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Lettre ouverte à la chancelière allemande Angela Merkel Pour un Charles de Gaulle au féminin




Madame la Chancelière,
En écoutant attentivement votre Ambassadeur Monsieur Götz Schmidt-Bremme lors des séances thématiques du Global forum migration et développement tenu à Marrakech entre les 5 et 7 décembre 2018, j’ai cru comprendre que Monsieur l'Ambassadeur de votre République auprès du Royaume du Maroc sollicitait la société civile présente, particulièrement celle composée de citoyens issus de pays africains et arabes, afin de “vous aider” pour résoudre les problèmes et aléas dus à la migration.
Aussitôt dit, aussitôt fait. J’ai pris mon clavier pour vous adresser cette lettre ouverte pour vous dire, Madame la chancelière, mon point de vue, par rapport à la migration en général et plus particulièrement par rapport à la migration dite irrégulière.
Étant moi-même pur produit de la migration en Europe, je suis convaincu qu’il est quasiment certain, que malgré la relative complexité de l’intégration, la majorité des immigrés dits réguliers en Europe, qui par ailleurs ont acquis la nationalité en grande partie, s’installent définitivement dans les pays d’accueil et contribuent à leur développement culturel, économique et politique.
Une minorité d’entre eux retournera dans les pays d’origine, soit pour investir et apporter une expertise et un savoir-faire acquis, après de longues années de labeur dans les circuits productifs des pays avancés, contribuant ainsi au développement des pays d’origine, soit pour profiter de son pouvoir d’achat avec des retraites largement supérieures aux salaires locaux.
L’objectif principal de cette lettre ouverte est d’attirer votre aimable attention sur la migration conjoncturelle dite irrégulière, due aux changements climatiques, à certains problèmes économiques et plus particulièrement aux guerres déclenchées par les “puissants” de ce monde.
Madame la Chancelière, vous présidez à la destinée d'une grande nation, sa parole est écoutée en Europe et dans le monde. Le peuple allemand est connu pour son sérieux et son efficacité économique. Il est apprécié et respecté par les peuples arabes et par toutes les “minorités” qui habitent le monde arabe. Par ailleurs, les peuples africains partagent les mêmes sentiments envers vos concitoyens. Vous pouvez compter sur leur soutien indéfectible.
Au nom de l’admiration et du respect qu’ils portent aux Allemands, tous les  peuples cités et bien d’autres à travers le monde, sont en droit de vous demander, courtoisement, d’exploiter votre position en tant que nation forte et prospère, pour influencer le cours de l’histoire en raisonnant  les va-t’en-guerre anglo-saxons, rejoints par les Français au cours de la dernière décennie, afin qu’ils respectent strictement la légalité internationale et de cesser d’utiliser abusivement la force militaire dans les différends internationaux.
Madame la Chancelière, comme vous le savez, après la dislocation du camp  soviétique, grosso modo, fin 80 et début 90, les Etats-Unis d'Amérique sont sortis vainqueurs de la Guerre froide. Ils sont devenus le pôle unique et la seule superpuissance qui pouvait, avec peu de sagesse, diriger le monde et résoudre les problèmes liés aux rapports économiques internationaux inéquitables, aux changements climatiques au transfert des technologies, à la famine, à la santé et au développement durable de notre planète Terre.
Au plus fort de leur puissance, les Etats-Unis d'Amérique et leurs cousins anglo-saxons ont choisi d'opter plutôt pour la stratégie prônée, d’une part par leurs institutions académiques et sécuritaires et par leurs deux plus grands idéologues et philosophes du moment, Fukuyama et Samuel Huntington, qui prônaient la fin de l'histoire et la victoire définitive du modèle américain, convaincus tous deux, à tort, que la force brutale pouvait leur permettre de tout entreprendre, sans craindre personne. D’autre part, en adoptant la doctrine du secrétaire général de l’OTAN Willy Claes qui déclara, après la dislocation du camp Est début 90, je le cite de mémoire : “Maintenant notre adversaire potentiel serait le monde musulman”.
En effet, les Anglon-Saxons choisissent de commencer leurs méfaits là où leurs intérêts et ceux de l'entité sioniste se conjuguent, à savoir le Proche-Orient. En déclenchant des guerres et en introduisant le chaos éthique, cher à Gondoleezza Rice et consorts, dans le monde arabe (Proche-Orient et Afrique du Nord) et par ricochet dans certains pays africains.
Et en faisant d’une pierre deux coups pour rencontrer la doctrine Willy Claes, qui consistait à renforcer  les chiites minoritaires qui se trouvent géographiquement au milieu du monde musulman, afin de diviser celui-ci en deux entités antagonistes et affaiblir la majorité de 85% de sunnites.
Pour ce faire, ils détruisent l’infrastructure militaire et civile de l’Irak avant de le livrer à l’Iran, en lui faisant adopter bizarrement une Constitution confessionnelle, dictée par le maître des lieux, le cynique administrateur de l’invasion Paul Bremer, alors qu’ils ne manquent aucune occasion pour nous rabattre les oreilles en chantant les louanges de la démocratie et de la neutralité de l’Etat par rapport à la chose religieuse.
D’ailleurs ce n’est pas un hasard si le premier président étranger qui a visité l’Irak, juste après l’occupation, escorté par les avions militaires américains et britanniques, n’est autre que le président iranien, Mahmoud Ahmadi Nejad.
Au lieu d’opter pour la diplomatie et la sagesse qui consistent à ne se servir de la force brutale qu'en dernier recours, poussés par leur orgueil et les lobbys sionistes, ils ont préféré utiliser l’argument de la force au lieu de la force de l’argument et ont décidé de mener des guerres cruelles et barbares, en dehors de la légalité internationale, de surcroît sans aucune compassion pour les vaincus, ni indulgence pour les chefs d'Etat arabes, qu'ils ont froidement exécutés, pensant à tort qu'ils allaient faire peur aux autres, afin d’asseoir, par la force, leur pouvoir, leur hégémonie et leur supériorité, sur le reste du monde, non pas pour un seul siècle, mais pour plusieurs siècles comme le clamaient certains excités extrémistes.
Madame la Chancelière, qu’en est-il aujourd'hui ? Le pays de l'Oncle Sam reste certes puissant. Sa faculté de nuisance reste aussi très grande. La preuve en est la mort de cinq millions d'Arabes, les destructions massives des infrastructures civiles et militaires de l'Irak, de Libye, de Syrie, du Yémen..., sans compter la déstabilisation aux niveaux sécuritaire, social et économique, de la quasi-totalité des pays arabes et de dizaines de millions de réfugiés.
Vous le savez mieux que moi, ces guerres ont en effet provoqué directement ou indirectement le déplacement d’environ 30 millions d’individus. Ces personnes forment l’écrasante majorité des populations migrantes, objet, en partie, de votre visite au Maroc et dont personne ne souffle mot, pour la simple raison que les bailleurs de fonds restent les vrais maîtres d’oeuvre de l’orientation des débats au  sein des instances internationales et des ONG. Probablement aussi, à cause de la frilosité des représentants des pays  du Sud qui craignent les réactions des puissants.
Comme simple citoyen de la société civile, je vous demande respectueusement, Madame la Chancelière, de marquer l’Histoire et de saisir l’opportunité offerte par la signature du Pacte mondial sur la migration à Marrakech, pour conduire un mouvement diplomatique réparateur et de paix, en clamant haut : Assez des guerres arrogantes ! Assez du chaos éthique ! Arrêtez les pressions et les ‘’chantages’´  contre les chefs d’Etat du Sud, Laissez les peuples s’émanciper librement et démocratiquement.
Prenez l’initiative pour que justice passe et que les Etats responsables des grands gâchis des décennies reconnaissent et endossent les responsabilités qui découlent de leurs actes. Bien entendu, sans aucun esprit revanchard de la part de ceux qui ont été meurtris dans leur corps et leur âme.
Madame la Chancelière, aujourd’hui, le pays de l'Oncle Sam ne pavoise plus comme le paon qui s'excite, en faisant la roue, pour faire peur aux autres ou pour attirer la femelle. En tous les cas, pas de la même manière arrogante que sous l’ère de Bush père, de Clinton, du petit Bush et du désastre Obama.
Leur président Trump a déclaré, publiquement, que la guerre en Irak, Afghanistan, Libye, Syrie et ailleurs, leur a coûté des milliers de milliards de dollars. Leur économiste  Joseph Stieglitz, Prix Nobel d’économie, annonce que le coût de leurs aventures  se chiffre à 5 mille milliards de dollars, rien qu'en Irak et en Afghanistan. Ces dépenses représentent 43 fois le produit intérieur brut du Royaume du Maroc.
Avec ces énormes moyens, l’Amérique pouvait résoudre une partie des problèmes que rencontre l’humanité et alors les peuples, tous les peuples, commenceraient à respecter les Américains, à les apprécier, comme ils le font déjà pour les autres peuples riches de Scandinavie, de Germanie, de Suisse, du Japon...
Par ailleurs, Trump déclare qu'il compte déguerpir de la Syrie, dès que l'occasion se présentera. Son prédécesseur a bien été obligé de le faire en 2011, sous les coups de boutoir de la résistance irakienne.
s’ils ne veulent pas entendre raison, ils doivent tôt ou tard comprendre que leurs pertes  ne sont pas le fruit du hasard. C'est à cause de la résistance acharnée de l'avant garde du peuple arabe en Irak, en Libye, en Syrie et ailleurs, qu’ils finiront par entendre raison. Chaque jour qui passe procure à cette dernière des prises de conscience supplémentaires et une présence plus forte et mieux structurée, d’autant plus que certains dirigeants arabes et dans le monde relèvent la tête.
En 2011, les USA ont mobilisé une partie importante de leur arsenal et celui de l'OTAN, en face d’un petit peuple démuni de moyens pour se défendre. Malgré la disproportionnalité des forces en présence, les agresseurs n'ont pu venir à bout de la résistance de l'armée et du peuple libyen qu'au bout de sept mois de bombardements massifs, appuyés par de nombreux commandos occidentaux à terre et par les traîtres libyens, constitués, principalement, de courants issus de la mouvance religieuse.
Certes, cette résistance héroïque arabe, (ici le mot arabe englobe tous les patriotes issus des autres peuples citoyens qui habitent les pays du monde arabe) presque unique en son genre dans l’histoire, a subi et continue de subir de lourdes pertes. Mais elle reste présente et active. Elle finira, tôt ou tard, par jeter les envahisseurs américains, iraniens, turcs hors de la terre arabe. Ce n'est qu'une question de temps. L’exemple des croisés qui ont occupé la Palestine et la “région” durant deux siècles en est témoin. Ils ont fini par être chassés par les habitants du Proche-Orient sous la conduite d’un patriote kurde de culture arabo-musulmane, nommé Salah Eddine Al Ayoubi.
Mais cette résistance a fait mieux au niveau géostratégique. Elle a permis à la Fédération de Russie, à la Chine et à plusieurs pays émergents de comprendre mieux les visées de l'impérialisme américain et le danger du pôle unique qu’il représente pour la stabilité et la paix dans le monde.
Par conséquent, tous ces pays ont eu le temps de se restructurer économiquement et militairement.
Aujourd’hui, la donne a changé...
Enfin, j’imagine que vous n'ignorez certainement pas que les puissants de ce monde contrôlent les médias à concurrence de 80 %. Ils en profitent pour véhiculer, selon un dessein machiavélique et à long terme, des stratégies et des discours d’intoxication et de désinformation visant les autres peuples pour leur inculquer le désespoir, le pessimisme et les “méthodes abjectes” pour déstabiliser leur dirigeant et leur propre pays, et donc continuer à tirer les bonnes ficelles.
Il faut reconnaître qu’à force de répéter, durant des décennies, leurs mensonges qui s’apparentent à une forme de bourrage des crânes, ils arrivent à convaincre des citoyens fragiles et/ou mal informés dans les pays arabes et du Sud.
Mais vous savez mieux que moi, Madame la Chancelière, que l’injustice, l’oppression et le mensonge ne peuvent pas gagner tout le temps.
Alors, comme moi, comme votre valeureux peuple qui œuvre, depuis bientôt 75 ans, à faire avancer le développement humain, l’optimisme, la paix et le respect des autres, de tous les autres y compris les peuples américains et anglo-saxons, je vous demande d’être, à votre manière douce, calme et calculée, un Charles de Gaulle au féminin.

 * boudaahmed7@gmail.com

Par Ahmed Bouda *
Samedi 15 Décembre 2018

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