Libération

Facebook
Rss
Twitter





Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Les manifestants dans la rue malgré les promesses du Premier ministre irakien désigné




Des manifestants à Bagdad et dans plusieurs villes du sud de l'Irak ont exprimé dimanche leur rejet du Premier ministre nommé la veille, malgré les promesses de répondre aux demandes clés du mouvement de contestation qui agite le pays depuis quatre mois.
L'ex-ministre des Télécommunications Mohammed Allawi a été nommé samedi par le président Barham Saleh, un choix de consensus deux mois après la démission de son prédécesseur Adel Abdel Mahdi sous la pression de la rue.
Depuis décembre, M. Abdel Mahdi continue de gérer les affaires courantes. Les manifestants antigouvernementaux demandaient que son successeur ne soit pas issu du sérail politique, qu'ils accusent de corruption et d'incompétence.
Dès samedi, les partisans de l'influent leader chiite Moqtada Sadr à Bagdad ont affiché leur soutien au Premier ministre désigné, peu après avoir réinstallé leurs tentes parmi les manifestants antipouvoir à Tahrir, épicentre de la contestation.
Mais dimanche, des centaines d'étudiants ont envahi les rues autour de Tahrir en brandissant des portraits de M. Allawi barrés d'une croix, estimant qu'il fait partie intégrante du système qu'ils conspuent.
Des haut-parleurs déversaient de la musique entraînante pour tenter de noyer les hymnes islamistes diffusés par les pro-Sadr, identifiés par leurs casquettes bleues.
"Nous sommes ici pour montrer notre rejet du nouveau Premier ministre car il a un passif bien connu au sein de la classe politique", a expliqué Tiba, une étudiante de 22 ans.
Le message est le même dans la ville sainte de Najaf, à environ 180 km au sud de Bagdad, où l'on pouvait lire sur une pancarte fraîchement accrochée: "Mohammed Allawi est rejeté, par ordre du peuple!".
De nombreux axes routiers y sont bloqués depuis samedi soir par des jeunes ayant mis le feu à des pneus, d'après un correspondant de l'AFP sur place.
A Diwaniya, au sud de Bagdad, des manifestants ont pénétré dans des bâtiments gouvernementaux réclamant leur fermeture et des étudiants ont tenu des sit-in.
"La nomination de Mohammed Allawi est une plaisanterie", dénonce un manifestant auprès de l'AFP. "Elle représente un mépris total pour les manifestants tués et les revendications du peuple irakien qui manifeste depuis quatre mois contre les parties affiliées à l'Iran."
La contestation dénonce notamment l'influence grandissante de Téhéran sur la scène irakienne.
A Al-Hilla, au sud de Bagdad, des protestataires ont bloqué tous les axes routiers, scandant "Allawi n'est pas le choix du peuple!"
M. Allawi, 65 ans, a débuté sa carrière politique comme député après l'invasion américaine de l'Irak en 2003 avant d'être nommé ministre des Télécommunications à deux reprises, entre 2006 et 2007 puis entre 2010 et 2012.
Il avait tenté de mettre en oeuvre des mesures anticorruption mais avait fini par démissionner à chaque fois, dans un pays classé parmi les plus corrompus au monde.
Samedi soir, il a promis un gouvernement représentatif, des élections anticipées et que justice serait rendue pour les manifestants tués lors du mouvement de contestation, marqué par la mort de plus de 480 personnes, majoritairement des protestataires, selon un décompte de l'AFP.
M. Allawi a désormais un mois pour former son cabinet, qui devra être approuvé par un vote de confiance au Parlement. Garantir son indépendance sera un défi majeur, selon Sajad Jiyad, du centre de réflexion irakien Bayan Center.
"Si nous devions retenir une chose du précédent Premier ministre", c'est que sa tâche la plus difficile a été de "repousser les demandes des blocs politiques", a-t-il dit à l'AFP.
Dimanche, M. Allawi a rencontré son prédécesseur Abdel Mahdi qui l'a félicité, disant espérer un "processus de transition calme".
En Irak, les gouvernements sont habituellement formés au terme de tractations entre partis, chacun réclamant des portefeuilles ministériels influents et lucratifs en fonction de son poids parlementaire.
Selon Sajad Jiyad, si M. Allawi accepte les candidats proposés par les partis, "cela donnera raison aux manifestants" qui dénoncent son allégeance à la classe dirigeante.
Samedi, Moqtada Sadr, à la tête du premier bloc au Parlement, a apporté son soutien à M. Allawi, twittant que sa nomination était un "pas positif".
Si cet influent leader chiite a soutenu les contestataires au début du mouvement, il a ordonné dimanche à ses partisans de se coordonner avec les forces de sécurité pour rouvrir les routes et les écoles, prenant le contre-pied des protestataires.
"La révolution doit redevenir plus sage et pacifique", a écrit M. Sadr sur Twitter.
Ce message, cumulé à son tweet de soutien à M. Allawi, ont été perçus comme des trahisons par certains manifestants à Bagdad, qui ont scandé: "Ne tweete pas comme bon te semble", en référence à M. Sadr.
"Nous sommes une révolution jeune et sans leader!", ont-ils clamé.

Mardi 4 Février 2020

Lu 899 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.