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L’homme face aux pandémies (1/4)




Les temps sont au Covid-19, c’est lui qui dicte sa loi sur les sociétés et les gouvernements. Il a ensanglanté et endeuillé des familles, il a paralysé les secteurs socioéconomiques, mis à plat le monde de la culture et des arts, interdit aux spectateurs et aux supporters d’assister aux matchs de leurs équipes préférées ou à toutes les autres compétitions sportives.

Tous les secteurs d’activités exigibles en matière de présence collective sont condamnés à respecter les règles d’hygiène et des mesures barrières, comme les compétitions sportives à se jouer à huis clos, sachant que le principal du volet financier des équipes provient de cette présence, ce qui a mis la quasi-totalité des grandes équipes en difficulté pour rétablir leurs équilibres financiers. Nous l’avons vécu comme tel depuis la mi-mars 2020, et nous continuons sur la même voie jusqu’à ce qu’un de ces laboratoires de la planète ait l’audace et la performance de nous dire : voilà le vaccin qu’il vous faut, faites-vous vacciner et la vie reprend son cours normal.

Les chiffres de la contamination flambent de jour en jour, celui de létalité aussi, mais il faut rester optimiste car celui des rémissions va crescendo. Pendant la rédaction de cet article, le nombre de morts par Covid-19 dans le monde se situe autour de 900.000, le nombre de cas de contamination à 27.500 000 et celui des rémissions à 18.150.000. Les pays les plus touchés sont : les Etats-Unis avec environ 6 400 000 cas de contamination, et morts 190 000, le Brésil (127.000 morts et 4.150 000 cas de contamination), l’Inde (73.000 morts et 4 300 000 cas de contamination), le Mexique (68.000 morts et 640 000 cas), et enfin le Royaume-Uni (42.000 morts et 355.000 cas de contamination).

Le Maroc occupe la troisième place au niveau africain, après l’Afrique du Sud et l’Egypte : le total de cas de contamination s’établit à 77.878 cas, celui des morts à 1453 et celui des rémissions à 59.723 (chiffres officiels datés du 9/9/2020).

Quand le Covid-19 est apparu dans la province de Wuhan en Chine, au mois de janvier 2020, il était cité comme un fait divers, mais dès le mois de mars, la situation a connu un bouleversement inédit. Le 12 mars déjà, le nombre de contaminations est passé à 110.000 cas, dont 20.000 en Europe. A cette date, l’OMS a tiré la sonnette d’alarme en déclarant qu’il s’agit d’une vraie pandémie.

Depuis, les populations de tous les pays vivent dans l’angoisse et la peur, car le virus circule partout et personne n’est épargné. C’est une psychose qui est vécue au quotidien, depuis qu’on nous a appris que nous sommes face à un virus contre lequel on ne peut rien, et que seuls les gestes barrières et les règles d’hygiène sont susceptibles de nous faire éviter la contamination.

Les scènes macabres des salles de soins dans les centres hospitaliers montrent le degré de souffrance de ceux et celles que le virus a croisé sur son chemin. Ceci devrait nous inciter à tout faire pour éviter d’être contaminé.

Compte tenu de tous ces faits et de ces chiffres, et en retenant les principales idées du discours Royal du 20 août 2020, l’auteur s’est donné la tâche de parcourir le temps pour apporter une sorte de réconfort, dont nous en avons tous besoin, et revenir sur l’histoire des principales pandémies que l’homme a vécues et qu’il a fini par vaincre. Les pandémies ne s’appellent pas seulement Covid-19, elles s’appellent aussi peste noire, grippe espagnole, grippe aviaire, choléra etc. Face à ces pandémies, l’homme n’a jamais cédé à la peur ni à la psychose, il les a subies mais il les a affrontées et combattues, jusqu’à sortir vainqueur tout au long de son histoire. Car dans tout cela, par ses ambitions économique, politique et militaire, l’homme est parvenu à contenir et à intégrer toutes les pandémies dans ses circuits de production, du commerce et des guerres. Il n’a jamais baissé les bras, même s’il fut mis à genoux pendant quelque temps car il fut pris au dépourvu, il s’est relevé et il a continué sa marche pour concrétiser, par son action, l’idée selon laquelle rien ne pourra venir contrer sa volonté. Donc, l’heure est à l’espoir et à l’optimisme.

En faisant le tour des principales pandémies connues par l’homme, il s’est avéré qu’elles sont soit de nature virale ou de nature bactérienne. Les pandémies virales sont toutes parties de Chine, et les pandémies bactériennes (le choléra) sont parties de l’Inde. Pourquoi ? On peut trouver certains éléments de réponse à travers certains documentaires qui ont tenté de passer en revue le marché des animaux de Wuhan, où un grand nombre d’animaux sauvages et de reptiles sont à vendre et à manger. Il en est de même pour l’Inde avec ses sept fleuves sacrés, qui reçoivent toutes sortes de déchets humain, animal et industriel et qu’il est interdit d’assainir. Ce sont bien ces lieux d’où sont sorties presque toutes les contagions qu’a connues l’humanité.

Il y a épidémie et pandémie, où est donc la différence ? La notion de pandémie est l’appellation post-Renaissance, entrée dans le dictionnaire français en 1972. Dans un premier temps, cette notion de pandémie a été reconnue comme synonyme de l’épidémie, c'est-à-dire avec la même signification. Mais cette signification a subi un changement aujourd’hui, puisque les deux termes sont utilisés pour désigner deux phénomènes tout à fait distincts.

D’après le dictionnaire français Larousse, « une épidémie est le développement et la propagation rapide d’une maladie contagieuse, le plus souvent d’origine infectieuse dans une population ». Ce qui différencie cette définition avec celle de la pandémie est bien ses étendues et son ampleur au sein des périmètres de contamination. Selon le même dictionnaire, « une pandémie est une épidémie étendue à toute la population d’un continent, voire au monde entier. ». Ce que nous vivons actuellement avec le Covid-19 corrobore bien cette dernière définition.

Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale et la création des Nations unies, qualifier telle ou telle maladie de contagieuse, d’épidémie ou de pandémie relève le plus souvent des compétences de l’Organisation mondiale de la santé, qui définit, via plusieurs facteurs, le passage de l’une à l’autre.

Il y a quelques années, l’Afrique de l’ouest a été frappée par le virus Ebola, ce qui a poussé notre pays à annuler l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations. Mais son étendue est restée limitée. Il s’agit principalement de la Guinée, du Liberia et du Sierra Leone. Des cas sporadiques ont été enregistrés dans des pays voisins, mais sans diffusion massive sur tous les continents.

Contrairement au virus Ebola, le Covid-19 est apparu dans la ville chinoise de Wuhan, et a vite passé du statut d’épidémie à celui de pandémie le 12 mars 2020, après que le nombre de cas de contamination a dépassé le cap de 110.000 personnes dont 20.000 dans le continent européen. A cette date, l’OMS a fait sa déclaration connue de tout le monde, alors qu’elle devait agir plus vite pour endiguer la pandémie à sa source. « Le Covid-19 peut être qualifié de pandémie en raison de la hausse rapide du nombre de cas en dehors de la Chine au cours de ces deux dernières semaines, et du nombre croissant de pays touchés »

En parlant de pandémie, l’OMS a tendance à élargir son spectre en y joignant des affections chroniques comme l’obésité, le diabète, le tabagisme, le cancer ou encore la résistance aux antibiotiques.

é à travers son histoire sont nombreuses. Depuis que l’homme a commencé à écrire et éditer son histoire et depuis qu’il a commencé à batailler, à savoir l’antiquité, il a aussi mémorisé celle des maladies qui ont fait disparaitre des populations tout entières, en l’espace de quelques mois ou de quelques années sans le moindre remède car le mal est resté hors de portée de toute connaissance pouvant l’identifier et limiter ses effets

Parcourons donc l’histoire de ces maladies qui furent caractérisées par des propagations rapides et des taux de mortalité élevés. Dans la phase même où cette histoire a commencé à être éditée, au cinquième siècle avant notre ère, il y a eu la peste d’Athènes qui a duré quatre ans.

La peste d’Athènes
C’est la première épidémie d’envergure qu’a connue l’humanité, due certainement à la sédentarisation et à la croissance démographique . Ce qui en découle comme nouvelles conditions, c’est la rupture de l’équilibre éco-épidémiologique existant. Résultat, l’apparition de maladies infectieuses ou parasitaires. Quand l’urbanisation a atteint des seuils critiques, l’équilibre en question est rompu, ce qui a favorisé l’émergence de nouvelles maladies infectieuses, d’autant plus qu’elles sont facilitées par une plus grande fréquence de contacts dans le commerce ou pendant les guerres.

A propos d’Athènes, juste avant l’apparition de la peste, la cité comptait 200.000 habitants, sans réseau centralisé d’eau potable, ni système d’égouts pour l’évacuation des eaux usées et de pluie, le champ était donc libre aux larves et aux insectes pour apparaître dans des lieux pris comme réservoirs. C’est toute une rupture de l’écosystème qui a favorisé l’apparition de la peste de la cité d’Athènes, qui a frappé par vagues depuis 430 à 426 av. J. C. C’est une épidémie qui a fait son apparition au début de la zone chaude et sèche de l’année 430 av. J. C. pour s’affaiblir pendant les deux années suivantes. Elle est devenue plus meurtrière entre 428 et 427 av. J. C. avec une recrudescence au début de l’hiver de 427, pour disparaître pendant les derniers mois de l’année 426 av. J.C. Elle a causé la mort de plusieurs dizaines de milliers de morts, dont celle de Périclès.

Ses origines sont restées un mystère, mais elle a été décrite par l’historien grec Thucydide, lui-même touché par la maladie. Ce fut une forme de fièvre thyphoïdale qui se manifestait par des fièvres intenses, des diarrhées, des rougeurs et des convulsions. D’après la même source (Thucydide), l’épidémie est venue d’Ethiopie, frappa en Egypte en Libye, puis à Athènes.

Pour mémoire, Périclès fut l’homme de l’âge d’or d’Athènes puisque c’est à lui que reviennent les projets de construction de la majorité des structures architecturales encore présentes sur l’Acropole d’Athènes dont le Panthéon.

Ce fut ainsi la première épidémie documentée de l’histoire, que l’homme a pu subir en marquant la fin de toute une époque considérée par les historiens comme une époque privilégiée en lui attribuant le titre de l’âge d’Or.

La peste Antonine
C’est la peste qui ébranla l’Empire romain au IIème siècle de notre ère, à la fin de la dynastie antonine entre les années 165 et 190 ap. J. C. Elle doit son appellation « Antonine » à la dynastie qui a dirigé l’Empire romain : les Antonins. C’est une maladie qui a suscité beaucoup de débats et soulevé plus d’un désaccord entre les chercheurs qui se sont attelés au sujet. Mais un seul point d’accord a persisté, celui de dire que cette peste a contribué lourdement au déclin, voire à l’effondrement de l’Empire romain d’occident comme ce fut le cas de la peste d’Athènes.

Pour ce qui est de son apparition, les historiens évoquent des territoires d’Orient sous domination romaine, en l’occurrence l’Egypte et les territoires voisins. Pour l’Egypte, les manuscrits sur papyrus ont bien conservé les traces des grands ravages causés par l’épidémie et selon un de ces papyrus, des villages entiers ont été dépeuplés. Ce qui a marqué durablement la démographie de ce pays tout au long des années 170 ap. J. C. En Asie, c’est à travers des oracles des lieux de culte que les historiens et les chercheurs se sont documentés, et qui ont mentionné cette peste et, de fait, mis en rapport avec la pandémie.

L’arrivée et l’extension de la pandémie sont devenues connues grâce aux ouvrages de Galien qui fut médecin et l’une des figures scientifiques les plus connues de l’Empire romain à côté de Lucrèce.

le a publié un ouvrage intitulé : Lumière, Matière et Rayonnement, avec comme titre du chapitre III : Interaction lumière-matière dans la nature, dans lequel un aperçu a été donné sur les contributions scientifique et médicale de ce savant qui a marqué son époque. Le récit à son propos vient comme suit : « Des progrès sensibles sont accomplis par Galien au IIème siècle après J. C. Il dissèque de nombreux animaux dans le but d’améliorer les pratiques médicales. Il met en évidence le rôle du nerf optique dans la vision. Il rejoint les idées platoniciennes en ce qu’il considère qu’un fluide intérieur est communiqué du cerveau à l’œil par le nerf optique, qui sensibilise l’œil et le rend apte à être impressionné par le fluide externe en provenance de l’objet. Il attribue la zone sensible au cristallin en citant : ‘’ J’ai dit que l’humeur cristalline elle-même est l’instrument principal de la vision, un fait clairement établi par ce que les médecins appellent cataracte, qui se situe entre le cristallin et la cornée et qui interfère avec la vision…’’

La rétine joue un rôle important, mais elle n’est pas perçue comme le siège de la vision. En tant que dernière des tuniques qui composent l’œil, elle assure le lien entre ce dernier et le cerveau, via le nerf optique. Elle est considérée comme une réserve de nutriments par la citation : ‘’ Sa fonction principale est de percevoir les modifications du cristallin ainsi que d’acheminer et de diffuser les éléments nutritifs à l’humeur vitreuse.’’ Ainsi sont faites les études de Galien qui a beaucoup amélioré la science de la vision en rendant le cristallin comme responsable de la vision par l’intermédiaire du nerf optique. »

Galien a quitté Rome dans la précipitation dès 196 après J. C. Ce départ a été interprété comme une fuite de l’épidémie. Cette fuite n’a pas duré longtemps, puisqu’il a été rappelé par les empereurs romains, qui avaient rappelé les troupes d’Orient pour défendre les zones danubiennes des invasions nordiques (Barbares). Ce rappel des guerriers d’Orient est jugé par les historiens comme principal facteur de contamination de Rome et de tout l’Empire romain.

Les troupes romaines furent sévèrement touchées notamment pendant les deux hivers de 168 et 169, et où les deux empereurs furent contraints de faire appel à de nombreux médecins et plus particulièrement à Galien qui fut le médecin le plus important et le plus réputé de la cour impériale romaine. La peste Antonine a suscité un nombre important de débats avec des désaccords qui continuent encore à persister. Depuis peu (1973), les études présentées ont tendance à affirmer qu’il s’agissait d’une épidémie de variole.

Quant au bilan, il a été fort discuté, allant des cas pessimistes faisant état de la mort de 25 à 30% des populations, aux cas optimistes tablant sur un taux de mortalité compris entre 7 et 10%. Le premier cas laisse entendre un nombre de morts compris presque entre 13 et 19 millions d’habitants, alors que le second cas optimiste permet d’estimer de 7 à 10 millions d’habitants, sur un total de 65 millions d’habitants que comptait l’Empire.

Par Abdelkrim Nougaoui Enseignant chercheur à Oujda (A suivre)

Abdelkrim Nougaoui
Vendredi 11 Septembre 2020

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