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Réflexion sur la gestion politique de l’incertitude

La grande question posée par la crise du Covid-19




Par ses nombreuses formes, la crise sanitaire du covid-19 est en train de présenter un problème politique épineux. Ce problème émane de plusieurs aspects à savoir de nombreux types d’incertitude, des problèmes liés à l’instantanéité; la limitation des données au manque de consensus parmi les experts; et aux différents niveaux de confiance dans le gouvernement, comme le savoir-faire technique, le soutien politique pour certains types d’interventions et bien d’autres aspects.

Aussi, il faut dire que la pandémie Covid-19 est connue surtout pour son caractère nouveau dont le monde n’a jamais vécu auparavant. Autrement dit, bien qu’il y ait eu d’autres crises pandémiques similaires à grande échelle et à évolution rapide dans le passé, il convient de dire avec certitude que les processus de définition des sources et d’articulation des solutions autour de l’émergence du Covid-19 sont uniques vu que de nombreux aspects de ce virus particulier étaient inconnus.

L’aspect de la nouveauté de ce virus veut dire que la nature des réponses en termes de politiques publiques au sujet du Covid-19 était non seulement inconnue mais également contestée et hautement incertaine, plus que dans de nombreuses crises telles que les inondations, les grandes pollutions marines ou les épidémies plus connues comme le choléra, où le fonctionnement normalisé etstandardisé des bonnes pratiques issues des expériences passées existe et est bien connu. Malgré que la crise du Covid-19 est un cas extrême, les Etats agissent souvent face à l’incertitude et c’est l’ampleur de l’ambiguïté autour de l’impact et des effets du coronavirus qui est ici importante.En d’autres termes, soient l’étendue et le degré d’incertitude, les Etats devront agir ou non, puis assumer les conséquences de leurs actions ou inactions. En plus, lessociétés ont le devoir d’accepter de porter une partie du risque associé à toute action ou inaction étatique en raison des difficultés ou du coût et du temps énormes généralement nécessaires pour éliminerlesincertitudes. Cependant, le degré d’acceptation du risque est relatif, car il est facile quand ils’agit de vaincre une maladie virulente ou de reloger des victimes desinondations, maisil faudra dire que les Etats et lessociétés diffèrent dansle niveau de risque qu’ils peuvent accepter et dans la manière dont les sociétés réagissent aux erreurs ou aux réactions excessives et insuffisantes des États aux crises. Le niveau élevé d’incertitude et les déclarations parfois contradictoires des différents experts à cause de la nature nouvelle de la maladie Covid-19 ont eu comme impact, plus de discrétion dans les réponses politiques et officielles aux avis d’experts en la matière, comme ce serait le cas pour les crises plus cadrées et connues.

Au Maroc, comme d’autres pays, lors de la crise du virus de la grippe A (H1N1) par exemple, la discussion et le débat politique ont été encadrés en termes de sécurité nationale et le risque de contagion de masse a été évité. Cependant, dans le cas actuel du Covid-19, le cadrage des réponses et des réactions liées à l’action et à l’inaction de l’Etat s’est déroulé autour du développement et de l’utilisation de modèles épidémiologiques développés par des experts et des organismes internationaux en vue de clarifier et de quantifier les risques sur la base d’analogies avec les épidémies et infections passées, et via la comparaison des prévisions et estimations précoces avec les statistiques sanitaires officielles des taux réels d’incidence de la maladie, d’hospitalisation et de décès .

Ce processus de cadrage a été aggravé par des difficultés concernant la nécessité de différencier les dimensions naturelles de la pandémie empiriquement vérifiables de celles construites socialement et psychologiquement autour d’un problème de santé survenant dans un système de santé public existant.

En effet, il s’est avéré très difficile de recueillir des preuves empiriques sur les effets des maladies en raison à la fois de la manière dont les statistiques de santé publique sont conservées et de la manière dont les modèles épidémiologiques et autres sont construits et interprétés. Au début de l’apparition de la pandémie, certains aspects de la maladie ont fait l’objet d’un accord considérable. Mais, la perception publique de la menace de la maladie et les efforts du gouvernement pour la contrer ont été affectes et perturbés.

Ainsi, en se référant à ce que l’on savait dès l’apparition de la maladie, il a été convenu, par exemple, dès le début par toutes les parties concernées que la sensibilité naturelle des humains à l’infection était plus ou moins identique partout. Cela veut dire que tous les modèles et déclarations des officiels et des experts convenaient que personne n’était immunisé naturellement, qu’il n’y avait pas de vaccin immédiatement disponible, et qu’aucun protocole thérapeutique efficace n’existait pour la prise en charge des malades.

En conséquence, dans une certaine mesure au moins, les éléments de base de l’identification du cadrage problématique du Covid-19 ont été déterminés par l’espoir que, partout dans le monde, des populations identiques dans des situations identiques et infectées de manière identique subiraient des résultats plus ou moins identiques.

À partir de cette situation, le fait de se mettre d’accord sur la nature de la maladie et ses impacts est important pour évaluer les réponses de l’Etat à la crise. D’une part, ces connaissances fournissent une base de référence par rapport à laquelle le comportement des citoyens, des politiciens, des bureaucrates et des organisations de la société civile peut être évalué, car le fait de ne pas accepter ou reconnaître ces faits est un signe révélateur de la mesure dans laquelle la prise de décision et l’élaboration des politiques publiques étaient moins guidées par les préoccupations des citoyennes et citoyens et des connaissances en matière de santé que par d’autres facteurs. D’autre part, dans le cas d’une sensibilité épidémiologique et biologique égale, les variations entre les pays des taux d’infection, de guérison et de mortalité peuvent être considérées comme le résultat de différences non pas géographiques et naturelles mais plutôt au construit social de la maladie.

Le construit social peut signifier, entre autres, , les comorbidités liées au mode de vie et à l’alimentation dont la survenue varie selon les pays; la nature des niveaux existants d’interactions sociales qui varient également selon les zones concernées et affectent les taux de transmission interpersonnelle; les facteurs environnementaux tels que les différents niveaux de pollution qui affectent également la respiration et diffèrent selon les pays; ainsi que les différences dans la capacité d’un gouvernement ou d’une société à freiner la propagation de la maladie grâce à l’utilisation d’interventions non pharmaceutiques, comme sa capacité à retracer et à isoler les personnes infectées et les porteurs de la maladie. Le seul phénomène naturel susceptible d’affecter la gravité de l’infection et le rétablissement de la maladie est la structure démographique de la société, en particulier la part de la population âgée qui s’est avérée particulièrement vulnérable à la maladie.

D’une autre manière, et théoriquement, dans une situation du monde réel sans restriction sur les interactions sociales et donc des rassemblements plus fréquents d’individus infectés et non infectés, sans traitements, ni vaccins, le nombre de mortalité serait très élevé dans un laps de temps très court. Ces chiffres diminueraient sûrement si une vaccination et des traitements médicamenteux efficaces étaient trouvés ou si une exposition antérieure fournissait un certain niveau d’immunité à la réexposition.

Réflexion sur la gestion politique de l’incertitude
En réalité et en conclusion, ces hypothèses étaient très incertaines et improbables et la plupart des gouvernements, sinon tous, ont réalisé que certaines décisions politiques étaient nécessaires. Elles concernaient à la fois la prévention de nombreux décès prématurés dus à la maladie elle-même et aussi éviter de surcharger les hôpitaux et les unités de soins intensifs avec des patients affectés, ce qui entraînerait à son tour des décès parmi les personnes touchées par des maladies autres que la Covid-19. Ces possibilités ont conduit dans de nombreux pays à appeler à une action publique pour « aplatir la courbe » ou réduire la croissance exponentielle de la maladie par tous les moyens possibles, même si cela aurait conséquences sociales et économiques difficiles.

Par Mohammed Anouar El Hazziti 
Lauréat de l’Institut supérieur de l’administration.

Mohammed Anouar El Hazziti
Dimanche 1 Novembre 2020

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