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L’Etat social : une ambition forte, des effets limités
La généralisation de la protection sociale constitue sans doute la réforme la plus emblématique du mandat. En effet, le gouvernement met en avant l’élargissement de l’Assurance maladie obligatoire (AMO), qui concerne désormais plus de 22 millions de bénéficiaires.
Mais cette extension quantitative masque plusieurs limites : un accès aux soins toujours inégal selon les territoires, des délais de remboursement jugés longs et un reste à charge qui demeure élevé pour les ménages modestes.
Autrement dit, la couverture s’élargit, mais la qualité et l’effectivité de l’accès restent problématiques. La réforme existe, mais son impact social reste partiel.
Emploi : des dispositifs coûteux, des résultats incertains
Sur le front de l’emploi, les indicateurs sont plus préoccupants. Le taux de chômage oscille entre 12 et 13%, avec des pics dépassant 30% chez les jeunes urbains diplômés.
Malgré le lancement de programmes comme “Awrach” ou “Forsa”, les résultats restent limités : plusieurs dizaines de milliers de bénéficiaires annoncés mais une insertion durable encore difficile à mesurer et une forte concentration des emplois dans des activités précaires.
Le paradoxe est clair : l’Etat investit massivement dans l’emploi, mais peine à transformer ces efforts en stabilité professionnelle.
Croissance et inflation : une équation sociale fragile
Sur le plan macroéconomique, le Maroc a enregistré une croissance modérée, autour de 3 à 3,5% en moyenne sur la période récente. Mais cette dynamique reste vulnérable aux conditions climatiques (agriculture) et à la pression inflationniste liée aux chocs internationaux
En 2022 et 2023, l’inflation a atteint des niveaux inédits, dépassant 6%, impactant directement le pouvoir d’achat. Face à cela, les mesures de soutien (subventions, aides directes) ont permis d’amortir partiellement le choc, mais sans enrayer une perception largement partagée : celle d’un appauvrissement relatif des classes moyennes.
Investissement et attractivité : une stratégie à double tranchant
Le gouvernement mise fortement sur l’investissement, avec une augmentation notable des budgets publics et une volonté d’attirer les capitaux étrangers. Les résultats sont visibles : hausse des investissements industriels, développement de secteurs stratégiques (automobile, énergies renouvelables) et positionnement renforcé du Maroc comme hub régional.
Toutefois, cette stratégie soulève une contradiction majeure : elle crée de la croissance, sans nécessairement produire de redistribution équitable. Les disparités territoriales persistent, voire s’accentuent, entre les grandes métropoles et les régions périphériques.
Une action publique fragmentée
L’un des points les plus critiques du bilan réside dans le manque de cohérence globale. D’un côté, une politique économique orientée vers la compétitivité et une logique d’ouverture et d’attractivité. De l’autre, une multiplication de programmes sociaux correctifs.
Résultat : une action publique qui corrige ce qu’elle produit elle-même. Autrement dit, une forme de gouvernance compensatoire, plutôt que structurelle.
Le poids du récit gouvernemental
Autre élément central : la maîtrise de la communication. Le gouvernement met en avant le nombre de réformes engagées, les montants mobilisés et les populations ciblées. Mais ces indicateurs restent souvent quantitatifs. Ils renseignent sur l’effort, mais beaucoup moins sur l’impact réel.
Cette focalisation sur le récit contribue à produire une perception de décalage, notamment chez les jeunes et les classes populaires.
Un déficit d’évaluation
Ce déficit d’évaluation constitue sans doute l’un des angles morts les plus problématiques de l’action publique. Combien de politiques publiques ont réellement été soumises à une évaluation indépendante, transparente et méthodologiquement solide? Combien ont été effectivement réorientées, corrigées ou abandonnées à la lumière de leurs résultats concrets? En l’absence de réponses claires et documentées, c’est toute la chaîne de la décision publique qui se trouve fragilisée.
Car une politique publique ne se mesure pas à l’aune de son annonce, ni même de sa mise en œuvre, mais bien de ses effets réels sur le terrain. Sans dispositifs d’évaluation crédibles — associant indicateurs pertinents, données accessibles et regard externe — les réformes risquent de s’inscrire dans une logique d’accumulation plutôt que d’apprentissage. On empile des programmes, on multiplie les dispositifs, sans nécessairement corriger les dysfonctionnements structurels ni tirer les leçons des échecs passés.
Ce phénomène produit un double effet pervers. D’une part, il entretient une illusion de réforme permanente, où l’action publique semble dynamique alors qu’elle reste parfois peu transformative. D’autre part, il alimente une forme d’opacité qui rend difficile toute reddition des comptes, aussi bien vis-à-vis des citoyens que des acteurs institutionnels eux-mêmes. En définitive, sans une culture de l’évaluation rigoureuse et de l’ajustement continu, la réforme cesse d’être un levier d’efficacité pour devenir un simple exercice de reconduction, où le changement est davantage proclamé que réellement mesuré.
Un bilan sous tension
Le gouvernement n’est pas resté inactif. Les réformes sont réelles, les investissements conséquents, les ambitions affichées. Mais le problème est ailleurs : dans l’écart entre élaboration de politiques publiques et transformation sociale réelle.
Ce décalage nourrit une tension croissante entre centre et périphéries, entre indicateurs économiques et vécu quotidien et entre discours politique et perception sociale.
Réformer ou transformer ?
Au fond, ce bilan pose une question simple mais décisive : le Maroc est-il en train de se réformer… ou seulement de s’ajuster ? Car une réforme qui n’améliore pas sensiblement les conditions de vie finit toujours par perdre sa légitimité. Et c’est peut-être là que se joue la suite : non pas dans l’annonce de nouveaux chantiers, mais dans la capacité à produire des effets visibles, durables et équitables.
Hassan Bentaleb










