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Parole aux artistes : Aziz Khouadir, le soutien du champ cinématographique se heurte au clientélisme et à la corruption




Il est très important d’ouvrir grandes les portes de la contribution aux artistes, en leur permettant de s’exprimer sur des questions d’ordre public. Leur regard est certes singulier et leur manière d’évaluer est libérée des a priori, en général, ce qui donne à leur propos une valeur essentielle pour la critique publique.
Auteur de trois courts-métrages et d’un long-métrage intitulé « Rêves d’une oasis », Aziz Khouadir travaille beaucoup et parle peu. Calmement, il creuse son bonhomme de chemin pour réaliser son rêve : faire le cinéma qu’il aime !


Libé : Quel rôle devrait jouer aujourd’hui l’artiste dans la vie publique ?
Aziz Khouadir : La réponse à votre question est si évidente et pourtant si difficile, surtout dans notre société où l’art est présent partout. Il peut prendre plusieurs formes telles qu’un tableau, une photographie, un film, ou une chanson. Nous le retrouvons également dans des objets d’usage quotidien et dans l’architecture.
Je pense que l’artiste d’aujourd’hui est appelé à transmettre, à travers ses œuvres une vision du monde où règnent les valeurs humaines d’amour et de  tolérance tout en contribuant au développement de la sensibilité et du goût artistique.

Les politiques publiques aident-elles les artistes  en matière de création artistique ?
Avant de répondre à cette question, demandons-nous d’abord s’il existe un projet culturel dans notre pays à travers lequel nous pouvons adopter une politique culturelle. A mon avis, il n’existe pas. Ces derniers temps, on s’interroge beaucoup sur quel projet de développement nous voulons pour notre pays, alors qu’il serait opportun de commencer à réfléchir à élaborer un projet culturel à travers une vision culturelle et un dispositif éducatif clair et cohérent, en harmonie avec les valeurs universelles des droits de l’Homme.
Il est vrai qu’il existe des fonds d’appui à l’art et à la culture sauf qu’ils ne répondent pas à nos attentes et s’inscrivent dans la rubrique gestion de la culture et non dans la rubrique investissement pour un projet culturel clair. Cet appui rencontre beaucoup de problèmes dont le clientélisme, la corruption, entre autres.

Comment peut-on transformer les espaces publics en lieux artistiques ?
Beaucoup de moyens s’offrent à nous. Je citerai, entre autres, l’ouverture d’espaces publics comme les places  publiques, les jardins qui peuvent facilement se transformer en scènes artistiques ouvertes aux jeunes artistes qui manquent d’occasions pour présenter leurs œuvres.
A mon avis, nous contribuerons ainsi à limiter le désintérêt du public quant  au domaine culturel. Comme nous n’avons pas pu ramener le public aux salles de cinéma et aux théâtres, ramenons plutôt la culture et l’art au public dans les rues et les boulevards.

L’art est au service de la société, mais également au service de la région. Que faites-vous pour faire connaître vos régions respectives ?
Je crois vraiment que l’investissement culturel dans sa région est d’une grande importance, car en plus de son impact sur les habitants, il donne une satisfaction à part à l’artiste ou à l’acteur associatif.
Même si je suis originaire de Zagora, je suis né et j’ai grandi ailleurs, mais je sens une vraie appartenance à cette région, une sorte de retour aux racines.
 Depuis 15 ans, je suis très impliqué à travers les films que j’ai réalisés et à travers ma contribution à la création du Festival international du film transsaharien qui, d’ailleurs, est devenu un rendez-vous annuel incontournable pour les jeunes de la région assoiffés de culture. Cela leur permet de profiter des spectacles, d’assister aux ateliers et activités et de  participer aux compétitions (meilleurs scénarios ou courts métrages) organisées spécialement pour les jeunes.

L’industrialisation de la culture sert-elle vraiment l’action artistique, ou au contraire, la réduit-elle à une marchandise consommable et éphémère ?
Je pense que l’industrie  de la culture sert l’action artistique. Il est vrai qu’elle est tributaire de la loi du marché et donc elle considère le produit culturel comme étant un produit commercial, mais en contrepartie elle permet à l’artiste d’exercer en permanence, ce qui lui permet de maîtriser les outils artistiques, parce que l’art n’est pas uniquement un concept, mais également un agencement  de choix esthétiques.
Et n’oublions pas qu’Hollywood a produit des chefs-d’œuvre qui resteront gravés dans la mémoire du cinéma et de l’art.

De quelle nature est votre présence sur les réseaux sociaux  (personnelle, professionnelle, les deux …) ?
J’utilise les réseaux sociaux à titre personnel mais aussi pour faire connaître toute activité culturelle ou cinématographique. La promotion de mes courts métrages et de mon premier long-métrage passent généralement par ces réseaux, ainsi que la promotion du Festival international du film transsaharien de Zagora.

Quel est votre dernier travail artistique ?
Après avoir terminé la réalisation de mon long-métrage « Oasis dreams », je suis actuellement en train de réaliser des courts métrages de sensibilisation à la santé reproductive pour l’Association marocaine des sages-femmes

Comment réagissez-vous aux questions de l’opinion publique ?
Comme tout citoyen, je suis de près les sujets qui préoccupent l’opinion publique et mes prises de position sont animées par la conviction de la suprématie des valeurs universelles des droits humains, que ce soit dans leur volet civique, social ou politique.

Propos recueillis par Mustapha Elouizi
Mardi 19 Juin 2018

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