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Mariam Zemouri : En l’absence de mesures draconiennes, il faut s’attendre à davantage de victimes à l’entrée de Sebta Et Mellilia




Mariam Zemouri : En l’absence de mesures draconiennes, il faut s’attendre à davantage de victimes à l’entrée de Sebta Et Mellilia
Mariam Zemouri,
présidente de l’Association Tawaza pour le plaidoyer de la femme,  est l’une des femmes les plus actives au Nord du pays. Son énergie est déployée en termes d’accompagnement, d’aide, de conseil et de coaching en faveur des femmes, notamment les plus démunies. Les femmes des passages, notamment Barakhal I et II sont depuis quelque temps
au centre de l’action
de l’association qu’elle préside. Elle et ses
collègues veulent vraiment changer la situation.
Libé veut savoir plus
sur la situation sur
le terrain. Entretien…


Libé : Le nombre de morts dans les passages au niveau des deux présides occupés du Nord du Royaume ne cesse d’inquiéter. Comment expliquez-vous  tout cela ?
Mariam Zemouri : Effectivement, il ne se passe pas un jour sans que l’on enregistre un incident quelconque. Je sais que les médias ne rendent compte que des cas de décès, mais il faut signaler aussi que d’autres cas graves et dangereux ont lieu chaque jour. Et cette situation ne pourrait prendre fin sans un sursaut responsable des autorités afin de résoudre le problème de l’encombrement que connaissent quotidiennement ces passages. La manière d’accéder aux passages très étroits, sans ordre aucun et dans un délai très court, est responsable de tout ce qui arrive aux victimes. C’est pourquoi souvent, sinon quotidiennement, l’encombrement entraîne automatiquement des incidents où des femmes généralement sont piétinées par des foules !

Pourquoi les femmes sont-elles essentiellement les victimes de ces incidents ?
Comme vous le savez, la pauvreté est féminine dans le monde entier et les femmes au Maroc ne font pas exception de ce constat déplorable. Ce sont les femmes qui prennent en charge une grande partie des familles marocaines, notamment au sein des couches sociales vulnérables. Au niveau des passages des deux villes occupées, Sebta et Mellilia, les femmes constituent également la majeure partie des personnes exerçant la contrebande. Toujours est-il que cela n’empêche pas de relever un certain nombre de victimes parmi les hommes, comme c’est le cas récemment à Mellilia.

Que proposez-vous en tant que société civile du Nord du Royaume, toute proche de ce qui arrive ?
En tant que société civile, le principe est clair : il faut arrêter toutes les activités de contrebande à travers les passages «frontaliers». Nous soulignons que la solution réside dans des alternatives socio-économiques élaborées à travers des politiques publiques ciblées et intégrées dans les zones de départ des contrebandiers. Des alternatives qui sauvegardent la dignité de ces femmes qui se chargent de familles parfois nombreuses.
En attendant, des solutions provisoires doivent être mises en place et dans ce cas, il y a lieu d’appeler à l’organisation des flux au niveau des passages et à la mise en place de techniques et technologies à même de contrer les mafias organisées qui sont très actives sur place et se cachent derrière cette population pauvre et vulnérable. Et comme mesure provisoire également, il serait propice d’identifier les personnes autorisées à exercer dans ce domaine étant donné leurs conditions sociales, mais également de barrer de cette liste les personnes qui n’ont pas besoin de ces activités d’autant que les autorités peuvent les identifier aisément.

Vous ne serez pas en train de légaliser la contrebande avec ces mesures ?
Je suis en train de parler d’un fait quotidien qui a lieu au su et au vu de tous. Les victimes sont presque quotidiennes et la situation est alarmante. C’est pourquoi, des mesures provisoires sont nécessaires en attendant des modèles socioéconomiques à mettre en place sur décision politique. Le principe est d’interdire et de contrecarrer toute activité illégale. La vie des femmes, souvent victimes de ces encombrements interpelle tout le monde et en premier lieu les autorités à agir vite et efficacement. Il s’agit du droit à la vie tel que stipulé par  la Constitution.

Quelle est la responsabilité des deux Etats marocain et espagnol dans ce qui arrive ?
Je pense qu’il ne faudrait surtout pas faire de différence entre les responsabilités des deux Etats. Ils sont tous deux impliqués à parts égales et du coup responsables au même titre des souffrances qui ont lieu au niveau des deux présides occupés. Les insultes, les stéréotypes, les harcèlements, la corruption, l’abus de pouvoir et même les bastonnades sont l’œuvre des éléments à la fois de la Guardia Civil et de la police marocaine. C’est ce qui explique les actions menées par les associations civiles marocaines (notamment du Nord) et espagnoles (en Andalousie) contre ces conditions inhumaines.

Comment évaluez-vous l’impact de la contrebande sur l’économie marocaine et l’économie du Nord du Maroc en particulier ?
Je ne peux évaluer la situation de manière exacte en l’absence de données fiables et/ou officielles. Les acteurs économiques au Nord n’ont pas eu le courage d’évoquer un quelconque impact négatif  de la contrebande sur leurs activités, encore moins leur dégoût de la contrebande ! Mais généralement, la contrebande a certainement des retombées négatives sur le développement économique national, du fait de cette concurrence déloyale qui entrave la commercialisation de plusieurs produits, comme elle affecte l’état de santé des populations du Nord en particulier, ce que souvent on oublie de mentionner. Les producteurs étrangers bradent souvent à  bas prix des marchandises dont les dates de péremption sont proches ou parfois après expiration, et du coup, on les écoule sur les marchés marocains.

Dans le sillage du problème, où peut-on situer la question des deux présides occupés ?
En tant que société civile, nous axons nos actions sur la situation des droits des femmes actives dans le domaine de la contrebande, en nous efforçant à les aider à éviter, ces passages meurtriers. Nos actions vont également dans le sens d’exercer des pressions sur les gouvernements des deux pays responsables de cette situation, à savoir le Maroc et l’Espagne. Quant à la question des deux présides occupés, je pense qu’il faut prévoir des plans dans la durée à même de la résoudre dans un climat de paix pour ne pas nuire aux relations de voisinage entre les peuples marocain et espagnol.

Propos recueillis par Mustapha Elouizi
Mercredi 7 Février 2018

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