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Le ras-le-bol de Béni Tadjit


Assez ! Baraka, safi, khlass !

D' importantes élections auront lieu en ce début de septembre au Maroc. Elles occasionnent une profusion de promesses, souvent farfelues, émises dans l'espoir de séduire les électeurs et obtenir le sésame magique qui ouvre les portes les plus infranchissables et offre le maroquin et tous les avantages qui vont avec. Hélas, les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent et ne traduisent que très rarement, l'envie sincère d'œuvrer pour le bien des citoyens. Maintenir le calendrier électoral dans le contexte pandémique actuel peut être interprété comme un acte de résilience et de confiance en un lendemain meilleur. Toutefois, ce choix assumé par le gouvernement marocain pose des interrogations essentielles : Pourquoi cette précipitation alors que le virus dévastateur reprend du poil de la bête et impose une quatrième déferlante ? Comment organiser une vraie campagne de proximité sans mettre en péril la vie des citoyens ? Comment permettre aux électeurs de voter alors que la mobilité entre les localités est strictement contrôlée pour des raisons sanitaires évidentes ? N'est-il pas plus judicieux de reconduire les élus en place pour quelques mois, le temps d'une réelle éclaircie sanitaire ? La démocratie se construit, certes, dans la difficulté mais il y est des moments où le salut collectif immédiat impose son calendrier. Et c'est le cas en ces temps de Covid aux multiples variants. Après ce bref constat que partagent de très nombreux citoyens, il est temps de recentrer les propos sur Béni Tadjit, à laquelle ce papier est réservé. Cette commune de l'Oriental subit, au moins depuis l'indépendance, une marginalisation effroyablement injuste. Le poids des privations dont souffre la population a fini par la décourager sans pour autant la dépouiller de sa fierté légendaire. Elle continue à creuser les entrailles de la montagne de Boudhar pour un salaire de misère, à se brûler la peau sous le soleil des hamadas pour faire paître un maigre cheptel et à défier le chergui et les sécheresses cycliques pour sauvegarder une agriculture nourricière vitale. En un mot, elle trime jour après jour pour survivre dans un milieu très hostile sans le soutien de quiconque. Mais à l'instar de toutes les communes du Maroc, Béni Tadjit retrouve subitement toute sa place dans les agendas de partis politiques à l'occasion de chaque consultation électorale. Nombreux sont ceux qui ont soit effectué des visites sur le terrain pour tenter d'amadouer l'électeur et obtenir son vote, soit inondé les ruelles avec leur propagande polychrome qui contraste avec l'ocre dominant. Béni Tadjit n'en veut plus de ces invasions cycliques qui, une fois la fièvre électorale retombée, laissent les habitants emprisonnés de leurs soucis quotidiens faits de misère, d'inactivité, d'absence d'équipements essentiels et de perspectives d'avenir. Elle en a assez de cette hypocrisie grossièrement enrobée de fausses promesses et de quelques billets de banque. Elle n'en peut plus de la "dirhamisation" du vote pour reprendre le néologisme d'un éditorialiste marocain bien informé. Pratique affectionnée par quelques partis rompus à la tâche. Certaines formations donnent même l'impression qu'elles vivent hors sol, complètement déconnectées de la réalité du terrain. Pire, les candidats qu'elles présentent ne cessent de changer de couleur politique au grès des vents tellement ils sont dépourvus de culture et de convictions en la matière. C'est justement le cas du parlementaire sortant qui après avoir été soutenu et élu sous l'étiquette PJD, retourne sa veste pour tenter d'obtenir une seconde mandature sous les couleurs du Mouvement populaire. Un papillonnage électoral qui témoigne de l'extrême insignifiance de ses convictions politiques. La vacuité des années de sa mandature y est pour beaucoup. Son bilan est effroyablement nul à l’exception de son acharnement à réaliser ses propres et fructueux projets.
Puis, il y a cette politique imaginée par ce mouvement qui consiste à soutenir, de façon éphémère, des candidats d'obédiences politiques opposées allant de la gauche à la droite. Une position étrange qui rappelle l'objectif de la bénédiction pontificale "urbi et orbi" et qui tend, en fin d'analyse, à faire jaillir ou à confirmer la figure d'un leader indispensable. Une démarche insidieuse qui cache une latente OPA politique. Les joutes électorales à Béni Tadjit se caractérisent, également, par l'impact de l'appartenance tribale sur le choix des électeurs. L'élite locale dont les échecs, le clientélisme et l’immobilisme se confirment depuis des décades n'est que l'expression d'une émulation entre tribus rivales (Aït Mzat, Aït Yacoub, Aït Aïssa...). Le vote des électeurs est souvent influencé par le lien tribal, réel ou supposé, qui relie le votant au candidat. Puis enfin, il y a les jeunes désœuvrés de la commune et ses alentours et dont le parcours de formation s'est couronné par l'obtention de diplômes universitaires. Ces jeunes qui ont grandi dans un milieu fait de privations et de misère ont fini par adopter des idées gauchistes radicales. Ils appartiennent en majorité, consciemment ou non, à la mouvance des Quaîdiyyin, ou les «partisans de la base». Enfermés dans un imaginaire idéal, voire idéel, profondément remis en question par les expériences historiques à travers le monde en raison de ses tares et sa désadaptation à la réalité sociale, ils manifestent quasi quotidiennement et luttent pour des causes certes justes mais qui restent, cependant, à des années-lumières des préoccupations des habitants. C'est profondément regrettable que ces têtes pensantes ne s'investissent pas autrement en agissant pour le bien de Béni Tadjit avant de vouloir changer le monde. Béni Tadjit n'en peut plus de tous ces acteurs politiques qui l'enferment dans des cages idéologiques ou tribales anachroniques. Elle a besoin de citoyens qui se lèvent le matin avec l'envie d'agir pour leur quartier, pour leur ville. L'Etat n'a, certes, rien tenté de concret pour stimuler le changement et mettre fin à la marginalisation de la région. Mais, il ne peut pas tout faire non plus. Il revient à la société civile de retrousser les manches et de s'impliquer effectivement dans la vie de la cité. La table servie ne descendra ni du ciel ni de Rabat ! Béni Tadjit s'en sortira grâce à ses hommes et ses femmes. Cet heureux événement aura lieu le jour où chacun mettra l'intérêt général au-dessus de toute autre considération. Oui, Béni Tadjit le mérite bien. 
Mohamed LMOUBARIKI
Historien résidant en France

Le ras-le-bol de Béni Tadjit

Mohamed LMOUBARIKI
Mardi 7 Septembre 2021

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