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L’oppression bat son plein au Nicaragua

Les droits civiques et politiques des citoyens nourrissant des opinions différentes de celles du parti au pouvoir gravement bafoués


Libé
Jeudi 16 Décembre 2021

Lorsque la Jeunesse Ittihadie a organisé les rencontres du Réseau Mena Latina (1), en octobre 2021, j'ai été interpellée, lors du panel sur le processus de démocratisation en Amérique latine : Défis et menaces, par les événements décrits par Luis Alfredo Flores sur la situation politique au Nicaragua. Flores y représentait la jeunesse du parti de l'Union démocratique du renouveau – UNAMOS, qui est un parti politique démocratique, rénovateur et progressiste nicaraguayen.

Flores a exposé l'une des plus graves crises sociopolitiques de l'histoire récente du Nicaragua avec des conséquences sociales, économiques et institutionnelles qui non seulement persistent, mais s'aggravent de jour en jour dans l’indifférence totale de l’opinion publique internationale.

Petit rappel des événements :

Deux événements survenus en avril 2018 ont déclenché une série de protestations sociales : un incendie de forêt dans une réserve biologique et la réforme du système de sécurité sociale. Les protestations impliquant principalement des personnes âgées, des étudiants universitaires et d'autres militants ont éclaté à Managua (la capitale) et dans six autres villes en réaction à l'annonce par l'administration Ortega (président du Nicaragua) de réformer le système de sécurité sociale et d’augmenter les impôts sur le revenu tout en réduisant les prestations de retraite.

Ces manifestations ont suscité de fortes représailles de la part des autorités, ordonnées par le président Ortega. Face à l'intensification des protestations, l'Etat a lancé une stratégie répressive sévère, qui consistait en l'utilisation disproportionnée et indiscriminée de la force comme modèle général, y compris l'utilisation d'armes à feu et même d'armes de guerre directement dirigées contre les manifestants.

Depuis le début des manifestations, le gouvernement a maintenu un discours incendiaire sur l'existence d'un ennemi intérieur et la stigmatisation des manifestants. Ils sont accusés d'être des jeunes manipulés, des vandales, des individus désireux de déstabiliser le pays, remplis de haine, antidémocratiques, terroristes, entre autres qualifications désobligeantes qui visent à nier leur pleine citoyenneté et leur capacité à décider de manière autonome de participer à des manifestations sociales.

Simultanément, le discours officiel concernant les victimes de la violence étatique et para-policière vise à nier leur condition de victimes. Le gouvernement a également appuyé publiquement les actions de la police nationale, non seulement en occultant toute référence à des abus graves, mais aussi par des gestes publics comprenant des nominations et des promotions accordées aux principaux responsables des actions qui ont eu lieu lors de la répression des manifestations.

Le système de justice pénale, quant à lui, a joué un rôle supplémentaire dans le schéma des violations des droits de l'Homme observées au Nicaragua, par la criminalisation des civils qui ont participé aux manifestations. Ces procédures judiciaires ont indûment accusé des étudiants, des leaders ruraux et sociaux de crimes tels que le terrorisme et le crime organisé, entre autres, afin de persécuter et de punir les actes légitimes d'opposition au gouvernement. Tous ces processus révèlent de graves violations de la liberté individuelle, notamment les ordres de détention arbitraire et l'utilisation généralisée de la détention provisoire sans examen adéquat des charges imposées aux accusés, ou la prise en compte des preuves non conformes aux normes de légalité ou de pertinence. En outre, la nature publique de ces procès et le droit à une défense adéquate ont notoirement été restreints sans justification appropriée.

La situation est donc suffisamment grave pour que le monde s’y intéresse et agisse afin de résoudre le problème. Malheureusement force est de constater que le Nigaragua et le sort des militants progressistes et démocrates ne sont pas la priorité des décideurs de ce monde.

Les femmes cibles privilégiées du régime …

Pour mieux comprendre la situation et faire entendre la voie des victimes, j’ai donc tenu à assister à une conférence virtuelle le 5 décembre 2021 organisée par des activistes nicaraguayennes telles que Urania Callejas-Vidaurre (réfugiée politique vivant au Costa Rica), Emilia Yang (organisatrice, membre de l'Association Mères d'avril (AMA)), Ana Lucia Alvarez Vijil (militante féministe et défenseur des droits de l'Homme, Ana est également la sœur et la nièce des prisonnières politiques Tamara Dávila, Ana Margarita Vijil et Dora Maria Téllez).

Lors de cette réunion, les témoignages de ces femmes fortes et déterminées ont mis en relief l'autoritarisme exercé par le régime Ortega et érigé en loi. En effet, des lois répressives ont été adoptées pour consolider l'État d'exception et réduire au silence toute dissidence politique. Les dirigeants de différents secteurs sociaux font l'objet d'une persécution pénale systématique. Dans ce cadre, le procureur de la République constitue des dossiers judiciaires contre les leaders qui participent activement aux protestations sociales, les accusant d'être des "terroristes", des "partisans de coup d'Etat" et des "traîtres", passant le plus souvent rapidement aux poursuites et violant le principe de la présomption d'innocence, le droit à une défense appropriée et les procédures régulières.

Un système judiciaire objectif et indépendant fait totalement défaut; au contraire, le système vise à occulter le fait que la judiciarisation de ces affaires est motivée par des raisons politiques. Au cours des trois dernières années, les prisonniers politiques ont été utilisés comme otages ou comme "monnaie d'échange" à des moments où le gouvernement voulait ou devait cacher la grave crise des droits de l'Homme au Nicaragua.

Ensuite, une fois libérés de prison, ils sont soumis à une surveillance permanente de la part des services de police, avec des interrogatoires constants des membres de leur famille et de leurs voisins. Ils sont également soumis à une "mort civique" qui les prive non seulement de leurs droits politiques et civiques, mais aussi de leur droit de travailler et de recevoir des soins de santé.

Les femmes qui s'opposent et résistent au gouvernement ont été et sont toujours la cible de persécutions, de violences, de harcèlement, de surveillance, de menaces, de déportations illégales et d'emprisonnements injustes.

Actuellement, 14 femmes défenseurs des droits de l'Homme, des militantes féministes et des leaders politiques ont subi enlèvements, viols, intimidations : Christiana Chamorro, Maria Fernanda Flores, Dora Maria Tellez, Suyen Barahona, Ana Margarita Vigil, Granera Violet, Tamara Davila, Maria Oviedo, Maria Esperanza Sánchez, Julia Hernandez, Carla Escobar, Nidia Barbosa, Samantha Padilla Jiron, Evelyn pinto.

Les femmes nicaraguayennes sont profondément dépourvues de protection en raison d'un processus de démantèlement du cadre juridique et institutionnel de protection et de promotion des droits des femmes qui dure depuis une décennie.
 
Un processus électoral de façade 

La persécution des opposants politiques au gouvernement d'Ortega a été constante tout au long du processus électoral de mai 2021. Les réformes électorales s'ajoutent à ces attaques. En interdisant le soutien financier aux partis politiques et en limitant la participation des observateurs internationaux, le régime a cherché à empêcher une contestation légitime et transparente des processus électoraux au Nicaragua. 

En conséquence, les opposants politiques ont été une cible privilégiée de la stratégie de répression politique du régime, en vertu de laquelle ils ont été arrêtés arbitrairement et illégalement, violant ainsi leur droit à la liberté. La criminalisation des opposants ne doit pas être considérée isolément, mais plutôt comme une stratégie évidente et délibérée du pouvoir en place. Pourtant, le gouvernement entoure ses actions d'une rhétorique qui nie toute responsabilité et justifie ces mesures en qualifiant ces opposants de "traîtres".  

À Managua, des employés d'entreprises publiques et de ministères disent avoir reçu l'ordre d'envoyer une photo de leur vote en faveur de M. Ortega à des groupes WhatsApp. 

Hind Ksiouar
Hind Ksiouar
On leur a dit qu'il y aurait une célébration de la victoire dans leurs centres de travail lorsque le tribunal électoral du Nicaragua, dominé par les sandinistes, devrait annoncer le résultat du vote le soir du dimanche 7 novembre 2021. 
Le président Ortega incarne le patriarcat, l'autoritarisme et la corruption, les trois têtes d'une entité semblable à Cerbère qui a dévoré un pays entier. Alors, qu’attendent les dirigeants des grandes puissances mondiales pour faire libérer les prisonniers politiques et intervenir en faveur du retour d’un Etat de droit démocratique au Nicaragua ?

Par Hind Ksiouar
Membre du Conseil national de la Chabiba Ittihadia, Hind est titulaire d’une license en littérature anglaise, elle est étudiante en droit et auto-entrepreneure


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