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Un avenir radieux s’annonce

12ème Anniversaire de l’initiative marocaine d’autonomie du Sahara




Un Etat qui naîtrait de “l’indépendance” du territoire ne peut être que croupion, indubitablement, incapable de résister aux menaces externes comme internes et aux pressions et aux forces déstabilisatrices du bon ordre régional

De quoi s’agit-il ? Du Sahara marocain qualifié de Sahara occidental par tous ceux qui contestent son unification au Maroc. Colonisé, et non pas placé sous protectorat, la nuance est importante, de 1884 à 1975 par l’Espagne, donc pendant près de 100 ans, ce territoire a été victime de ce contexte. On ne reviendra pas sur cette trop longue histoire d’un conflit qui n’aurait jamais dû naître. Sans sa décolonisation tardive dans une période de guerre froide Est-Ouest, le Polisario n’aurait pas été créé et sa République fantôme non plus. Mais ce passé si pénible pour le pays, si coûteux pour ses finances publiques, a paradoxalement structuré au béton armé la conscience nationale autour de l’unité. Il a aussi favorisé le formidable développement économique et social que connaît depuis une trentaine d’années cette ancienne colonie espagnole, en raison de la sécurité qui y règne, par le fait du conflit frontalier. Il y a souvent du plus dans le moins. 
Ce passé sur lequel nous n’insisterons pas est toutefois essentiel à la compréhension du présent. Et ce mois d’avril 2019, en particulier, interpelle nos mémoires. Le 10 avril 2007, le Maroc avait pris l’initiative d’adresser au Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies un plan   d’autonomie avancée pour la région du Sahara. Douze ans plus tard, cette décision est saluée comme un acte de grande diplomatie, parce qu’elle anime l’essentiel des échanges onusiens et européens sur le sujet. Si elle a été accueillie si favorablement, c’est parce qu’elle fixait des objectifs politiquement concrets, réalistes, viables et réalisables :
• Assurer plus de proximité à la démocratie 
• Concilier diversité et unité 
•Garantir la réconciliation et la réunification.
Mais le soutien international qui accueillit très tôt cette initiative participait aussi d’une analyse logique des faits.  Alors que le Sahara est partagé entre tous les pays riverains, l’extrême ouest deviendrait un Etat ?  Alors que ses habitants aux ethnies multiples ne remettent pas en cause leur appartenance ici à l’Algérie, là au Niger ou encore au Sénégal, il en serait différemment des anciens colonisés de l’Espagne. On sent bien qu’il a fallu un booster venant de l’étranger. 
Ainsi, ce qui relevait d’un secret de polichinelle imposait d’évaluer les risques géopolitiques de la réalité de l’Etat qui naîtrait de l’indépendance du territoire. Un Etat qui ne pouvait être que croupion, indubitablement, incapable de résister aux menaces externes comme internes et aux pressions et aux forces déstabilisatrices du bon ordre régional. Est-il besoin d’ajouter que dans cet espace saharien,  aujourd’hui lieu de trafics en tous genres et de conflits majeurs, un territoire autant vulnérable ne peut qu’être une source de nouveaux risques très élevés. Nul doute que cette analyse a été faite par bien des observateurs indépendants. 
En ce mois d’anniversaire, on doit considérer l’initiative marocaine comme venue à point nommé, parce que le conflit s’éteint doucement, faute de combattants, au moins pour ces trois raisons.  
Tout d’abord, je rappellerai que le contexte mondial n’étant plus dominé par les Blocs, bien des enjeux ont disparu. C’est la première raison.
 Mais le changement venu du Maroc, par des réformes qui l’ont engagé délibérément dans la voie démocratique, a apporté au plan d’autonomie la crédibilité qui pouvait lui avoir été contestée. La nouvelle Constitution de 2011 en a fait un Etat de droit incontestable. L’importance qu’elle accorde aux libertés, aux droits de l’Homme et à un exercice équilibré des pouvoirs, a facilité la démarche d’autonomie dans ces territoires.  Ce qui fait la preuve, une fois encore, qu’une grande décision se forme d’elle-même. 
C’est enfin le contexte de paix dans le Sahara marocain qui a permis à l’initiative d’autonomie d’être retenue comme la seule conclusion possible du différend régional. Parce que la population exprime régulièrement par ses votes son refus de l’aventure indépendantiste. Parce ce que les voisins du Sahel ont bien compris que la paix qui y règne est un facteur de paix chez eux. Et aussi, parce que le principe d’autonomie influence les pratiques des investissements effectués depuis quarante ans de Laâyoune à Dakhla. Preuve est faite, par de nombreux exemples, que les résultats sont réinvestis sur place. 
 Ainsi, cette initiative est devenue le socle, nous devrions plutôt dire, le fondement juridique de toutes les discussions internationales, le Conseil de sécurité de l’ONU, l’ayant qualifiée immédiatement de « sérieuse et crédible » dans 14 résolutions successives, rappelle régulièrement ses trois principes : 
• La prééminence est donnée à l’initiative marocaine d’autonomie. 
• La finalité du processus, est de « parvenir à une solution politique réaliste, réalisable et durable basée sur le compromis ». 
• L’illégitimité de toute action déstabilisatrice extérieure, civile ou militaire, au sein du territoire. 
Cette position forte du Maroc lui permet désormais de voir l’avenir avec optimisme. Cependant, sachant que le fort a le devoir d’être généreux et que le faible n’a que le pouvoir d’être belliqueux, il convient d’être prudent, disons-nous fréquemment. Et la prudence suppose de la fermeté. C’est dans cet esprit qu’il a répondu positivement à l’invitation du Secrétaire général de l’ONU de participer à deux tables rondes avec l’Algérie, le Polisario et la Mauritanie, à Genève les 5 et 6 décembre 2018 et les 21 et 22 mars 2019.  Que la délégation marocaine soit pour l’essentiel composée d’élus du Sahara a constitué une preuve parfaite du droit par le fait ou vice-versa selon les goûts. 
En conclusion, nous nous permettons de signaler aux observateurs les profondes divisions du Polisario.  Divisions qui apparaîssent plus encore aujourd’hui avec les cris portés envers ses dirigeants et l’Etat algérien, demandant des nouvelles d’Ahmed Khalil, ce conseiller écouté et respecté de l’organisation. Ayant fait part de son intention de publier un livre noir sur certaines relations entre des dignitaires du Polisario et du régime, il a été arrêté le 6 janvier 2009 à Alger. Il a pu être vu une dernière fois par son fils aîné dans la prison militaire Le Bleda. Puis une chape de plomb a recouvert le dossier. Silence total, rien n’est dit, malgré l’engagement de l’actuel président du Polisario auprès des manifestants de donner des informations avant le 27 février. Une plainte pénale a été déposée depuis auprès du procureur général d’Alger. L’affaire demande à être suivie attentivement, car elle n’a surgi que par le fait des oppositions internes et d’une révision entière des stratégies anciennes. 
Ce délitement progressif et continu du Polisario ne doit cependant pas surprendre. Conçu à des fins étrangères aux sentiments propres des gens du Sahara, celui-ci n’a été qu’un concept, mais jamais une réalité sociale et culturelle, sauf peut-être, pour quelques sociologues étrangers en mal de nostalgies révolutionnaires guévaristes ou de reportages faciles. Dans la durée, il se révèle n’être qu’un château de sable qui subit chaque jour l’érosion naturelle des forces des nouveaux vents de l’histoire. Les retours au pays sont nombreux, le scepticisme s’étend, notamment chez les plus jeunes qui n’ont connu que les camps de Tindouf en Algérie ou l’université cubaine. L’avenir me semble proche où ces jeunes garçons et filles participeront avec leurs frères de Laâyoune, de Smara, de Dakhla à cette aventure de la construction d’une nouvelle Californie.
Cette perspective renvoie à ma mémoire ces vers de Lamartine, poète et homme politique français du XIXème siècle, qui évoquent le matin : 
Tout vit, tout s’écrie :
C’est lui, c’est le jour !
C’est lui, c’est la vie !
C’est lui, c’est l’amour !

* Hubert Seillan est avocat. Il a suivi le procès de Gdim Izik comme observateur international au titre des droits de l’Homme et est l’auteur du livre Le Politique contre le Droit, Le Sahara, les droits de l’Homme, le procès de
Lundi 29 Avril 2019

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