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Martinez : Un tacticien catalan “made in England”




En bon Catalan, il admire les principes de jeu du Barcelone de Johan Cruyff et Pep Guardiola. Mais c'est en Angleterre que Roberto Martinez a forgé dans la discrétion une réputation d'entraîneur ambitieux, avant de mener la Belgique pour la 2e fois de son histoire en demi-finale d'un Mondial.
"On va avoir droit à la plus grosse révolution populaire de l'histoire du football belge. Martinez se met 95% des supporters à dos": ce constat amer était signé par un journaliste vedette de la télévision publique RTBF. La raison ? La décision fin mai du sélectionneur des "Diables Rouges" d'écarter de sa liste des 23 Radja Nainggolan, le chouchou du public.
Plus d'un mois plus tard, et un parcours sans-faute magnifié par l'exploit historique face au Brésil (2-1) en quarts de finale du Mondial russe, qui se souvient encore que le génial "Ninja" ne figure pas dans cette équipe au jeu si enthousiasmant?
Car en faisant de la Belgique la meilleure attaque de la compétition avec 14 buts en 5 matches, et la seule sélection à avoir remporté toutes ses rencontres, le natif de Balaguer, petite bourgade espagnole à 150 km de Barcelone, a conquis non seulement tout le Plat Pays, mais aussi les derniers observateurs critiques.
Il suffisait d'ailleurs de voir les applaudissements nourris dans la salle de presse de Kazan pour acter le retournement en sa faveur.
Pour le moment, le pari de la Fédération belge est réussi. Nommé à la surprise générale en août 2016, l'Espagnol (44 ans), crâne rasé et toujours en costume bien taillé, a succédé à Marc Wilmots avec une mission claire: mener enfin vers les sommets la "génération dorée" emmenée par Vincent Kompany, incapable de dépasser le stade des quarts de finale d'une grande compétition (Mondial-2014, Euro-2016).
S'il n'a pas l'aura de son compatriote Pep Guardiola, l'ancien entraîneur d'Everton (2013-2016) partage une même fascination pour le grand Barça de Johan Cruyff et son "football total" tourné vers l'offensive.
Fini le 4-3-3 basique de Wilmots, Martinez met rapidement en place un nouveau système ambitieux avec une défense à trois joueurs seulement, tout en donnant un maximum de liberté au quatuor Kevin De Bruyne, Eden Hazard, Dries Mertens et Romelu Lukaku.
Tacticien pointilleux et pragmatique, il n'hésite pas à tenter des coups pour surprendre son adversaire, à l'image d'un De Bruyne utilisé en "faux neuf" pour mettre l'imposant Lukaku ailier droit contre le Brésil, ou à se plonger dans les livres d'histoire pour trouver l'inspiration.
"Quand vous jouez le Brésil, c'est contre le maillot jaune et vert, cinq Coupes du monde... Il fallait être courageux pour changer la tactique dans un Mondial, c'était un pari et les joueurs y ont cru", s'est-il félicité, avant d'avouer qu'il avait "rencontré +Felipao+ (l'ancien sélectionneur brésilien Luiz Felipe Scolari, ndlr) avant la Coupe du monde" pour lui "poser des questions" sur la Seleçao.
Si son projet de jeu a rapidement séduit depuis la convaincante campagne d'éliminatoires (28 points sur 30 et 43 buts inscrits), l'homme a mis du temps avant de faire l'unanimité... pour des questions linguistiques.
Martinez avait promis de maîtriser rapidement l'une des trois langues nationales du Royaume. Près de deux ans après sa nomination, il ne parle toujours pas un mot de français, de néerlandais ou d'allemand, préférant utiliser la langue de Shakespeare lors de ses conférences de presse.
Il faut dire que Martinez est un pur produit du football britannique. Après avoir fait toute sa carrière dans les divisions inférieures (Wigan, Swansea), l'ancien milieu de terrain est devenu l'entraîneur de ses clubs de coeur, menant même Wigan au succès en FA Cup en 2013. Le seul titre de son maigre palmarès.
Alors qu'il vient de prolonger son bail à la tête des Diables jusqu'en 2020, il est annoncé comme le favori pour être le prochain sélectionneur de l'Espagne, en crise depuis son élimination prématurée en huitièmes de finale. Le signe que sa cote dépasse enfin les frontières de la Premier League.
Mais avant d'être reconnu dans son pays, il rêve de rentrer un peu plus dans l'histoire de la Belgique... et de la Coupe du monde en devenant le premier sélectionneur, non issu du pays dont il défend les couleurs, à gagner le trophée suprême.

Libé
Mardi 10 Juillet 2018

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