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Meryem Sebti, psychologue clinicienne

Il est important de veiller à ce que notre apport en lumière soit assuré régulièrement

La psychologue clinicienne Meryem Sebti répond aux questions de la MAP au sujet du blues de l’hiver


Meryem Sebti, psychologue clinicienne
Quels sont les symptômes du blues de l’hiver ?
Les symptômes de la dépression saisonnière sont très proches de ceux de la dépression “classique”, à quelques différences près. On retrouve ainsi : - Un ralentissement physique et psychique (une fatigue intense continue (du mal à sortir du lit le matin ou à démarrer la moindre activité), un ralentissement des capacités intellectuelles et cognitives, comme les difficultés de concentration ou les oublis fréquents ...)
- Une perte ou diminution significative des plaisirs habituels, - Une humeur triste permanente - Une dévalorisation de soi
- Des difficultés à prendre des décisions, même les plus simples
- Une irritabilité (on est à fleur de peau, ou on devient soupe au lait)
- Des idées noires (peu fréquentes)
- Moins fréquemment, des idées suicidaires mais de moindre intensité que dans une dépression “classique” par exemple.
- Des troubles du sommeil et de l’appétit.

Quelles en sont les causes ? 
La dépression saisonnière et le blues hivernal sont en lien avec un dysfonctionnement de notre horloge biologique interne ou de notre rythme circadien plus précisément. L’horloge circadienne, c’est ce qui va réguler diverses fonctions de l’organisme comme la température corporelle, la production d’hormones, le système veille/sommeil, la fréquence cardiaque ou encore les capacités cognitives, la mémoire et l’humeur. C’est notre horloge interne, nichée au cœur du cerveau, qui va contrôler et imposer notre rythme circadien. Elle est influencée par différents facteurs internes et externes, dont le plus puissant est la lumière. Avec l’arrivée de l’automne et de l’hiver, la lumière diminue, les jours raccourcissent et les nuits sont plus longues. Certaines personnes sont sensibles à ces changements et ont plus de mal à s’y adapter. C’est-à-dire que leur rythme circadien se retrouve bouleversé, conduisant ainsi progressivement à cette symptomatologie proche de la dépression. La mélatonine, un neurotransmetteur contribuant à l’endormissement, est donc sécrétée précocement dans la journée par exemple, ce qui cause un décalage de rythme entre notre horloge interne et le monde environnant.

Y a-t-il une différence entre la dépression saisonnière et la dépression “classique” ?
La dépression saisonnière se différencie de la dépression “classique” par plusieurs points. D’abord l’intensité des symptômes comme cité plus haut, ensuite pour ce qui est des symptômes physiques comme les troubles du sommeil et de l’appétit, on observe certaines différences par rapport à la dépression “classique”. Habituellement, dans cette dernière, on retrouve une perte de l’appétit et du poids, ainsi que des troubles du sommeil comme l’insomnie, les difficultés d’endormissement... tandis que dans la dépression saisonnière ou le blues hivernal, on va rencontrer de l’hypersomnie et une augmentation de l’appétit et du poids. D’un autre côté, la symptomatologie de la dépression “classique” n’est pas influencée par le changement de climat et va s’installer dans le temps, tandis que la dépression saisonnière va disparaître comme elle est apparue, avec l’arrivée du printemps, pour réapparaître l’an prochain. C’est ce caractère saisonnier surtout qui permet de les différencier. Dans le cas qui nous intéresse, les symptômes vont apparaître en automne et s’accentuer en début d’hiver, avec l’arrivée du mauvais temps. Ils vont ensuite disparaître dès le retour du printemps et du beau temps. Il est donc important de poser le bon diagnostic puisque la prise en charge est différente.

Comment prévenir le blues de l’hiver?
Pour prévenir la dépression saisonnière ou le blues hivernal, une hygiène de vie saine et un apport en lumière peuvent énormément aider. Ainsi, pour la première, il s’agit de manger et de dormir de façon équilibrée et selon les besoins de chacun, mais aussi de pratiquer une activité sportive régulièrement, de préférence à l’extérieur. Ces recommandations permettent de rester en bonne santé toute l’année mais elles gagnent à être pratiquées avec plus d’assiduité dès l’automne. En second lieu, il est important de veiller à ce que notre apport en lumière soit assuré régulièrement. Rien ne vaut le naturel pour cela. Il suffit de s’organiser de manière à sortir quotidiennement, ou en tout cas de s’exposer à la lumière du jour dès le matin ou en tout début d’après-midi. Il est également recommandé d’éviter caféine et alcool en fin de journée, de diminuer l’exposition à la lumière le soir et de supprimer toutes sortes d’écrans au moins une heure avant le moment du coucher.

Comment s’en sortir ?
Le traitement va dépendre de la sévérité de la dépression et de son impact sur la qualité de vie de la personne qui en est atteinte. Les antidépresseurs ne sont recommandés qu’en ultime recours, dans les formes les plus sévères ou quand les traitements habituels ont échoué. Associée à une psychothérapie, la photothérapie (ou luminothérapie) a démontré son efficacité dans le traitement de la dépression saisonnière à travers le monde, avec une nette amélioration de l’état de santé en quelques jours seulement. Elle représente aujourd’hui le traitement de référence pour les pathologies liées à une perturbation de notre horloge biologique interne, notamment les troubles du sommeil, l’anxiété ou la dépression. La photothérapie va donc permettre de corriger le décalage de sécrétion de la mélatonine, et ce en agissant directement sur notre horloge biologique interne. Cette thérapie consiste en une exposition à une lumière de forte intensité, pendant une durée et à un horaire particuliers qui vont dépendre de la personne et de la sévérité de son trouble. Le protocole clinique doit être mis en place par un médecin spécialiste formé à la chronobiologie. Si ce traitement est efficace, il est également possible de le renouveler chaque année, dès que les premiers symptômes commencent à apparaître. Par ailleurs, l’instauration d’une hygiène de vie saine, notamment une hygiène de lumière, est nécessaire parallèlement à la photothérapie, et ce afin d’en optimiser les effets et de prévenir les rechutes.

Libé
Jeudi 4 Mars 2021

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