout était assuré et à ses enfants d’être scolarisés dans les plus grandes écoles du monde. Alors que le commun des Sahraouis a du mal à survivre dans l’inhospitalier désert algérien. 

Que peut, de votre point de vue, apporter la régionalisation avancée que le Maroc est sur le point de mettre en œuvre, aux populations sahraouies ?

La régionalisation avancée est l’aboutissement d’un processus adopté par le Maroc et dont  la première étape était la décentralisation. Les provinces sahariennes auront beaucoup à gagner dans cette régionalisation avancée. Elles pourront jouer un rôle prépondérant dans la consolidation de l’intégrité territoriale du pays, d’une part, et permettre aux Sahraouis de décider  de leur devenir.

Les Etats-Unis viennent de décider de reprendre leurs relations avec Cuba.  Quel impact cela peut-il avoir sur le dossier du Sahara ?

En tant que modeste activiste dans ce domaine, je pense que l’histoire nous a appris que nous ne devons compter sur aucune de nos relations, qu’il s’agisse des USA, de la France, de l’Espagne ou d’autre. Nous devons surtout renforcer notre front intérieur et œuvrer au renforcement de notre unité nationale. C’est de cela que dépend la stabilité du pays et sa résistance à toute tentative extérieure de le déstabiliser. Les différents revirements de la politique américaine sont ainsi faits. Hier c’était l’Iran, aujourd’hui c’est Cuba et Dieu seul sait quelle sera la prochaine étape. Bien que le Maroc soit le premier pays au monde à reconnaître les USA, cela ne veut pas pour autant dire qu’ils font passer leurs relations avant leurs intérêts. Aussi, nous devons rester sur nos gardes et diversifier et renforcer nos relations avec les pays de ce qui s’appelait le bloc est. 

Pensez-vous que le Polisario a, réellement, les moyens de reprendre les armes ?

Quand on parle du Polisario, je vois l’Algérie. Je sais que l’Algérie qui est le pays africain qui a le plus dépensé pour son armement a tous les moyens matériels qu’il faut. Mais encore faut-il avoir les hommes. Car le Polisario, en 1976,  et par la volonté algérienne, avait troqué le MAS 36 contre l’orgue de Staline que peu de pays africains possédaient alors. Ce Polisario n’est plus le même aujourd’hui. D’abord, il n’a plus de crédibilité au niveau des populations qui, jadis, l’avaient suivi aveuglément, ensuite ces mêmes populations ont fui les camps, notamment la jeunesse qui serait susceptible de porter les armes. Ceci étant, il est bien plus facile de faire la guerre que de faire la paix. Mais n’oublions pas que nous ne sommes pas opposés au Polisario mais à l’Algérie qui abrite, oriente, entraîne, et dirige réellement le Polisario. Je pense, cependant, que les dernières menaces de reprendre les armes proférées par Abdelaziz, ne sont qu’une propagande  destinée à la communauté internationale. Mais surtout à l’opinion publique locale dans les camps pour essayer de taire les manifestants qui exigent son départ. Je crois que la reprise des tensions dans cette partie du globe ne profitera à personne et tout le monde, grandes puissances en premier lieu, sera opposé à cette éventualité.
 

Entretien réalisé par Ahmadou El-Katab
Lundi 22 Décembre 2014

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