“Notre Monde ” , une plongée émotionnelle au cœur des choix et des ruptures

Compétition officielle du 20ème Festival international du film de Marrakech


Mehdi Ouassat
Vendredi 1 Décembre 2023

«Notre Monde» (Phantom Youth) de Luàna Bajrami, projeté vendredi dans le cadre de la compétition officielle du 20ème Festival international du film de Marrakech, offre une plongée captivante dans le Kosovo de 2007, capturant l'essence d'une jeunesse en quête d'indépendance et de sens dans un contexte social et politique tumultueux.

Dans son deuxième long-métrage, la réalisatrice franco-kosovare dépeint avec finesse le dilemme des deux cousines, Zoé et Volta, interprétées avec brio par Elsa Mala et Albina Krasniqi.

L'histoire débute dans un village isolé, dévoilant rapidement l'ennui et le manque de perspectives auxquels sont confrontées les deux jeunes femmes. Le choix de fuir vers Pristina pour s'inscrire à l'université devient leur moyen de rompre avec les conventions oppressantes du village, mais dès le départ, les obstacles se dressent sur leur chemin. Bajrami parvient à capturer la tension sociale et politique de l'époque, marquant ainsi le contexte de manière organique tout au long du récit.

L'intrigue se développe avec intelligence, exposant les difficultés auxquelles sont confrontées Zoé et Volta dans leur quête d'éducation et d'indépendance. L'université, déchirée par les troubles du pays, devient un miroir des défis auxquels est confrontée la jeunesse kosovare. Les acteurs secondaires, bien que fonctionnels, apportent une profondeur à l'histoire en représentant diverses réactions face à un système oppressant, renforçant ainsi la distance émotionnelle entre les deux cousines.

La réalisation de Bajrami révèle, par ailleurs, une maturité impressionnante par rapport à son premier film, "La colline où rugissent les lionnes". L'écriture, plus authentique et moins infantile, guide le spectateur à travers un récit plus clair. Le point culminant du drame, survenant de manière inattendue, offre un tournant surprenant au film, dépassant les attentes initiales du récit d'apprentissage et du film sentimental. Bien que ce tournant puisse sembler arriver un peu tard, il apporte une profondeur bienvenue, incitant les personnages à réfléchir sur leurs choix de vie et à envisager l'avenir avec une nouvelle perspective.

La distance croissante entre Zoé et Volta, une fois libres dans l'environnement urbain, reflète brillamment les changements de personnalité et de désirs propres à l'adolescence et à la jeunesse. Ce schéma narratif résonne avec le public, rappelant des expériences universelles de séparation et de croissance.

«Notre Monde» est donc une œuvre cinématographique saisissante qui réussit à transcender les frontières culturelles. Luàna Bajrami offre un portrait nuancé de la jeunesse kosovare, explorant les thèmes de l'indépendance, de l'amour et des choix de vie au sein d'un contexte politique complexe. Avec son écriture mature, sa direction habile et des performances exceptionnelles, le film mérite sa place dans la sélection prestigieuse du FIFM.

Eveil moral et engagement social: La puissante leçon de «Disco Afrika»

Toujours dans le cadre de la compétition officielle, le public marrakchi a également eu l’occasion de découvrir, jeudi, "Disco Afrika: une histoire malgache" de Luck Razanajaona. Ce long-métrage de 80 minutes offre une plongée intense dans le dilemme déchirant entre valeurs morales et trahison, tissant un récit poignant au sein des paysages malgaches.

L'histoire suit le parcours tumultueux de Kwame, un jeune Malgache de 20 ans, plongé dans l'univers sombre des mines clandestines de saphir. Suite à un événement inattendu, Kwame est contraint de retourner dans sa ville natale, où sa mère et d'anciens amis l'attendent. C'est ici que le dilemme entre argent facile et fraternité, individualisme ou éveil à une conscience politique se dévoile, confrontant le protagoniste à des choix déchirants.

Luck Razanajaona, avec une sensibilité palpable, dépeint le voyage émotionnel de Kwame à la recherche de l'histoire de sa famille. Le réalisateur malgache réussit à capturer les nuances complexes de l'individualisme, offrant une réflexion profonde sur l'éveil à une conscience politique. Le spectateur est entraîné dans les méandres de la dualité morale, invité à explorer les eaux tumultueuses où les intérêts personnels et les idéaux sociaux s'entrecroisent.

Ce qui rend ce film véritablement remarquable, c'est la profondeur thématique qu'il atteint. A travers le personnage de Kwame, le public est confronté à des dilemmes moraux et éthiques, incitant chacun à réfléchir sur les choix cruciaux que la vie peut imposer. La tension entre l'individualisme et l'engagement politique offre une toile de fond riche pour l'exploration des dimensions humaines les plus profondes.

"Disco Afrika: une histoire malgache" transcende les frontières du cinéma pour devenir une exploration profonde des dilemmes moraux universels. Luck Razanajaona a réussi à créer un chef-d'œuvre émotionnellement chargé qui résonne au-delà de l'écran, invitant le public à réfléchir sur sa propre compréhension des valeurs morales et de l'engagement social.

Marrakech : Mehdi Ouassat


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