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Lamiae Benmakhlouf : Au Maroc et en France, les ingénieurs et les développeurs partent vers la Silicon Valley




Lamiae Benmakhlouf : Au Maroc et en France, les ingénieurs et les développeurs partent vers la Silicon Valley
L’Etat marocain a été visionnaire à la fin des années
quatre-vingt-dix sur l’importance des technologies de
l’information pour moderniser les secteurs stratégiques.
Lamiae Benmakhlouf, directrice générale de MITC
 (Moroccan Information Technopark Company)   soutient plusieurs initiatives encourageant l’entrepreneuriat dans les nouvelles technologies et le développement durable
et participe activement aux programmes de mentoring  
professionnel pour les jeunes entrepreneurs.
Elle est aussi administratrice à «Maroc Numeric Fund» (fonds d’amorçage dédié aux NTIC), membre du conseil d’administration de Réseau Entreprendre Maroc (trésorière) et vice-présidente de ESTEM Morocco (Environmental Science, Technology, Engineering & Mathematics), une ONG marocaine dont la mission est d’encourager les jeunes filles à entreprendre et à s'engager dans des filières scientifiques et technologiques.
Au niveau international, elle est membre du conseil d’administration de l’IASP (Association internationale des parcs scientifiques et technologiques), présidente de la région WANA. Dans cet entretien elle nous  parle du rôle de Technopark.


Quel bilan dressez-vous de Technopark après 20 ans d’activité ?
L’Etat marocain a été visionnaire à la fin des années quatre-vingt-dix sur l’importance des technologies de l’information pour moderniser les secteurs stratégiques.  C’est à partir de là  qu'est  né le  Technoparc comme incubateur pour les start-up technologiques. Depuis 2001,  on a accueilli, aidé et accompagné 1200 start-up dans les nouvelles technologies. Notre mission est dédiée  à la création et au développement  des entreprises technologiques au Maroc. Depuis 2010, nous avons entamé une politique de duplication régionale.  Nous avons, en effet,  doté les autres régions du Maroc  de dispositifs d’accompagnement. Nous avons notamment  réussi l’expérience à  Casablanca. On a mis en place tout un système de partenaires pour l’offre, l’accompagnement de financement et l’aide à l’accès au marché.
 Depuis 2010, tous les jeunes talents marocains peuvent bénéficier de ce dispositif étatique pour faire éclore leur projet. En 2012, on a ouvert notre deuxième antenne à Rabat, en 2015 celle de  Tanger  et le Technoparc d'Agadir sera disponible cette année.
Parallèlement à  cela,  nous avons su  gérer la cité de l’innovation de la région de Souss-Massa. En effet,  dans cette  région, il y a des talents et des secteurs à moderniser en utilisant le digital. Nous voulons absolument connecter des start-up technologiques avec l’industrie, l’agriculture, le tourisme, la pêche pour être plus compétitifs et créer de la valeur dans notre pays et ailleurs.

Les discussions d'Emeging Valley sur les start-up marocaines ont évoqué  de nombreuses difficultés au niveau législatif et fiscal. Le système fiscal n’encourage pas les start-up. Les politiques sont-ils  conscients de ces difficultés?
Depuis  dix ans, l’environnement de la start-up a changé. On est dans un  perpétuel changement. Auparavant, il y avait  des crédits classiques qui n’étaient pas adaptés. Il y a aujourd’hui des structures labélisées par la Caisse centrale de garantie qui va injecter plus de 700 millions de dirhams dédiés à l’innovation et à la création de start-up. Aujourd’hui,  nous avons 12 structures labélisées par CCG. D’autres structures offrent le financement et l’accompagnement. Beaucoup a été fait ces dernières  années. Il y a évidemment des manques sur lesquels on travaille, comme le cadre réglementaire et une définition commune  de la start-up. Qu'est-ce qu'une start-up ?  Comment l'accompagner et la labéliser ?
L’ANAPEC fait déjà beaucoup en termes d’employabilité et au niveau de l’IER et de la cotisation patronale. Aujourd’hui, une start-up recrute à travers  l’ANAPEC et ne paye pas pendant 2 ans  l’IER et les charges sociales, ce qui est important. Aujourd’hui, une start-up paye l’équivalent de ce que paye une grande structure. Ce n’est donc pas équitable. Nous voulons  miser sur les start-up  qui seront les PME de demain. Comment peuvent-elles  émerger si on ne leur offre pas le cadre réglementaire, les dispositifs d’accompagnement et les incitations fiscales ? Comment créer les vraies pépites de demain ?  Je sais que  le gouvernement actuel travaille beaucoup. Il y a de vrais décideurs et des têtes pensantes qui sont très sensibles à cette situation. Nous, en tant que pépinière de start-up technologiques, nous  faisons beaucoup de lobbying pour faire entendre la voix de nos start-up.

Vous participez aujourd’hui à cette rencontre Europe-Méditerranée-Afrique qui s’appelle Emerging Valley. Quels  sont vos objectifs?
Au Technoparc, au-delà de l’hébergement, de l’accompagnement et des formations qu’on offre à nos start-up, nous devons  les rendre visibles au niveau régional et international. Alors chaque année, on organise une caravane à l’international. L’année dernière, c’était à Malaga au Park technologique de l’Andalousie et cette année, nous avons  Emerging Valley comme partenaire. Nous avons  aussi signé un partenariat avec Marseille Innovation. Il s’agit d’un partenariat croisé qui offre un service aux start-up marocaines et marseillaises.
Emerging Vally est l’occasion d’établir la connexion entre les start-up marocaines et l’écosystème de Marseille et Aix-en-Provence. On participe avec 18 start-up marocaines sur différents segments. Elles viennent des quatre Technopark du Maroc.  Nous les poussons à chercher leurs partenaires et un marché plus grand que celui du Maroc.

Il y a beaucoup de compétences marocaines installées en France et au Maroc. Dans le domaine de l’informatique, les entreprises françaises courent derrière elles. Le Technopark n’a-t-il pas mis  en place un dispositif pour les identifier?
Tous les ans, nous participons au Tremplin Maroc organisé par l’Association Entrepreneurs à Paris. Nous y rencontrons  justement  la diaspora marocaine et nous l’informons qu'il y a un dispositif d’accueil au Maroc et tout un écosystème d’accompagnement. Il faut diffuser l’information et il faut sensibiliser. Mais  on ne peut pas le faire sans s’associer à un  partenaire. Maroc entrepreneurs est l’un de nos partenaires à Paris et en tant qu’institution, on vient chaque année pour parler de ce que l'on fait pour les  encourager à rentrer au pays.

Est-ce qu’il y a de réels dispositifs pour les encourager à  revenir à la mère patrie sachant que le salaire des ingénieurs informaticiens ainsi que dans d’autres domaines peut être 3 fois plus élevé en France qu'au Maroc ?
Je  dirais oui et non parce que le niveau de vie au Maroc n’est pas le même qu'en France. Croyez moi, l’entreprise marocaine est prête à payer un salaire très élevé pour avoir de très bonnes compétences. La mobilité aujourd’hui est un problème international et la fuite des cerveaux l’est également. Le Maroc en souffre comme la France avec des ingénieurs et des développeurs qui partent vers les Etats-Unis dans la Silicon Valley. Cette mobilité est une mouvance internationale qui répond à des enjeux de l’économie mondiale. II faut que chaque pays, et le Maroc bien sûr, se dote d’un dispositif pour attirer ces talents. Je crois qu'aujourd’hui nous sommes conscients  de cela. Le Maroc, au niveau du public et du privé, est en train de penser à des dispositifs pour garder ses talents et attirer ceux de la diaspora.

Le Maroc a-t-il les moyens d’attirer ces talents et faire face à la mobilité imposée par la concurrence internationale ?
Il faut qu’il y ait de la volonté. Le Maroc c’est aussi la société civile, c’est l’Etat et le privé. Toutes ces composantes devraient travailler ensemble  et décliner une stratégie claire avec des objectifs précis. C’est aussi l'apport de tout un chacun pour garder les compétences chez nous.

Entretien réalisé à Marseille par Youssef Lahlali
Samedi 1 Février 2020

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