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Le manuel scolaire au lycée: Le grand retour




Le manuel scolaire au lycée: Le grand retour
Le ministère de l’Education nationale a entamé récemment de larges concertations avec les acteurs pédagogiques, en particulier les inspecteurs et les enseignants, dans la perspective de revenir au manuel scolaire selon une approche ascendante (bottom up approach) afin de réformer  l’enseignement du français au cycle secondaire qualifiant. Pour ce faire, plusieurs ateliers, composés de profs se sont attelés sur la conception de séquences didactiques expérimentales en vue d’une éventuelle intégration progressive du manuel/livret à partir de l’année prochaine.

Le contexte de la réforme Depuis quelques années, le Maroc dispose de quelques pôles économiques, surtout dans l’aéronautique et la construction des automobiles, qui orientent désormais le pays vers la voie de l’industrialisation à forte valeur technologique. Ces mutations notables exigent de créer des écosystèmes qui peuvent accompagner la transition. Or, le système éducatif, de l’avis de tous, est encore incapable de générer un profil moyen en mesure de fournir le marché local en ressources humaines nécessaires. L’enseignement du français n’est pas du reste. Par ailleurs, l’enseignement de la littérature ne donne pas entièrement satisfaction, en particulier parce que les élèves ne lisent plus et que les profs ne trouvent pas le moyen de leur en donner goût. Les résultats réalisés dans les examens régionaux indiquent que les clignotants sont au rouge. Parmi toutes les disciplines dispensées au lycée public, la première langue étrangère est la lanterne rouge. De plus, les élèves de certaines filières scientifiques ne voient pas l’intérêt d’un français raffiné, classique et recherché qu’ils ne vont pas utiliser une fois placés dans une situation de responsabilité. Enseigner la littérature à des élèves ayant un déficit linguistique énorme pour inculquer un français langue étrangère semble une entreprise qui manque de réalisme. Néanmoins, commencer une nouvelle expérience sans avoir établi un bilan de l’approche précédente comporte des risques en termes de répétition des mêmes erreurs. Il faut d’abord prendre du recul par rapport à l’ancienne approche, l’évaluer en profondeur pour construire la nouvelle démarche sur la base des imperfections et dysfonctionnements signalés. Le changement en tant que tel n’est indispensable que pour redresser la barre et rectifier le tir. L’enseignement du français, se fait jusqu’à maintenant d’une manière désintéressée dans le but de l’appropriation par les apprenants des valeurs humaines universelles ; la littérature est certes une école de valeurs mais sans valeur ajoutée instantanée sur l’économie. Or, le Maroc, confronté à une rivalité de la part de nations ayant les mêmes aspirations, devrait penser l’enseignement de manière pragmatique comme un levier à l’essor économique et social. Il s’agit donc d’un souci d’adéquation du programme scolaire avec les besoins réels de l’Etat. Les discours Royaux, souvent érigés en feuilles de route, ont souligné ce problème de conformité entre les profils des sortants et les besoins réels du marché du travail. «Il s’agit de parachever sa qualification (parlant de l’apprenant), d’affiner ses connaissances et de lui permettre de travailler dans les nouveaux métiers du Maroc, qui accusent un grand déficit en main-d’œuvre qualifiée, tels que ceux de la construction automobile et des centres d’appels, ceux liés à l’aéronautique et d’autres encore. » discours Royal à la Nation à l’occasion du 60ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple. Au-delà d’une simple réforme, il s’agit d’un nouveau contrat social à mettre en place, aucune matière n’est enseignée que pour autant qu’elle s’inscrive dans une perspective de développement continu. Pour intéressante qu’elle soit, aucune discipline ne devrait faire abstraction du projet sociétal et des plans économiques en vigueur. Au vu de la réalité socioéconomique, l’enseignement du français s’avère caduc. Des mesures d’urgence devraient donc être adoptées pour opérer une mise à niveau permettant une insertion facile dans la dynamique économique actuelle. Du côté des enseignants, le changement dérange, il se fait dans la douleur, car au fil du temps, des mécanismes implicites se sont mis en place. Cela signifie, entre autres, d’abandonner ses vieux réflexes et d’adopter de nouvelles habitudes pédagogiques dont on ne connait pas les tenants et les aboutissants. Socrate n’a-t-il pas affirmé, en voyant utiliser l’écriture de la langue grecque pour la première fois : «Maintenant qu’il y a l’écriture, la sagesse va-t-elle disparaître ? » Le changement devrait alors s’effectuer dans la douceur avec des mesures d’accompagnement et la constitution d’une cellule de veille chargée de répondre aux questions et problématiques soulevées par les praticiens, et de les doter des ressources numériques susceptibles de leur faciliter les nouvelles tâches. Le revers de la médaille : quel citoyen pour demain ? La nouvelle approche n’est pas sans danger, car les pays qui nous ont devancés sur cette voie ont vu émerger une nouvelle classe sociale assujettie à une nouvelle servitude, qui travaille tout le temps pour assurer la fortune colossale à une élite bien chanceuse. On n’en est pas encore arrivés là, dit l’autre, et il faudrait d’abord résorber le chômage et développer la machine économique. Cependant, il est impérieux de s’interroger maintenant sur le modèle de citoyen que nous entendons former pour demain. Est-ce un petit profil avec des qualificatifs modestes réduit à un statut d’agent d’exécution, de robot déshumanisé ayant un bagage intellectuel quasiment nul ou un vrai citoyen conscient de ses devoirs et capable d’assumer ses responsabilités et constituant à lui seul une garantie du développement continu ? Que faire alors ? S’il n’est plus envisageable d’enseigner que la littérature et rien d’autre, il ne faudrait pas non plus l’écarter complètement ; au contraire les textes littéraires devraient faire partie de ce qu’on appelait par le passé des «textes authentiques » (la publicité, un discours, un formulaire…), et même les œuvres intégrales ne devraient pas être négligées ne serait-ce que dans le cadre de la lecture suivie, car la lecture, somme toute, c’est le vrai vecteur de la culture.

Adil Daigham
Lundi 1 Juillet 2019

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