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La violence au cœur des apprentissages




La violence scolaire est certes une vaste problématique qui impose un regard multidimensionnel. Elle nécessite l’intervention de différentes autorités : la sûreté nationale, les parents, les services pédagogiques, les cellules d’écoute psychologique … Dans cette communication, nous limiterons l’étude à la gestion de la classe où cette violence a un impact immédiat sur le processus d’apprentissage chez les élèves violents ou non car quand la violence éclate elle affecte tous les élèves et par conséquent l’ordre
général.
Parmi les compétences attribuées aux enseignants, nous trouvons inévitablement la gestion des conflits sans les former pour assurer cette lourde tâche. Il est désormais important voire nécessaire de doter les enseignants d’une formation intégrée, non seulement au niveau psychologique et pédagogique mais aussi juridique et du contentieux pour se protéger eux-mêmes et pouvoir protéger et conseiller leurs élèves au sujet des répercussions de la violence.
Avec les mutations rapides que connaît la société, il est évident que les problèmes à résoudre sont également évolutifs, ce qui nécessite des stratégies qui s’y adaptent dans le temps et dans l’espace. Nous présenterons ainsi des approches à la portée d’un enseignant ordinaire, qui lui permettront de maîtriser relativement sa classe en adoptant des démarches selon la nature du conflit et la catégorie des élèves concernés. L’exposé s’achèvera par une étude de cas sous forme d’un atelier ouvert à l’auditoire.

Introduction :
En tentant de d’appréhender la violence, nous la définissons intuitivement comme étant une force brutale et contraire à la douceur. Mais, la littérature sur la violence s’est développée avec la transversalité de différentes sciences sociales: psychologie, éducation, sûreté, neurobiologie, …, pour mettre en évidence d’autres formes de violence à part ladite «force brutale». Ainsi, nous pouvons parler de violences physiques, verbales, psychologiques,… dans divers domaines : scolaire, économique, administratif, conjugal, … avec des tendances répressives, agressives, sexuelles, … bref, le sujet est vaste !
Dans le milieu scolaire, la nature de la violence diffère selon la partie qui l’exerce : administrative, pédagogique, estudiantine, parentale, … et il est évident que le traitement du problème soulevé diffère également selon la forme de la violence.
Mr Rachid Belmokhtar, l’ex-ministre de l’Education nationale a adressé aux établissements scolaires la note numéro 15-2 publiée le 9 janvier 2015 où la violence physique, comportementale ou psychologique contre les élèves est considérée comme une atteinte à l’un des droits les plus importants de l’enfant et une attaque honteuse et méprisable.
Cette note a également examiné la violence contre les femmes et les hommes de l’éducation ; elle dépasse effectivement les limites d’une attaque sur les personnes pour devenir un acte qui n’affecte pas seulement l’établissement scolaire mais aussi le système éducatif dans son ensemble. Dans cette note, on accorde à l’administration pédagogique le fait de se considérer comme une partie civile dans toutes les plaintes contre toute personne ayant causé un préjudice aux femmes et aux hommes de l’éducation au moment de l’exercice de leur fonction, ceci en vue de protéger leurs droits fondamentaux, préserver l’intégrité du système éducatif et renforcer l’esprit de solidarité et de synergie qui la caractérise.

Violence et conflit :
Violence: la violence est un comportement qui vise à faire mal à une autre personne.
On parle de :
La violence physique : coup de poing, coup de pied, coup de boule, etc.
La violence verbale : les injures qui peuvent faire aussi mal que la violence physique.
La violence psychologique : exclusion, paroles qui rabaissent ou qui humilient. Quand il y a répétition systématique, la violence psychologique prend la forme d’un harcèlement moral. On le trouve en particulier dans le phénomène de l’enfant bouc émissaire ou souffre-douleur.
* Il est possible d’évoquer des situations sociales de violence, comme la pauvreté, l’exclusion, le racisme, etc.
Conflit  : le  conflit  est  le  processus  dynamique  qui  se  déroule  à  partir  d’une  opposition  de besoins, de désirs, d’intérêts ou de valeurs entre deux ou plusieurs personnes. Au départ, il y a une situation « problème » qu’on appelle une situation conflictuelle. Elle engendre un risque réel d’affrontement violent. Cependant, pour résoudre le problème initial, une confrontation est nécessaire. Celle-ci doit permettre la recherche coopérative de solutions satisfaisantes pour les deux parties.
Nature de la violence en milieu scolaire :
La violence administrative :
Si cette forme de violence peut concerner à l’échelle nationale la verbalisation des contrevenants et la confiscation de documents (carte d’identité, permis de conduire …), à l’échelle de l’école et si l’on limite le sujet aux élèves uniquement, la violence peut apparaître lors du rappel à l’ordre en luttant contre la transgression délibérée des règles communes. Ainsi, le fait de ne pas donner une attestation de scolarité à un élève, ou de refuser de l’inscrire pour une raison non bien fondée constitue une violence administrative à son égard.
La violence pédagogique :
C’est le genre de violence que peut exercer par exemple un responsable pédagogique (enseignant ou surveillant …) sur un élève ou sur un groupe d’élèves. Elle peut aussi être physique (comme frapper l’élève), verbale (comme le menacer ou l’insulter) ou psychologique (comme l’humilier devant ses camarades, le harceler, l’isoler ou ne pas lui prêter attention).
La violence estudiantine :
C’est celle qu’exerce un élève ou un groupe d’élèves sur un ou plusieurs élèves ou sur un quelconque responsable à l’école. Les élèves se bagarrent entre eux en classe, à la récréation aux terrains de jeux, ils bousillent le matériel surtout s’il est sans surveillance, ils poussent des cris pour déranger, ils exercent la pression sur l’un d’entre eux ou même sur un groupe, ils écrivent sur des tables, sur des murs et au tableau des expressions qui blessent autrui, ils peuvent attaquer un professeur ou le déranger au moment du cours … tout cela fait partie de la violence estudiantine.
La violence parentale :
Les parents interagissent avec le milieu scolaire, ils contrôlent les travaux de leurs enfants, ils assistent aux réunions, aux conseils et aux rencontres avec les enseignants. Si l’élève a un mauvais résultat à l’école, cela ne fait pas plaisir aux parents et l’on imagine tout ce que peut subir l’élève de leur part. D’autre part,  tout problème causé à l’élève au sein de l’école peut créer des tensions entre les parents et le personnel de l’école ; ainsi les parents créent et subissent la violence.  
Quelques causes de la violence :
Contrairement à ce qui se passe dans certains pays, la violence dans le milieu scolaire n’est pas liée au niveau de vie de l’élève. La violence est constatée aussi bien chez les enfants des riches que chez ceux des pauvres même si à l’échelle individuelle, le fait d’être pauvre ou riche peut déclencher la violence pour contrer le sentiment d’infériorité ou d’arrogance. Elle n’est pas liée non plus au genre, filles et garçons manifestent de la violence.
Un conflit peut éclater quand on se sent touché, blessé ou lésé dans sa dignité, surtout devant ses camarades même si l’on est induit en erreur.
Le sentiment d’exclusion ou de non reconnaissance sociale développe une irritation qui peut conduire à un comportement nuisible et hostile aux objectifs à atteindre.
Les résultats scolaires peuvent être à l’origine de la montée de la violence. L’élève a besoin de s’affirmer et de montrer qu’il a une force (positive sinon négative). Il n’accepte pas que ses pairs soient tous des héros sans qu’il appartienne lui aussi à un clan.
C’est par le fait d’exercer trop de pression que l’on cherche à échapper au règlement ; il faut offrir à l’individu un degré de confiance et le motiver à prendre des initiatives au lieu de lui adresser constamment des ordres.
L’absence d’un système de contrôle implicite et sous-jacent peut conduire au laisser-aller et à l’anarchie.
Sur le plan pédagogique, l’absence de motivation (cours présenté selon une méthode archaïque, formation non attirante, avenir trop incertain, profit rare et lointain,…)  crée l’ennui et déclenche une tendance d’hostilité aux apprentissages.
L’environnement socio-éducatif, les agressions au quotidien, l’insécurité, un climat scolaire perturbé, les mensonges, le manque de confiance, le désordre … sont tous des facteurs à risques qui favorisent la violence.
Conséquences immédiates de la violence :
Comportement nuisible :
Opposition à l’adulte : défi, provocation, désobéissance, impulsivité, conduites agressives (extériorisation) mais aussi anxiété, dépression, retrait (conséquences intériorisées).
Manque d’assiduité
L’élève s’absente ou vient en retard car il ne trouve plus le plaisir de venir dans un milieu qui lui fait mal. Ce manque d’assiduité est souvent justifié par autre chose que la réalité (genre : je me suis réveillé en retard, je n’ai pas trouvé de moyen de transport …) .
Vers la délinquance :
Si le conflit n’est pas totalement résolu, la souffrance peut mener l’élève à la délinquance où il peut s’associer aux élèves dans le même cas à la recherche d’un «confort», aussi puéril et diabolique qu’il puisse être.
Vers l’échec scolaire :
Il existe une forte corrélation entre violence et échec scolaire selon Daniel Favre (enseignant chercheur en sciences de l’éducation à l’université de Montpellier 2, analyse la relation entre la violence et l’échec scolaire. ). Il décrit et explique ses observations chez les élèves violents :
une agressivité extrêmement forte souvent due à une insécurité physique, psychique et territoriale ;
une anxiété ou dépression très élevée et liée à cette agressivité ;
un mode de pensée dogmatique : les élèves recherchent le conformisme (élèves qui parlent comme eux, s’habillent comme eux).
Daniel Favre conclut que la création d’un climat de sécurité autour de l’apprentissage peut être un antidote à la violence.
L’élève en échec scolaire trouve que l’agression est légitime et que pour lui c’est une réponse à l’échec considéré comme injustice.
Pour un climat scolaire
sans violence :
La prévention est la première approche à adopter en milieu scolaire pour éviter la violence (cellules d’éveil, de surveillance, de permanence, sécurité et de secourisme ; espace de mouvements, maîtrise des outils dangereux …).
- Harmoniser les démarches face à la violence dans le règlement interne de l’école en désignant des responsables pour la prévention et la gestion des conflits à l’école.
- Adopter des stratégies de résolutions équitables et symétriques par les adultes (autorité scolaire) avec des discussions fructueuses qui mènent à un consensus (négocier, améliorer l’estime de soi, valoriser l’entraide et le partage, positiver et mettre en valeur les comportements sociaux et les concessions en cas de conflit...), ne pas juger la personne mais l’action.
Les sanctions doivent être disciplinaires (éducatives) acceptables par tous avec leur mise en place en tenant compte des lois mises en vigueur (objectif : ne pas répondre à la violence par la violence, il faut éviter la surenchère ; l’école corrige les comportements avec des valeurs). Une sanction disciplinaire doit être d’abord formatrice en restant autoritaire.
- Faire participer les parents d’élèves au traitement des conflits de leurs enfants sous la supervision de l’administration de l’école (pour éviter des disputes et accrochages parentaux).
- Organiser des tables rondes auxquelles participent les élèves et parents d’élèves sur des thèmes ayant des impacts nuisibles sur le système scolaire (tabagisme, violence, absentéisme, …) en élargissant la participation aux experts (sociologues, psychologues, policiers, juristes, pompiers,…).
La force d’un enseignant réside dans la maîtrise de sa discipline de spécialité et de la manière de la dispenser. C’est pourquoi il est intéressant d’élaborer des techniques pédagogiques motivantes pour les élèves et ne parler que de sa discipline surtout avec la langue en usage pour son enseignement.
- Témoigner du respect aux élèves en les traitant comme ses propres enfants et en veillant à un langage éducatif. Cultiver des formules de politesse et donner l’exemple pour les pratiquer.
La gestion de la classe est fondamentale pour la lutte contre la violence. La disposition des élèves pour favoriser l’écoute, attirer l’attention et optimiser l’apprentissage.
- Se mettre à la disposition des élèves en les écoutant, en les aidant dans la mesure du possible et surtout en les protégeant.  
- Eviter de marginaliser l’élève, ne jamais laisser sa question sans réponse, ne pas l’humilier quand il n’est pas performant, l’encourager même pour un petit effort ; cela peut le motiver pour en fournir davantage.
- Mettre en place des mécanismes de règlement : charte et contrat didactique, médiation, cellule d’écoute, …pour atténuer les tensions et résoudre les problèmes. Il est souhaitable que les élèves participent à l’élaboration des règles de vie à l’école pour qu’ils participent également à leur maintien à la lumière des droits et devoirs de chacun.
- Faire en sorte que tout élève ait des projets et des activités qui le poussent à aimer ses disciplines et combattre l’ennui avec ses indicateurs : agitation, énervement, agressivité, endormissement
- Donner des attestations de bonne conduite sur la base de critères objectifs :
- Discipline : assiduité, propreté, tenue vestimentaire, comportement avec ses camarades, tenue de ses documents scolaires, respect des consignes pédagogiques (absence d’infraction, de désobéissance, d’incivilité, …)
Connaissances : participation en classe, devoirs à domicile, devoirs surveillés, activités parascolaires (recherches, poésie, théâtre, films pédagogiques, rapports des sorties pédagogiques, olympiades de mathématiques, activités sportives, activités artistiques…).

 * Enseignant universitaire
de mathématiques


Omar Bouteglifine *
Mercredi 6 Décembre 2017

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