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Thomas Bach, un caméléon au sommet de l’Olympe





Thomas Bach, un caméléon au sommet de l’Olympe
Porte-voix des athlètes et avocat des puissants, héraut des valeurs olympiques et orfèvre du sport-business: l’Allemand Thomas Bach a brigué mercredi un second mandat à la tête du Comité international olympique. Si le Bavarois de 67 ans avait eu besoin de deux tours de scrutin pour succéder en 2013 au Belge Jacques Rogge, face à cinq rivaux, il a depuis éliminé toute concurrence et se présente seul, assuré de régner jusqu’en 2025. L’homme le plus puissant du sport mondial peut brandir un bilan flatteur, marqué par un doublement des recettes tirées du sponsoring international, qu’il promet de gonfler encore, et une réforme de l’attribution des Jeux.

La pandémie de Covid-19 l’a jeté dans une lumière inhabituelle et transformé en gestionnaire de crise, contraint de reporter les JO de Tokyo d’un an, et désormais de convaincre qu’ils pourront bien se tenir du 23 juillet au 8 août, malgré la crise sanitaire. Réputé ambitieux et habile en coulisses, Thomas Bach se raconte plus volontiers en “fou de sport”, épris de foot puis converti à l’escrime, jusqu’à décrocher la médaille d’or de fleuret par équipes lors des JO de Montréal de 1976. Essentiel à sa légitimité, ce label d’ex-Olympien se double d’un engagement précoce face aux instances sportives, qu’il fait remonter au boycott des Jeux de Moscou en 1980 par les EtatsUnis et leurs alliés. “J’étais le porte-parole des athlètes de l’Allemagne de l’Ouest, je me suis battu vraiment beaucoup pour que nous puissions figurer à Moscou”, expliquait le dirigeant avant son premier mandat.

Mais “sous la pression énorme du gouvernement”, l’instance olympique de RFA cède et le boycott l’empêche de défendre son titre olympique, un “tournant” qui le pousse à “entrer dans la politique des institutions sportives”. Devenu avocat, l’ancien fleurettiste se démultiplie pour grimper les échelons, un activisme qui contraste aujourd’hui encore avec sa bonhomie apparente et son débit tranquille. Bras droit de l’ex-PDG d’Adidas Horst Dassler, jusqu’à son décès en 1987, il découvre le sport-business auprès de ce puissant soutien, dont la société de marketing ISL est si généreuse en pots-de-vin qu’elle plongera en 2001 dans une retentissante faillite. A 37 ans seulement, en 1991, Thomas Bach remplace au sein du CIO le patron de l’olympisme allemand Willi Daume, puis entre à la commission exécutive en 1996 et accumule les responsabilités, jusqu’à se hisser en 2000 à la vice-présidence. Il gagne ses galons en négociant les droits de télévision des Jeux pour l’Europe ou en présidant la commission juridique, et échappe en 1999 au scandale de corruption autour de l’attribution des JO-2002 à Salt Lake City.

Au fait de tous les dossiers clés, parlant cinq langues, il s’impose comme candidat naturel à la présidence de l’instance, même si les critiques perlent sur la conciliation de ses nombreuses activités d’affaires et de ses fonctions au sein du CIO. La presse allemande s’interroge sur son juteux contrat de consultant avec Siemens, fournisseur des Jeux olympiques de Pékin en 2008, mais la commission d’éthique du CIO l’exempte de tout conflit d’intérêt. Membre du parti libéral allemand du FDP, Thomas Bach a également présidé la chambre de commerce arabo-allemande, la Ghorfa, et siégé au sein du conseil de surveillance du Comité d’organisation du Mondial-2006 de football en Allemagne. Candidat malheureux contre lui en 2013, le Suisse Denis Oswald avait estimé n’avoir “pas les mêmes valeurs”, accusant Thomas Bach d’utiliser “(sa) position pour autre chose que pour la défense du sport”, avant de s’excuser.

Libé
Vendredi 12 Mars 2021

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