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Quel impact de l'épidémie de coronavirus sur les conflits au Moyen-Orient?

Antonio Guterres : Le pire est à venir pour les nations en conflit




Quel impact de l'épidémie de coronavirus sur les conflits au Moyen-Orient?
Le nouveau coronavirus a fait des dizaines de milliers de morts et forcé la moitié de la population mondiale au confinement. Mais l'impact de cette épidémie sur les guerres en cours au Moyen-Orient reste encore incertain.
Avec les efforts de la planète concentrés sur la lutte contre la maladie, les acteurs en conflit en Syrie, au Yémen, en Libye et en Irak, où interviennent des puissances étrangères, continuent d'avancer leurs pions. Mais sans perspective d'issue durable dans l'immédiat.
Le "pire est à venir" pour les nations en conflit, a de son côté averti le chef de l'ONU Antonio Guterres en relançant son appel à des cessez-le-feu partout dans le monde pour aider à endiguer la progression de la maladie du Covid-19.
L'épidémie fait craindre une catastrophe humanitaire dans ces pays aux infrastructures dévastées par la guerre et où des millions de personnes dépendent d'aides.
Le nouveau coronavirus a commencé à prendre une ampleur internationale au moment où une énième trêve entrait en vigueur dans la province d'Idleb et ses environs du nord-ouest syrien entre le régime et son allié russe d'un côté, et les groupes jihadistes et rebelles --dont certains pro-turcs-- de l'autre.
Les trois millions d'habitants de cette région avaient peu d'espoir de voir l'accalmie durer, épuisés par la dernière offensive meurtrière de Damas. Mais les craintes face à l'épidémie semblent contribuer à préserver cette trêve.
En mars, le bilan des pertes civiles a connu son plus bas depuis le début du conflit en 2011 avec 103 décès, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Pour les différents acteurs sur le terrain --le régime, les forces kurdes dans le nord-est et les factions anti-Damas à Idleb--, une bonne gestion de l'épidémie permettrait de consolider leur crédibilité.
"Cette épidémie est un moyen pour Damas de montrer que seul l'Etat syrien est efficace et qu'il faut donc réintégrer les différents territoires sous sa gouvernance", estime l'expert Fabrice Balanche.
La pandémie pourrait par ailleurs précipiter le départ des troupes américaines, leur "sécurité sanitaire" étant un "enjeu majeur", ajoute-t-il. Mais cela contribuerait à un vide sécuritaire qui encouragerait une résurgence du groupe Etat islamique (EI), dont le "califat" en Syrie s'est effondré en mars 2019.
En neuf ans, le conflit syrien a fait plus de 380.000 morts, ainsi que des millions de déplacés particulièrement vulnérables en cas de propagation de l'épidémie.
Le gouvernement yéménite et les rebelles Houthis ont d'abord salué l'appel de l'ONU à une trêve, tout comme l'Arabie saoudite, à la tête d'une coalition militaire qui soutient les forces progouvernementales.
Mais les espoirs d'une accalmie permanente, après plus de cinq ans d'enlisement, ont vite été douchés.
La semaine dernière, les forces saoudiennes ont intercepté des missiles lancés par les Houthis dans le ciel de Ryad et d'une ville proche du Yémen. En représailles, la coalition a frappé des "cibles militaires" à Sanaa, capitale yéménite aux mains des Houthis.
Ces dernières années, les négociations ont régulièrement capoté dans ce pays souffrant de la pire crise humanitaire au monde, selon l'ONU. Les ONG craignent une catastrophe en cas de propagation du virus, le Yémen disposant d'un système de santé aux abois et souffrant de pénuries d'eau.
"Si la guerre continue, le coronavirus va se répandre. Les gens vont mourir dans les rues, les cadavres vont pourrir", craint Mohammed Omar, un chauffeur de taxi de Hodeida, ville portuaire de l'ouest.
Comme au Yémen, les protagonistes du conflit libyen ont salué l'appel au cessez-le-feu des Nations unies... avant de reprendre les hostilités.
Les combats ont redoublé d'intensité ces derniers jours, touchant plusieurs quartiers résidentiels de la capitale.
"Un immense fossé demeure entre les déclarations et les actes", a déploré M. Guterres.
Dans ce conflit, la Turquie soutient le gouvernement de Tripoli, reconnu par l'ONU, qui fait face depuis un an à une offensive de l'homme fort de l'est libyen, le maréchal Khalifa Haftar.
Pour Fabrice Balanche, un désengagement occidental des conflits de la région pourrait favoriser les forces pro-Haftar soutenues par la Russie, l'Egypte et les Emirats arabes unis.
Les pays occidentaux ont été durement touchés par la pandémie, ce qui pourrait les pousser à détourner leurs ressources militaires des conflits étrangers mais aussi affaiblir les processus de négociations.
Selon un rapport du think-tank International Crisis Group (ICG), les efforts visant à garantir le cessez-le-feu en Libye "ne mobilisent plus l'attention au plus haut niveau".
En Irak, si la guerre a déjà pris fin, le pays reste menacé par une résurgence de l'EI dans certaines régions, tandis que les tensions entre les Etats-Unis et l'Iran ne montrent aucun signe de fatigue.
Washington a déployé cette semaine des batteries de défense antiaériennes, faisant craindre une nouvelle escalade avec l'Iran, dont les supplétifs irakiens sont jugés responsables des roquettes qui continuent d'être tirées sur la Zone verte à Bagdad, où siègent l'ambassade américaine et des bases accueillant des soldats américains.

Lundi 6 Avril 2020

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