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Rencontre avec Mustapha Jmahri autour de la mémoire d’El Jadida

A l’Institut français d’El Jadida





C’ est dans le respect des restrictions liées à la pandémie de la Covid19, que l’Institut français d’El Jadida a organisé, le vendredi 5 mars 2021, sa première rencontre culturelle ouverte au public avec la présentation du parcours de l’écrivain Mustapha Jmahri sur le thème «Mémoire d’El Jadida, une histoire des hommes et des lieux». Pour résoudre le problème de la limitation des places autorisées, la séance fut transmise en live sur la page Facebook de l’Institut.

Ouvrant la séance, le professeur Abdelali Errehouni, chargé de mener les débats, a débuté la séance en présentant l’écrivain Mustapha Jmahri et a évoqué succinctement son parcours de chercheur engagé pour la mémoire de sa cité El Jadida. En effet, déclara le professeur Errehouni, «par sa ténacité et sa passion et également par son sérieux, Mustapha Jmahri est devenu un visage incontournable du paysage culturel d’El Jadida dans cette dernière décennie».

Le professeur Errehouni a indiqué dans sa présentation, que depuis 1993, la série de publications «Les cahiers d’El Jadida», a eu le privilège de révéler une partie de la bibliographie historique de la ville, a recueilli les souvenirs des anciens Jdidis marocains sur leur vie au temps du Protectorat, ceux des Français de Mazagan, les témoignages des Marocains juifs sur leur attachement à la cité et le regard féminin sur l’époque transitionnelle protectorat-indépendance. La série a permis aussi l’évocation de la vie des communautés européennes, l’expérience des agriculteurs étrangers dans les Doukkala, l’histoire consulaire de la ville, les chroniques secrètes, l’héritage portugais classé patrimoine mondial et l’aspect sanitaire au cours des derniers siècles. Prenant la parole, Mustapha Jmahri a remercié les organisateurs de la rencontre de lui avoir donné l’occasion de parler de sa passion de chercheur indépendant et bénévole et de son projet éditorial «Les cahiers d’El Jadida». L’intervenant souligna que la petite encyclopédie qu’il a publiée depuis 28 ans avait pour but d’essayer de sauver de la perte et de l’oubli une somme de données sur la cité lors de la période contemporaine. Certains de ses ouvrages ont également porté sur l’époque oscillant entre l’installation portugaise et le XIXème siècle, date de la création officielle de cette cité.

Dans cet effort considérable, l’intervenant a constaté, non sans un peu d’amertume, le manque d’appui matériel à ce genre de publications ainsi que l’absence d’exploitation de ses contenus par les chercheurs en herbe qui devraient, en principe, prendre la relève de leurs aînés et faire connaître leurs travaux. Répondant à une question sur les prémisses de sa passion, alors qu’il avait débuté par écrire des nouvelles en langue arabe, Mustapha Jmahri a expliqué qu’il était parti d’une déception quant il a découvert, à la fin des années 80, que la ville de ses ancêtres riche par son passé de deuxième port du Maroc, était pauvre en références sur son histoire sociale et culturelle.

Dans un deuxième temps, il avait, explique-t-il, organisé à trois reprises, au sein de l’Alliance française, des tables rondes sur le thème «L’histoire d’El Jadida racontée par ses anciens habitants» et qui regroupaient quelques anciens de la ville et de jeunes étudiants de l’Université Chouaïb Doukkali pour un échange inter-générationnel.

Mais l’élément déclencheur, selon le chercheur, naquit lors de sa participation à l’atelier d’écriture, animé par feu Abdelkébir Khatibi et le romancier français Claude Ollier en 1993, au siège de l’Association de Doukkala. Au cours de cet atelier qui avait pour thème «L’écriture et la région», Khatibi a parlé de la relation entre l’écriture, la ville et la région et a suggéré à ce chercheur la préparation d’un travail bibliographique sur la cité afin de dresser, en quelque sorte, un tableau statistique énumérant la majorité des écrits ayant évoqué la ville d’El Jadida-Mazagan. L’intervenant a également expliqué que son projet éditorial a bénéficié de l’appui, en conseil et pour le suivi, de deux autres éminents intellectuels : l’historien Guy Martinet (1920-2003), et la chercheuse jdidie Nelcya Delanoë. Sans oublier aussi l’aide en conseils ou corrections de la part de chercheurs et universitaires pour certains sujets tels Fatema Mernissi, Mohammed Ennaji, Fouad Laroui, Jean-Louis Morel, Mostafa El Ktiri, Mohamed Benhlal et Dr Mustapha Akhmisse. A une question sur l’apport de son travail à la recherche et à la production culturelle en général, l’invité a précisé, qu’en ce qui le concerne, cet apport peut être multiple. Il suffit qu’il s’agisse d’une contribution pour promouvoir le volet culturel local et régional mais aussi que cela participe à l’acquisition d’une connaissance historique et sociologique par l’ouverture, par exemple, à certaines minorités (juive, féminine ou syndicale). Cet intérêt est d’autant plus nécessaire que le Maroc a érigé constitutionnellement la région en tant que collectivité locale. Le déroulement de la séance étant articulé sur deux volets : les hommes et les lieux, et après avoir évoqué une pléiade de noms en rapport avec les recherches de l’auteur, le modérateur passa au deuxième volet concernant un choix des lieux de la mémoire mazaganaise. Ainsi Mustapha Jmahri a-t-il présenté le résultat de ses recherches sur certains lieux du paysage de la ville et de la région des Doukkala en général tels le port de la cité, né de la baie de Mazagan, les agences consulaires des pays étrangers établies, au départ, à l’intérieur de la cité portugaise, le camp de sidi El Ayachisur les hauteurs d’Azemmour, le moussem juif disparu près de M’tal en Doukkala, les vestiges de l’architecture européenne dans la campagne environnante, et autres lieux de la mémoire locale.

A une question sur ce qui a changé entre Mazagan d’hier et El Jadida d’aujourd’hui, l’invité a évoqué ce qu’a dit le philosophe Héraclite qu’«on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». En effet, selon Mustapha Jmahri, la ville, comme l’être humain, est en perpétuelle métamorphose. Elle est en continuité d’aménagement et de réaménagement, un processus ininterrompu de démolition et de construction. Même si la ville a gardé son âme profonde et sa culture d’ouverture à l’Autre, elle n’a pas échappé, dit-il, à la nécessité de se développer et de suivre le cours du temps avec ses points forts et ses contraintes liées notamment aux différents problèmes sociaux tels l’exode rural et la crise de l’enseignement. Sur les difficultés et les obstacles rencontrés dans le travail d’écriture, l’intervenant a expliqué qu’en fait il s’agit des mêmes contraintes vécues par beaucoup d’autres chercheurs marocains et qui font partie, en quelque sorte, des risques du métier. En sus du problème financier, dit-il, le problème épineux reste l’absence d’archives locales, qui auraient pu être le moyen essentiel pour mettre en lumière tout un pan de l’histoire locale et nationale.

La séance a pris fin après un échange fructueux avec l’assistance composée de Marocains et des résidents étrangers. Les questions posées par le public concernaient la méthodologie de la recherche, le côté lié aux frais d’impression, l’enjeu de l’utilisation de la langue française et l’image de la ville d’El Jadida dans le temps présent pour la nouvelle génération.

 

Libé
Dimanche 7 Mars 2021

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