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Tarik El Malki : Le secteur privé doit cesser de tout attendre de l’Etat




Directeur du développement, des relations internationales et de la recherche à l’Institut supérieur de commerce
et d’administration des entreprises (ISCAE), Tarik El Malki a longtemps travaillé sur le modèle économique marocain.
Dans cet entretien, il revient sur l’expérience chinoise dont le représentant diplomatique,
Li Li, a exposé le mois dernier le modèle aux étudiants de  ce prestigieux Institut académique public, et livre ses impressions
sur celui du Maroc.



Libé : Les progrès que connaît la Chine sont le fruit d’un profond travail ponctué de réformes et marqué par la transformation de son système économique. Que vous inspire son modèle économique?
Tarik El Malki : Le modèle chinois est basé sur la persévérance, la conscience, l’endurance et la volonté. C’est un pays qui nous donne une formidable leçon de mutation et de transition économique depuis 40 ans.
On est passé, comme l’a souligné  l’ambassadeur Li Li, d’un système régi par le socialisme planificateur à un nouveau système basé sur ce qu’ils appellent là-bas l’«économie de marché socialiste ».
Je trouve ce concept très intéressant dans la mesure où les Chinois sont parvenus à créer leur propre modèle. Un modèle hybride qui est basé sur un Etat planificateur et centralisateur régi par ses propres règles, tout en étant en phase avec les mutations mondiales caractérisées par la mondialisation.
L’Etat chinois a muté en passant à un Etat stratège qui pratique ce que j’appellerais un interventionnisme intelligent qui établit des règles, lutte contre la corruption et promeut un certain nombre de secteurs d’activité nouveaux.
Les Chinois sont pragmatiques. Ils ont compris avant tout le monde qu’il fallait s’adapter à un nouvel ordre mondial.
Ce nouveau modèle de développement, qui est initié par le président Xi Jinping, est basé sur un certains nombre d’éléments ; l’économie a bénéficié des transferts technologiques de par l’attractivité qu’exerce la Chine en matière d’investissement direct étranger (IDE) et ce pays a réussi à élever son taux d’intégration dans les chaînes de valeur mondiale.
Aujourd’hui, la Chine est leader dans  les technologies d’information et, comme l’a rappelé l’ambassadeur, l’un des premiers au monde dans les infrastructures routières, autoroutières, les chantiers navals et les barrages hydroélectriques, etc.
C’est assez impressionnant le bond en avant qu’a fait la Chine dans ces secteurs-là. Le plus important pour nous, et ce dont le Maroc doit véritablement s’inspirer, c’est le rôle du capital immatériel à travers l’investissement dans l’innovation et l’éducation.

Vous avez longtemps travaillé sur le modèle économique marocain. Notre pays doit-il, selon vous, s’inspirer du modèle chinois ?
On ne peut pas développer une économie sans politique d’innovations volontariste et efficace, sans un système d’éducation très performant.
La Chine est l’un des premiers au monde en matière d’enseignement supérieur, que ce soit en termes de quantité ou de qualité. Les business schools chinoises sont dans leur grande majorité conformes aux standings internationaux.
Et donc, ce qu’on essaie de faire modestement au niveau de l’ISCAE, c’est de développer des partenariats, des échanges culturels avec un certain nombre de business schools chinoises pour justement accompagner ce modèle de développement. L’ISCAE s’engage aussi dans ce processus d’accréditation internationale qui lui permettra demain d’être conforme aux meilleurs standards.
Donc, le Maroc doit s’inspirer de cette nouvelle politique et continuer ce qu’il fait aujourd’hui au niveau de sa politique industrielle et de ses partenariats avec la Chine et l’Afrique. Il doit également promouvoir l’éducation nationale, l’innovation et la lutte contre la pauvreté et les disparités territoriales. Ces actions constituent un véritable levier de développement de la Chine, comme l’a rappelé l’ambassadeur en affirmant: « L’objectif est d’éradiquer la pauvreté  totalement d’ici 2020 ».
Donc, c’est une belle leçon pour le Maroc. Cela dit, il n’est pas question de calquer ce modèle à l’identique, mais de s’inspirer de ses meilleures pratiques et de les adapter à notre contexte et à notre temps.

La Chine a consacré les quatre dernières décennies à  d’importantes réformes avant de voir son économie se hisser au niveau mondial. En la matière, diriez-vous que le Maroc a perdu du temps ?
Le Maroc a effectivement perdu du temps. Il faut être conscient, honnête et dire, bien évidemment, que nous avons perdu trop de temps. Le capitalisme marocain a longtemps été bâti sur l’économie de rente et le clientélisme. Le secteur privé marocain est biberonné par l’Etat à travers des subventions et des incitations. Il est extrêmement peu offensif et prend très peu de risques.
Donc, il faut opérer un changement des mentalités. J’insiste là-dessus, le secteur privé marocain doit changer de manière radicale et cesser de tout attendre de l’Etat. Il doit assumer ses responsabilités.
Au lieu d’être en permanence en train d’attendre des subsides de l’Etat qui ne peuvent plus venir, qu’il  prenne son destin en main et s’insère de manière beaucoup plus mature dans le processus de mondialisation. Pour cela, il est impératif qu’il fasse sa propre mue et  prenne ses responsabilités et des risques.
Je pense que le secteur privé marocain doit jouer son rôle de manière mature et responsable. Il est temps donc qu’il sorte de la tutelle de l’Etat.

Propos recueillis par Alain Bouithy
Mercredi 11 Avril 2018

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