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Moha Souag : Les médias actuels sont submergés par une profusion d’informations et par l’irruption du populisme et des fake news




Avec plus de trente ans d’écriture et plus de dix livres, Moha Souag qui est un écrivain des questions de la marge, reste un auteur que les médias avaient mal présenté, voire mal fêté. «Les années U », «La femme du soldat», «Et plus si affinité», «Le barrage du sucre »… autant de titres qui n’ont pas trouvé d’écho dans les médias. Et pourtant, ce natif de Boudnib (Errachidia) a remporté en 1991 le prix de la meilleure nouvelle française, prix RFI et en 2014 le Grand prix Atlas. Ici, il dévoile ses relations avec les médias.


Libé : Quelle lecture faites-vous du champ médiatique marocain ?
Moha Souag : Le champ médiatique marocain a changé depuis les années 80. Il n’y a plus de presse de réflexion comme les journaux des partis politiques ou les revues de débats politiques, philosophiques, sociologiques ou littéraires. Depuis la privatisation des médias et l’apparition des autres champs médiatiques, dont Internet, il y a une profusion d’informations et l’irruption du populisme et des fake news.

Quels rapports avez-vous personnellement avec les médias marocains ?
De bons rapports mais informels et intermittents. J’ai l’impression que les médias marocains fonctionnent par affinités…mais il n’y a jamais plus. Cela est peut-être dû à la formation des journalistes ; ils sont tous généralistes mais on ne trouve pas de spécialistes de la presse culturelle par exemple. Les rares personnes qui animent les rubriques culturelles ne sont pas des journalistes.

Quelle image les médias marocains donnent-ils des intellectuels marocains ?
Aucune, je pense. Ceci dans le sens où, d’abord, ne sont invités que les deux ou trois personnes qui font l’événement du moment (publication d’un livre, intervention dans un colloque, présidence d’un festival…) A part cela, les intellectuels sont absents des grands débats nationaux. Parfois ils sont  même combattus par des médias nettement marqués par leurs positions rétrogrades dans les réseaux et les sites Internet. Ces médias parallèles ont beaucoup plus de « libertés » de fustiger tous ceux qui pensent d’une manière différente. Ils dénigrent les intellectuels car ils ont peur de la liberté de pensée.   

Les médias marocains sont-ils suffisamment ouverts sur les intellectuels marocains ?
Non. Même dans la presse partisane, par exemple, on lit rarement des éditoriaux des leaders politiques expliquant la position de leur parti sur une question cruciale ou autre. On a l’impression qu’il y a des domaines dans lesquels personne n’a le droit de regard sauf « les spécialistes » qui viennent à la radio ou à la télévision dicter leur version et demander aux gens de dire « amen ».

Quels sont les différents angles d’attaque utilisés par les médias marocains pour aborder les différents événements sociaux, politiques idéologiques ?
Il n’y a aucun débat contradictoire ou une prise de position dissonante. Ils se contentent des dépêches des agences officielles de presse et c’est tout. Il faut avouer que les séquelles des années 80 sont encore omniprésentes.
Mais cela n’est pas spécifique au Maroc. Car si l’on compare avec les médias des pays dits «démocratiques», on assiste à un net recul de la présence des intellectuels dans les médias internationaux. Les médias appartiennent aux grandes fortunes qui ont tout racheté, les hommes et les institutions, donc ils imposent leur ligne éditoriale et basta.

Quel regard portez-vous sur les intellectuels marocains fort présents sinon omniprésents dans les médias marocains ?
Je ne sais pas jusqu’à quel point on peut considérer quelqu’un qui ne se remet pas en question comme étant un intellectuel. Si c’est pour rapporter et répéter des informations pour ne pas dire des clichés glanés çà et là, cela tout le monde peut le faire. Ce que l’on attend d’un intellectuel, c’est une réflexion originale sinon nouvelle ou différente de ce que pense le commun des mortels, la précision d’un concept, la remise en question d’une position philosophique, politique ou économique, la création d’une nouvelle vision de la société, de nouvelles ouvertures sur l’avenir de la société. L’information est actuellement pléthorique et à la portée de tous, c’est son interprétation et le choix qui posent problème.

Quels échos vos différents romans ont-ils trouvé au sein des médias marocains, tous supports confondus ?
Un accueil d’estime. Mes écrits ont eu droit à plusieurs articles, que ce soit dans la presse écrite ou dans les sites Internet. Parfois ce sont des amis ou des lecteurs anonymes qui ont écrit après avoir découvert au hasard l’un ou l’autre de mes livres.

Propos recueillis par Mustapha Elouizi
Mardi 4 Juin 2019

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