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S.O.S Zagora se meurt de… soif

Bien d’autres régions trinquent en l’absence d’une politique de développement durable et intégré




«Imaginez une ville privée d’eau durant des mois », s’est exclamé  Jamal Akchbabe, président de l’Association des amis de l’environnement de Zagora (AAEZ). Et de poursuivre : « Pas une goutte pour boire, faire sa toilette, la lessive ou le ménage. Même les élèves ne peuvent plus faire leurs besoins dans les toilettes de leurs établissements scolaires faute d’eau. Les hôtels et les cafés ne peuvent plus, eux aussi,  offrir leurs services puisqu’ils ne disposent plus de réserves en eau».  D’après lui, la situation est catastrophique et risque de se dégrader davantage si rien n’est fait. Notamment dans les villages et les Ksours de Zagora qui sont ainsi frappés d’une mort lente.    
« Les pénuries en eau potable ne datent pas d’aujourd’hui. Mais, ce problème a atteint son paroxysme durant le mois de Ramadan dernier et il s’est accentué davantage pendant l’été à tel point que lors de l’Aïd El Kébir, la population n’a pas trouvé suffisamment d’eau pour nettoyer les tripes des moutons et ça dure  jusqu’à aujourd’hui », nous a indiqué notre source. D’après elle, cette détérioration des ressources hydriques est due, par-delà de la faiblesse chronique des précipitations et de la succession des  cycles de sécheresse, à l'absence d'une stratégie intégrée et globale de gestion des ressources hydriques. «Il n’existe pas de volonté réelle pour résoudre ce problème.  Notre région souffre de l’absence d’une stratégie destinée à valoriser ses ressources hydriques  et du manque d’investissements publics orientés vers les infrastructures de dessalement ou le forage des puits. Ceci d’autant plus que l’irrigation des champs de pastèques qui s’étendent sur des milliers d’hectares consomme énormément d’eau. Selon une étude menée par l’Agence du bassin Souss-Massa-Draâ, cette culture consomme plus de 9 millions de m3 par an et 12 millions de m3 si l’on y ajoute la culture du henné et du fourrage. Le pire, c’est que  ces cultures surexploitent les réserves de la nappe phréatique qui constituent la source  d’approvisionnement en eau potable de la région », nous a-t-elle précisé.
Le président de l’AAEZ impute la responsabilité de cette situation, en premier lieu, à l’ONEE qu’il accuse de ne pas garantir l’accès à  l’eau potable à la population zagourie et de se croiser les bras face à cette crise. « Aujourd’hui, on règles des  factures de l’ONEE alors qu’on n’a pas d’eau chez nous. Pis, on est obligés de nous acquitter mensuellement de deux factures : celle de l’ONEE et une autre pour l’achat des stocks d’eau potable acheminés par les camions citernes. Et ces charges ont été triplées puisqu’on débourse trimestriellement plus de 600 DH en moyenne contre 200 auparavant ».  
Le ministère de l’Agriculture est également mis au banc des accusés. « La responsabilité de ce département est évidente puisqu’il encourage la culture des pastèques dans une région qui souffre de la  rareté de ses ressources hydriques», nous a-t-il indiqué. En effet et selon certaines statistiques,  400 millions de m3 des réserves en eaux superficielles du bassin du Draâ sont entièrement destinées  à l'irrigation de 26.000 ha comme le sont près de  88% des ressources souterraines de la région estimées à 100 millions de m3 et de ne réserver que 12% à la distribution d'eau potable. Les mêmes statistiques ont révélé que les besoins en eau dans le bassin du Draâ étaient estimés à 617 M de m3 en 2010 et pourraient atteindre 642 M de m3 en 2020 dont  610 M de m3  destinés à l'agriculture et 32 M de m3 à l'eau potable.
La secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Equipement, du Transport, de la Logistique et de l’Eau, chargée de l’Eau est aussi pointée du doigt.  En effet, elle a promis des mesures d’urgence pour solutionner ce problème mais elles n’ont jamais vu le jour. « Il y a eu  l’idée de forger plusieurs trous hydrauliques dans la région de Feija considérée comme la source d’eau potable de Zagora ainsi que dans d’autres collectivités locales. Il y a eu également le projet de construction du barrage d’Agdez et celui du dessalement de l’eau, mais ces efforts n’ont pas encore donné leurs fruits. Et pour en bénéficier, il faudra attendre cinq ou six ans afin qu’ils deviennent opérationnels», nous a déclaré Jamal Akchbabe. Une situation qui risque de transformer la région en poudrière.
En fait, le ras-le-bol de la population a commencé à se manifester comme en attestent les sit-in et les accrochages avec les forces de l’ordre. « Les protestations ont débuté durant le Ramadan et plusieurs sit-in ont été organisés, mais ils ont été violemment dispersés par les forces de l’ordre », nous a expliqué le président de l’AAEZ. Et de poursuivre que « cette violence n’a pas entamé la volonté de la population puisque plusieurs sit-in spontanés ont eu lieu dans certains quartiers  et villages.  Le dernier en date a connu la participation des femmes et des enfants qui ont été également dispersés avec violence sans parler de l’arrestation de sept personnes et leur poursuite par le Parquet ».
De leur côté, les autorités locales ont observé un silence de mort. « Aucune information ne filtre sur le sujet. Seule l’approche sécuritaire prime », a témoigné Jamal Akchbabe. Et de conclure : «C’est purement de la mauvaise gestion et une absence patente de  vision en matière de développement durable et intégré. Cela fait maintenant plus de six ans qu’on tire la sonnette d’alarme concernant la culture des pastèques alors que les responsables savent pertinemment que la région subit fortement les effets des changements climatiques. Peut-être qu’ils comptent sur un éventuel exode  collectif de la population pour résoudre ce drame ».

 

19 points noirs

Intervenant le mois dernier devant la Commission parlementaire des infrastructures, de l’énergie, des mines et de l’environnement, Ali Fassi Fihri, directeur général de l’Office national de l’eau et de l’électricité (ONEE) a souligné  que le Maroc pourrait être secoué cette année par une crise hydrique  au cas où les précipitations tarderaient à montrer le bout du nez.                
Pour ce qui est des zones qui souffrent déjà d’un manque en eau, il a assuré que son établissement s’est engagé à résoudre le problème de six d’entre elles avant la fin de l’année en cours et de 13 autres en 2018.

Hassan Bentaleb
Mardi 3 Octobre 2017

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