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Parole aux sociologues Abdellah Herhar Personne ne peut obliger les autres à penser et à agir comme lui !




Parole aux sociologues  Abdellah Herhar Personne ne peut obliger les autres à penser et à agir comme lui !
Accorder la parole aux chercheurs en sociologie, c’est permettre aux observateurs avertis de se prononcer publiquement sur les faits de société. Une nécessité incontournable pour établir une relation plutôt équilibrée entre médias et sociologues.
Professeur de sociologie et d’anthropologie à l’Université Ibn
Tofail de Kénitra, Abdellah Herhar est le symbole même du
chercheur de terrain, toujours proche de son objet d’étude. Dans le monde rural, comme en milieu urbain, il est fort présent pour diagnostiquer, examiner et construire une matière scientifique sur la base des observations d’un connaisseur. Si Herhar est
plutôt intéressé par les formes d’expressions patrimoniales, il n’en demeure pas moins un fin observateur des nouveaux
phénomènes sociaux comme les réseaux sociaux.


Libé : Comment évaluez-vous aujourd’hui les mutations et clivages de la société marocaine ?
Abdellah Herhar : Les grandes mutations au rythme desquelles vit la société marocaine ne font pas exception, dans la mesure où la transformation des structures d’une situation à une autre ou d’un état à un autre relève des choses naturelles de la vie. Dans le temps, il pourrait y avoir des faits et des changements ravageurs, et il se pourrait qu’il ne se passe rien et que les choses vont à un rythme très lent à peine sensible et perceptible. Parfois, l’on ne ressent le changement qu’après avoir pris une bonne distance par rapport aux faits passés; là, on pourrait même voir d’un autre regard une certaine étrangeté des faits, qu’on n’aurait pas perçue à cause d’une familiarité aveuglante ! Les gens ne reconnaissent les bonnes choses ni leur sérénité qu’après avoir pris de la distance. Notre pays, qu’on le veuille ou non, a connu des changements, puisqu’on n’est pas isolé du reste du monde. Seules les valeurs humaines universelles résisteront aux multiples changements.

Que signifient pour vous les mouvements sociaux traversant le pays ?
Les mouvements sociaux actifs au sein de notre société sont la résultante de cette société organisée, riche et forte de son histoire, mais qui se penche aussi sur l’avenir. Ce sont des mouvements sociaux qui puisent dans l’histoire certes, mais qui sont pleinement intégrés dans le présent universel ; cela veut dire qu’ils ne sont pas isolés des autres mouvements actifs dans d’autres contrées du monde et se trouvent bien évidemment condamnés par une logique évolutionniste et permanente. Les dynamiques sociales résistent désormais intelligemment aux contraintes objectives et se distinguent du coup par leur caractère innovant et créatif. Partant, crédule celui qui croit que ces dynamiques peuvent être battues ou encore qu’elles vont renoncer de sitôt !
Vous savez que cette société avait fait face aux famines, aux épidémies, aux maladies et a lutté contre les différents changements climatiques et non des moindres, sa résistance face aux armées du colonisateur, et durant toutes ces épreuves, elle n’a cessé de faire montre de créativité et d’innovation, pour toujours vaincre et venir à bout des épreuves!
Il existe un adage anglais disant : Il est possible que l’être plie, mais impossible qu’il perde !  Autant, cet être ressent l’injustice et le despotisme, autant il crée les moyens d’y faire face. Aujourd’hui, la nouveauté, c’est cette percée sur les réseaux sociaux qui offre aux mouvements sociaux un espace d’expression, de coordination et de lutte.

Sommes-nous dans une société qui va à la rencontre des principes d’«égalité des genres», de «liberté de culte» ou de «démocratie participative»?
J’ai signalé dans une réponse l’existence de valeurs universelles qui font l’unanimité de la raison humaine. Le reste n’est que détails, appelés par les anthropologues : « légendes », utilisées par les communautés humaines pour justifier leurs politiques et leurs divisions. A chaque fois, il s’agit de sociétés organisées et liées aux institutions internationales, ces valeurs universelles semblent prendre le chemin de la mise en œuvre. Leur prévalence s’avère, tôt ou tard, incontournable.

L’on reproche au champ médiatique d’être trop «contrôlé», que ce soit au niveau des médias publics ou privés. Quelle est votre appréciation?
Si l’on évoque notre monde actuel, notre manière de vivre, nos liaisons avec ce monde mondialisé, nous nous trouvons face à une question plutôt légitime et légitimée : «Avons-nous le droit d’agir comme bon nous semble ? Sommes-nous vraiment libres d’agir dans ce sens ? C’est pourquoi, notre existence et notre continuité ne se réalisent que si nous nous identifions à ce qui se passe chez autrui. Vous n’êtes pas sans savoir que vous n’avez plus la possibilité d’obliger les autres à penser et à agir comme vous ni à opter pour vos choix. Vous êtes plutôt condamné à rechercher ce qui plait à vos clients, pour ne pas dire vos concitoyens.
La démocratie est une nécessité irréversible; ce n’est plus simplement une option à l’ère de la mondialisation. Dans le champ des médias, à titre d’exemple, même si vous voulez contrôler, vous n’en avez plus la possibilité, étant donné les choix énormes dont disposent les citoyens.

Le sociologue analyse et diagnostique, mais il peut éventuellement proposer. Des suggestions dans ce sens ?
Les sociologues étudient, examinent et critiquent, et durant tout ce labeur, ils proposent de manière directe ou indirecte. La sagesse dit qu’il faut surtout prêter attention au pouls  de la société et ne pas ignorer ce qui s’y passe. Les nouvelles technologies d’information et de communication accélèrent le rythme des changements. De ce fait, les communautés humaines ne sont plus isolées du reste du monde, et s’exercent donc à entreprendre toutes les comparaisons possibles dans la vie comme en politique !

Propos receuillis par Mustapha Elouizi
Jeudi 24 Mai 2018

Lu 1426 fois


1.Posté par Lectrice le 24/05/2018 22:17 (depuis mobile)
Merci pr cet article,où vous avez accueilli les propos d''un grand professeur peu fréquent sur les médias,mais nulle ne peux nié,la profondeur de ces analyses,Merci à votre heb de bien satisfaire la soif de lire pr cet humble,sobre et sage professeur.

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