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Moussaoui Ajlaoui, expert associé au Centre d'études pour l'Afrique et le Moyen-Orient : Le Polisario cherche à attenter à la souveraineté du Maroc




Libé : Que pensez-vous de la nouvelle incursion du Polisario dans la zone tampon ?
Moussaoui Ajlaoui : Le Polisario veut par le biais de ces provocations et ces manœuvres être présent au niveau du rapport du Secrétaire général de l’ONU. Pour cela, il provoque les événements, mais la déclaration de Nasser Bourita ce dimanche est fort claire. Il reproche à l’ONU et au Secrétaire général le fait de ne pas être fermes vis-à-vis des provocations du Polisario qui est en train de changer le statut de la zone tampon.
Le Polisario vise également à se donner une légitimité politique en tant que partie indispensable pour la résolution du conflit du Sahara
Il vise aussi à attenter la souveraineté du Maroc dans cet espace qui se trouve à l’est du mur. Nasser Bourita considère que cette zone fait partie intégrante du territoire marocain. Le Maroc considère que cette zone tampon est sous sa souveraineté

Que pensez-vous de la réaction du Maroc vis-à-vis de cette nouvelle provocation ?
Le Maroc est passé d’une approche défensive à une approche offensive, c’est-à-dire qu’au lieu de répondre aux questionnaires de l’ONU en ce qui concerne la partie qui se trouve à l’Ouest, là on est à l’inverse. Le Maroc se positionne à l’Est du Mur. C’est une approche programmatique. Il y a quelques années, j’ai appelé à ce que le Maroc change son approche géopolitique et au niveau du droit international. On voit que le Polisario utilise le droit international par exemple en ce qui concerne l’exploitation des ressources naturelles. De même, le Maroc doit mobiliser ce droit pour défendre ses droits. Je crois que c’est une bonne chose. Mais cela ne veut dire pas qu’on s’achemine vers la guerre.

Vous avez dit tout à l’heure que le Maroc impute la responsabilité à l’ONU. Ne croyez-vous pas que le Royaume lui-même est responsable de la situation actuelle ?
Je ne le crois pas. Le Maroc respecte l’accord du cessez-le-feu de 1991 et il ne veut pas fournir de  prétexte au Polisario et à l’Algérie pour changer le statut de la région. Ce qui s’est passé à Guerragart, à Bir Lahlou, à Tifariti ou dans d’autres régions du Sahara est une provocation et une violation de l’accord de 1991. Le Maroc a mis l’ONU devant ses responsabilités, car cette zone tampon est sous sa responsabilité. Il y a aussi ceux qui avancent une solution du fait accompli, c’est-à-dire que le Polisario s’installe à l’Est du Mur et que le Maroc reste à l’Ouest de ce même mur. Ana Palacio (ancienne ministre espagnole des Affaires étrangères) a parlé implicitement de cette solution lors d’une visite au Maroc. Mais celle-ci n’est pas dans l’intérêt du Maroc. Elle comporte  trois dangers géostratégiques. D’abord, la présence d’un Etat, à savoir la pseudo-RASD à l’Est du Mur, va déclencher une instabilité totale dans la région même pour les Algériens, parce que le Polisario n’arrive même pas à gérer cette partie depuis 2006. Le deuxième danger qui découle du premier est que cette zone est devenue une pépinière de groupes jihadistes. Et d’ailleurs António Guterres et même Ban Ki-moon en 2013 ont mis en garde contre le danger que ces groupes représentent pour les pays de la région. Le troisième danger qui pousse le Maroc à refuser toutes les solutions attentatoires à sa souveraineté nationale et à sa sécurité, c’est l’existence de dangereuses pratiques illicites (drogue, armes, traite des humains, médicaments…). Donc, le Maroc a intérêt à ce que cette zone reste sous la responsabilité de l’ONU. C’est pour cela que le Royaume bénéficie du soutien de l’Espagne et du Portugal.

Propos recueillis par Mourad Tabet
Mardi 3 Avril 2018

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