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La reprise pourrait annoncer une cascade de licenciements

Plusieurs plans sociaux seraient à l’étude dans les secteurs fortement affectés par les effets de la pandémie




La reprise pourrait annoncer  une cascade de licenciements
Les indemnités forfaitaires mensuelles versées aux salariés des entreprises relevant des secteurs déclarés sinistrés à cause de la Covid-19 prendront fin ce mardi 30 juin.
L’arrêt de cette mesure phare du Comité de veille économique (CVE), mise en œuvre depuis mars dernier, crée un sentiment d’inquiétude et d’incertitude qui commence à se répandre parmi les entreprises des secteurs d’activité durement frappés par la pandémie du coronavirus.
Une situation préoccupante pour de nombreux salariés d’autant plus qu’ils sont conscients que plusieurs entreprises auront du mal à remonter la pente et à retrouver leurs activités normales, après trois mois d’arrêt des activités ou de pertes abyssales au niveau du chiffre d’affaires. 
Inquiétude dès lors qu’il se murmure de plus en plus que la réduction des effectifs aurait les faveurs de bon nombre de patrons des secteurs durement affectés (immobilier, BTP, transport, textile, export, tourisme, restauration et hébergement, agroalimentaire, commerce, logistique, etc) qui tiennent coûte que coûte à préserver leurs boîtes d’une fermeture imminente.
Craignant une faillite certaine, les patrons pourraient par vague envisager de passer à l’action via des restructurations dont on connaît la finalité : suppression des effectifs. Pas étonnant donc si une valse de plans sociaux marquait cette période estivale, surtout que rien n’indique clairement encore que la situation pourrait s’améliorer très bientôt.
D’ailleurs, plusieurs entreprises auraient déjà commencé à monter des plans sociaux en vue de licenciements qui seraient selon certaines indiscrétions bien avancés. Et le dégraissage serait ,dit-on, d’une ampleur significative.
Rappelons qu’avec la reprise et le déconfinement, plusieurs entreprises vont perdre un soutien précieux, celui des pouvoirs publics qui ont multiplié les initiatives durant les trois derniers mois et qui ont permis à bon nombre d’entre elles de résister un tant soit peu aux effets de la crise sanitaire.
Maintenant que les entreprises doivent affronter cette situation quasiment seules, il y a fort à parier que la courbe du chômage prendra de la hauteur dans les prochains mois. Une évolution qui s’annonce donc exponentielle, alors que la situation demeure préoccupante sur le front du travail.
Pour rappel, « le taux de chômage a augmenté de 1,4 point entre T1-2020 et T1-2019 à 10,5%, dans un contexte d’évolution plus importante de la population active (+2,4%) que la population active occupée (+0,7%) », selon les chiffres publiés par la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) soulignant que ce taux s’est accru de 1,8 point à 15,1% dans les villes et a atteint 0,8 point à 3,9% dans les zones rurales.
Dans sa dernière note de conjoncture du mois de juin (N°280), la Direction précise que « les taux de chômage les plus élevés sont observés, particulièrement, parmi les femmes (14,3% contre 9,3% pour les hommes), les jeunes âgés de 15 à 24 ans (26,8% contre 8,2% pour les personnes âgées de 25 ans et plus) et les détenteurs d’un diplôme (17,8% contre 3,6% pour les personnes n’ayant aucun diplôme) ».
Soulignons toutefois qu’au terme du premier trimestre 2020, les indicateurs consolidés du marché de l’emploi avaient affiché un comportement relativement normal, avec une évolution favorable de la création  d’emploi. Et ce, a constaté la DEPF, « malgré la mise en place des mesures de restriction sanitaires pour contenir la propagation du coronavirus qui ont entravé la bonne marche d’une grande partie des activités économiques à la deuxième moitié du dernier mois de ce trimestre ». Mais au regard de la situation économique et sociale qui prévaut actuellement, tout porte à croire que les dernières tendances déjà peu reluisantes se répèteront avec peut-être une certaine intensité.
Car, comme l’a récemment relevé la DEPF, relevant du ministère de l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’administration, « le Maroc a été fortement impacté par les répercussions de la crise sanitaire et des mesures de confinement sanitaire ».
« Ces impacts ont été exacerbés par la baisse de la valeur ajoutée agricole intervenue dans un contexte pluviométrique particulier », a-t-elle souligné.
« La dynamique sectorielle nationale a été compromise, affectée, d’une part, par l’exposition des secteurs échangeables aux chocs économiques externes à travers les canaux de transmission classiques et, d’autre part, par l’effet du confinement sur certains secteurs domestiques, privant la richesse nationale de sommes importantes pour chaque jour d’arrêt de l’activité », a expliqué la direction dans sa note de conjoncture.
Pour mieux apprécier la gravité de la situation actuelle, rappelons que plus de 900.000 salariés exerçant dans plus de 134.000 entreprises avaient été déclarés en arrêt de travail temporaire à fin avril dernier.
Selon le ministre du Travail et de l'Insertion professionnelle, Mohamed Amekraz, en mars, 131.955 entreprises sur un total de 216.000 affiliées à la CNSS ont déclaré être impactées par les effets du Covid-19. Ce qui représente environ 61% de l'ensemble des entreprises inscrites, rapporte la MAP.
Soulignons que c’est pour faire face à cette crise sans précédent et dans le but d’atténuer son impact sur les entreprises et leurs salariés que le Comité de veille économique (CVE) avait décidé dès le mois de mars d’octroyer une indemnité forfaitaire mensuelle nette de 2.000 DH aux salariés relevant des entreprises en difficulté. Une mesure, comme d’ailleurs bien d’autres, qui avait alors été bien accueillie aussi bien par les entreprises que par les salariés.

Alain Bouithy
Vendredi 26 Juin 2020

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