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Nacer Jabour, chef de division à l'Institut national de géophysique

Il y a une réactivation sismique au Nord et dans des zones qui étaient calmes auparavant


Nacer Jabour, chef de division à l'Institut national de géophysique
Libé : Quels sont les équipements d’alerte précoce aux tremblements de terre que vous avez reçus ?
Nacer Jabour : Ce sont des accélérographes. Un détecteur accélérométrique qu’on peut régler et ajuster pour un déclenchement à partir d’un certain seuil. Il comporte plusieurs composantes spécifiques qui permettent de détecter les premiers mouvements sismiques qui sont très faibles et ne sont pas ressentis par la population. Ensuite, les composantes de ces équipements nous permettent de déclencher l’alerte par haut-parleur et/ou par l’envoi d’un sms. L’équipement peut également arrêter automatiquement une installation industrielle sensible ou encore des ascenseurs d’immeubles et même un train à grande vitesse.

Le Maroc est-il exposé à des risques de séismes de grande intensité comme au Japon ?
Le transfert technologique doit être adapté au contexte national. Le Japon est exposé au quotidien à des tremblements de terre importants car il fait partie de la ceinture circumpacifique, très active sismiquement. Le Maroc est plutôt considéré comme un pays à activité sismique modérée. Donc on doit adapter cette technologie car les séismes qui font des dégâts au Japon ne sont pas les mêmes qu’au Maroc. Par conséquent, il faut faire attention à ce facteur d’exposition qui diffère entre les deux pays. Mais aussi tenir compte du facteur vulnérabilité sismique du bâtiment au Maroc qui est réel.

Justement, comment adapter ces équipements ?
Il faut trouver un seuil de déclenchement correspondant aux caractéristiques sismo-tectoniques du Maroc d’une part et d’autre part au niveau du bruit urbain, puisque ces équipements sont destinés à un usage urbain. L’ensemble de ces données doivent être identifiées et caractérisées pour qu’il n’y ait pas de déclenchement répétitif à cause d’un bruit aléatoire ou organisé. Donc à partir d’un certain niveau, que l’on doit contrôler et définir à partir des sources qui entourent le capteur, on va régler le capteur sur un niveau de déclenchement adéquat, qui va réagir uniquement en cas de séisme.

Sait-on vraiment prévoir les séismes sachant que le séisme du Japon de 2011 a été estimé très peu probable avant son occurrence, tout comme celui de l’Aquila en Italie ?
Pour l’instant, la prévention des séismes reste un domaine de recherche. Il n’existe pas encore de technique fiable à 100 % pour prédire les tremblements de terre et identifier le temps d’occurrence du séisme, le lieu d’occurrence et la magnitude. Pour l’instant, on n’a pas encore atteint ce niveau de connaissance, de monitoring et de contrôle par les instruments à notre disposition.

En revanche, le champ est ouvert concernant la prévention, soit un grand chantier technique et scientifique. C’est d’ailleurs dans ce cadre que l’on a accepté de coopérer avec le Japon dans cette expérience d’enclenchement d’une alerte précoce. Les technologies en question commencent déjà à détecter en termes de dimension et d’amplitude, de petites vibrations sismiques qui sont des sources naturelles sismiques. Là, on a plusieurs secondes à gagner avant l’arrivée de l’onde sismique qui cause les dégâts. Suivant les situations, on a entre 5 et 20 secondes pour réagir. Il faut se mettre à l’abri et surtout éviter de paniquer. C’est ce qu’on appelle la prévision précoce ou l’alerte précoce. C’est-à-dire, réagir avant l’arrivée des ondes sismiques qui causent des dégâts.

Quelles sont les actions que vous menez au quotidien en matière de prévention du risque sismique ?
Au niveau de notre Institut national de géophysique (ING), qui dépend du Centre national pour la recherche scientifique et technique (CNRST), nous sommes chargés de la surveillance sismique du territoire national et de l’ensemble du voisinage Atlantique-Méditerranée. Pour ce faire, nous nous appuyons sur un réseau de surveillance sismique. Il y a une permanence 24h/24. Et dès qu’il y a un tremblement de terre ressenti, on doit en fournir les paramètres aux autorités locales et centrales ainsi qu’aux différents départements techniques ministériels. Ensuite, c’est aux destinataires des alertes de prendre les précautions et les mesures nécessaires. S’agissant du dernier transfert de technologie et savoirfaire entre le Maroc et le Japon, nous sommes passés à un stade encore plus avancé, puisqu’on va raisonner en termes de seconde et une échelle encore plus restreinte, plus étroite. Là, on doit plutôt essayer de faire appel à la technologie et envoyer des messages d’alerte auxdits destinataires.

Où on est l’installation des capteurs reçus du Japon ?
Jusqu’à présent, nous avons installé les sept capteurs sismiques dans les enceintes des facultés des sciences techniques de Kénitra, Larache, Tanger, Al Hoceima, Nador et Fès. L’idée est de permettre également aux étudiants et aux enseignants de ces campus de se familiariser avec cette nouvelle technologie. Rappelons aussi qu’il faut accompagner cette expérience par des exercices d’évacuation, des exercices de protection, de réaction réfléchie, etc.

Selon le site spécialisé « volcanodiscovery.com », entre 1959 et 1999, 22 secousses ont été recensées sur le territoire national, oscillant entre 4 et 6 degrés sur l’échelle de Richter, contre 82 en deux fois moins de temps depuis l’an 2000. Comment l’expliquer ?
Cela s’explique par la réactivation sismique des zones au Nord du Royaume et de nouvelles zones qui étaient sismiquement calmes auparavant. N’oublions pas que la région d’Al Hoceima a été le foyer d’une série de tremblements de terre importants depuis 1994, dépassant la magnitude 6. Donc, il y a eu une pseudo-période de retour des tremblements de terre tous les 10 ans, en l’occurrence en 1994, 2004 et tout récemment en 2006. Un tremblement dont le foyer était un peu offshore, heureusement. Ceci nous donne une idée sur les failles qui sont en train de bouger, soit sur la terre sèche ou en milieu marin. A l’évidence, il y a eu une réactivation d’autres zones à l’intérieur du Maroc comme la zone de Midelt. Ce sont des zones qui ont bougé un petit peu plus qu’auparavant, lorsqu’elles étaient considérées comme sismiquement calme.

Faut-il s’en inquiéter ?
Pour le moment, c’est une information de plus qui nous donne une idée sur le niveau de sismicité qu’une région peut avoir, mais aussi pour essayer d’équiper les zones qui sont considérées comme calmes ou parfois asismiques, de capteurs parce qu’ils vont révéler encore l’existence d’activités sismiques même si elles ne sont pas ressenties par la population. Cela permet également de sensibiliser les gens qui habitent dans ces régions au même titre que les décideurs, sur le risque des catastrophes naturelles en général et le risque sismique en particulier afin de prendre les mesures nécessaires surtout dans la construction en respectant les codes de construction parasismique. Bien construire, c’est la priorité avant de se tourner vers les programmes de prédiction scientifique ou technique.

Que pensez-vous des scientifiques qui prédisent un méga tsunami qui frapperait les côtes atlantiques marocaines en provenance des îles Canaries ?
Par rapport aux autres scénarios connus dans l’histoire récente des tsunamis, ce scénario est peu probable, contrairement à celui d’un tsunami qui serait déclenché à partir d’une source entre le Portugal et le Maroc. Dans cette zone du domaine Atlantique, nous enregistrons quotidiennement des tremblements de terre à partir d’une faille qui a été à l’origine, par le passé, de grands séismes qui ont déclenché par la suite des tsunamis, dont le fameux séisme de Lisbonne au 18ème siècle. Il avait déclenché un grand tremblement de terre qui a touché pratiquement toute la côte Atlantique Nord du Maroc et qui a gravement impacté la côte Nord du pays. Maintenant, si ça devait se reproduire, ce serait encore plus dramatique. A l’époque, les côtes Nord n’étaient pas aussi peuplées. Il n’y avait pas d’agglomérations, d’installations industrielles et encore moins d’infrastructures. Du coup, le Maroc, qui était un pays à tendance continentale par le passé, est devenu un pays à tendance océanique. Résultat, il est plus exposé que par le passé.

Propos recueillis par Chady Chaabi

Libé
Vendredi 29 Janvier 2021

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