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Le personnel domestique marocain objet d’obscures transactions en Arabie Saoudite

Simple renoncement aux droits de parrainage ou traite des êtres humains ?




Des domestiques marocaines en vente en Arabie Saoudite ! Oui, cela existe et depuis fort longtemps. Il s’agit d’une pratique qui consiste à renoncer aux droits de parrainage d’un kafil ou garant et de les transférer  à un autre contre une somme d’argent. Ce genre de transactions concerne souvent les femmes de ménage et les chauffeurs privés, toutes nationalités confondues.   
 Pourtant, nombreux sont les médias nationaux et les Marocains qui viennent de se rendre compte de cette réalité.  En effet, il aura fallu attendre la diffusion par Deutsche Welle des  annonces de pareilles ventes pour que les réseaux sociaux découvrent cette amère réalité et s’en émeuvent.
« Ce genre d’annonces est monnaie courante en Arabie Saoudite et ne concerne pas uniquement les domestiques marocains mais également ceux en provenance du Bangladesh, du Sri Lanka, des Philippines, de l’Inde,  du Vietnam,  du Nigeria, du Ghana… Les chauffeurs privés sont également concernés par ce genre de tractations mais leurs photos ne sont pas diffusées.  On préfère plutôt le  bouche à oreille », nous a indiqué Khadija, une Marocaine résidant en Arabie Saoudite depuis 20 ans. Et d’ajouter : « Ces publications sur les réseaux sociaux  culminent durant les mois précédant  le Ramadan où les familles saoudiennes ont  des besoins urgents de bonnes. Et c’est le moment idéal pour les kafils de  gagner plus d’argent. En effet, le prix de vente des domestiques peut atteindre jusqu’à 30.000 riyals saoudiens ».   
Notre source nous a révélé que ces annonces sont diffusées sur Instagram et Twitter souvent sous le titre « Des domestiques à céder ». Elles indiquent, la plupart du temps, l’âge du domestique, sa nationalité, sa religion, sa capacité à parler en arabe, ses compétences, les causes du renoncement, le prix et la garantie.  Une domestique peut être prise en stage  pendant une semaine ou plus.  « Parfois, on tombe sur des annonces inimaginables comme celle diffusée il y a quelques mois où on pouvait lire qu’une domestique de nationalité marocaine blanche de peau, grande, souriante et qui fait de bons massages est à céder à un prix de 20.000 riyals non négociable », nous a-t-elle confié.   
Concernant les causes de cette traite d’êtres humains  qui ne dit pas son nom, Khadija nous a expliqué qu’elle est sous-tendue par des désaccords entre les kafils et les domestiques intervenus en cas de maladie ou de fatigue de ces dernières. « En principe, les femmes désirant travailler comme des bonnes en Arabie Saoudite arrivent via des bureaux spécialisés. Ces derniers gèrent la relation  entre la domestique et son employeur et en cas de conflit, les agents de ces bureaux interviennent et remplacent la bonne par une autre. Malheureusement, ces bureaux de recrutement n’existent pas au Maroc et la plupart des  femmes de ménage marocaines ont été recrutées par des intermédiaires qui leur vendent de simples illusions. Ces dernières sont souvent stupéfaites de découvrir leurs conditions de travail en Arabie Saoudite. Elles sont appelées à travailler 24h/24 et 7j/7 sans avoir droit au repos hebdomadaire ni au congé annuel ».   En fait, ces femmes domestiques sont recrutées pour travailler dans de grandes maisons et des villas immenses.  Elles sont appelées à faire le ménage, la cuisine, le linge, à s’occuper des enfants...  Elles commencent leur travail à l’aube et le terminent souvent vers minuit ou 2h00 du matin, soit 18 heures de dur labeur par jour. Elles n’ont droit ni à une journée de repos compensatoire ni à la rémunération des heures supplémentaires. Certaines demeurent cloîtrées chez leur employeur tout au long de la durée de leur contrat et privées de tout contact avec l’extérieur y compris avec leurs familles. Même leurs salaires peuvent être gelés.
Une femme de ménage ou un chauffeur privé peuvent-ils s’opposer à de telles transactions les concernant?  «Non, sauf s’ils ont de quoi payer leur kafil qui demande à être remboursé pour les frais préalablement dépensés (transport, frais de visa…)», nous a répondu Khadija tout en précisant : « En effet,   dès leur arrivée sur le sol saoudien, ces femmes sont appelées à remettre leurs passeports à leurs kafils. Ces derniers endossent la responsabilité légale de leurs  employés pendant la durée du contrat. Ce sont eux qui décident, comme bon leur semble, de l’endroit où ces employés seront logés, de leurs lieux de travail, de quitter le pays ou pas, etc. Dans la majorité des cas, cette relation de dépendance se déroule dans les meilleures conditions. Cependant, il arrive que les choses se gâtent. A l’instar de ce qui se passe lorsque certains kafils réclament de percevoir un pourcentage du salaire touché par le salarié migrant ou de céder un employé, sans son consentement, à d’autres kafils ».
Que dit la loi saoudienne à ce propos ? Elle stipule clairement qu’un salarié étranger a le droit de ne pas travailler chez un employeur non mentionné dans le contrat ou exercer un métier non précisé par ce même document. Elle édicte également que chaque employé étranger a le droit de garder une copie de son contrat de travail et qu’il doit effectuer 8 heures de travail par jour ou 48 par semaine tout en précisant qu’il a le droit de toucher  des indemnités sur les heures supplémentaires,  les journées de repos et les congés annuels.  
En cas de litige, le législateur saoudien demande aux salariés et employeurs en conflit qui n’arrivent pas à résoudre leur problème à l’amiable de s’adresser au Bureau de travail relevant de la région où ils résident. Le Royaume compte 37 bureaux répartis sur le territoire national. Ils sont chargés d’informer les salariés de leurs droits et de leurs devoirs ainsi que d’accueillir les plaintes des ouvriers. Ils examinent également les litiges entre employeurs et employés et tentent de les régler à l’aimable. En cas de désaccord, les affaires sont souvent soumises à la justice.  «En règle générale, les choses ne se déroulent pas ainsi.  Certains kafils exploitent leur ignorance des lois en vigueur.  Souvent, les filles qui quittent leur lieu de travail en cas de problème, sont considérées comme des déserteurs et la police se lance à leur poursuite. Certains employeurs sans scrupules accusent ces domestiques de vol, de harcèlement sexuel ou autres», nous a affirmé notre source avant de conclure : « Ces femmes se trouvent souvent piégées puisqu’elles n’ont pas les montants requis pour changer de kafil ou de retourner chez elles.  Pire, les bonnes marocaines se trouvent seules face à ces kafils puisque l’ambassade et les consulats marocains en Arabie Saoudite prétendent avoir les mains liées pour ne rien faire. Même Anis Birou,  l’ancien ministre chargé des MRE, nous avait déclaré les yeux dans les yeux qu’il n’avait pas de solutions à proposer ni de promesses à donner concernant ce sujet ».   

Hassan Bentaleb
Mardi 6 Mars 2018

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1.Posté par Said le 05/03/2018 18:44 (depuis mobile)
Comment vous pouvez fermer les yeux en face de ses pratiques de ce pays ?

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