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L’argent de l’Education nationale part en fumée !: II- Quelques principes de la gestion du changement dans le curriculum  au Maroc




L’argent de l’Education nationale part en fumée !: II- Quelques principes de la gestion du changement dans le curriculum  au Maroc
Nous pensons que la première erreur stratégique commise à la fois par le bureau d’étude (BIEF) et le ministère de tutelle  à l’époque, c’est d’avoir opté pour la généralisation de l’approche pour tous les niveaux du primaire sans aucune garantie que cela puisse engendrer les  résultats escomptés en matière d’amélioration des apprentissages des élèves. Dans ce sens, il semble que le bureau d’étude aurait sacrifié son protocole expérimental pour répondre à une demande pressante du ministère qui voulait boucler la réforme curriculaire dans l’urgence. Donc sans procéder à une expérimentation graduelle permettant de faire une évaluation des retombées de la démarche sur les acquisitions des élèves, on s’est lancé dans sa généralisation de manière fortuite. De plus, un autre obstacle cette fois-ci inhérent à la démarche elle-même, qui  paraît trop technique au point d’être dirigiste par l’arsenal de fiches auquel l’enseignant est tenu de se  conformer perdant ainsi une bonne part de sa marge de manœuvre.
L’exemple  palpable dans ce sens se rapporte à  la fameuse remédiation qui, sur le papier, paraît complètement cohérente mais tout à fait inopérante dans la réalité de la pratique pédagogique en classe. Certes, le changement des pratiques pédagogiques de classe provoque toujours chez le personnel  inquiétude et méfiance,  cependant on ne peut exclusivement placer ces réactions du côté du refus d’évoluer, cela peut se rapporter aussi à des procédés confectionnés par les concepteurs mais  jugés  inadaptés par les acteurs du terrain. On a demandé aux enseignants marocains  de décrypter les informations reçues et d’y répondre par un certain nombre de procédures définies à l’avance et en dehors d’eux. Les concepteurs de la pédagogie de l’intégration ont peut-être oublié une donnée de base, à savoir que toute reforme dans le curriculum est intrinsèquement liée à la nature de l’acte éducatif, c'est-à-dire à la transmission des savoirs et des savoir-faire et qui exige l’implication du corps enseignant dans l’élaboration des stratégies et des démarches visant l’innovation et l’amélioration de la qualité de l’enseignement. Ainsi un décalage énorme s’est produit entre le curriculum souhaité,  confectionné par le BIEF et son équipe restreinte à Rabat et le curriculum réel qui s’est manifesté  lorsque les enseignants ont voulu prendre le relais et passer à l’action dans leur pratique de classe. Un travail sur les représentations des enseignants au départ aurait pu résorber ce décalage négatif et aurait permis  une bonne application du curriculum élaboré. Par ailleurs, la deuxième erreur stratégique des concepteurs de la pédagogie de l’intégration se rapporte au fait qu’on a  voulu plaquer un modèle de curriculum sur un ancien sans pour autant créer dans les représentations des enseignants le conflit cognitif nécessaire à la construction d’une nouvelle conception qui dépasse la première. George Viganello disait qu’entre la théorie et la pratique des surdités s’installent et des opacités s’entretiennent. De ce fait, puisque le domaine de l’éducation est le champ par excellence du mariage de la théorie et de  la pratique, les concepts  véhiculés n’ont de sens d’un point de vue pragmatique  que parce qu’ils éclairent  les pratiques pédagogiques de classe. Dans ce sens, avant même qu’on soit passé  à la mise en œuvre de la P.I qu’est-ce qui garantissait que son cadre conceptuel aurait été bien assimilé par les enseignants en exercice? Chose qui aurait permis une meilleure fluidité dans sa mise en œuvre. Parmi les  enseignements qu’on peut tirer de l’échec de la pédagogie de l’intégration je n’en citerai qu’un : En effet, sans une mobilisation totale et une adhésion sans faille du corps enseignant et du staff administratif exerçant dans les établissements scolaires le pourcentage de réussite dans la réforme curriculaire restera très minime. En effet, conduire le changement dans le curriculum au Maroc n’est pas une mince affaire ; pour cela il faut respecter certains principes qui sont les suivants :
1-la nécessité d’expliquer le changement :
Dans le cadre du pilotage de la réforme curriculaire, il faut expliquer aux enseignants que le monde change et que l’école doit changer avec lui. De plus, il serait souhaitable de débattre avec eux sur les raisons de changer le curriculum et comment le changer. Les rénovations doivent cibler les contenus d’enseignement,  la manière de les agencer ainsi que les modes de transmission du savoir,  de la connaissance et la manière de les évaluer. Tout cela doit se faire en rompant avec  les méthodes archaïques et en consolidant les bonnes pratiques pédagogiques en classe afin de déclencher l’élan d’un renouveau culturel susceptible de concrétiser la réalisation des nouvelles finalités de l’école marocaine.   
 2-L’inévitable approche participative :
Toute tentative de modification dans l’organisation du travail chez les enseignants provoque inévitablement des phénomènes de résistance au changement. D’une part, l’approche participative est de nature à lutter contre toute forme d’inertie face aux propositions d’évolution, et d’autre part  face à toute forme de  refus  de modifier son système de pensée ou de représentation, comme elle est de nature à lutter contre le blocage dans la mise en application des transformations décidées.
3-L’incontournable ouverture sur les partenaires sociaux :
La troisième difficulté tient  au Maroc, à la résistance et souvent à l’hostilité des partenaires sociaux.
Nous avons une forte syndicalisation dans le secteur de l’enseignement. Souvent les syndicats font bloc  contre toute tentative  de changement sans comprendre le bien-fondé de celui-ci, d’où la nécessité de les impliquer comme partenaires actifs dans l’instauration  du changement.
Ainsi, la réforme curriculaire tant espérée apparaît comme un projet de société qui traduira sans aucun doute les attentes de celle - ci et qui conditionnera l’avenir de toute une génération. La recherche d’une école de qualité au Maroc, nous amènera à repenser le curriculum en vigueur. En effet, si les textes officiels relatifs à la Charte de l’éducation et de la formation, au livre blanc, au programme d’urgence ont mis l’accent sur la nécessité de prendre en compte  l’approche par les compétences, cela ne peut se concrétiser qu’à travers un cadre méthodologique cohérent et efficace. Loin de sous-estimer les savoirs, l’approche par les compétences leur donne un nouvel élan, en les liant à des pratiques sociales, à des situations complexes, à des problèmes, à des projets. Bien évidemment, sans être le remède miracle de l’échec scolaire, elle peut néanmoins donner du sens aux apprentissages à l’école, et permettre aux jeunes Marocains scolarisés de construire des compétences et des savoirs significatifs pertinents et mobilisables dans la vie de tous les jours et dans le travail.
 Avec l’effondrement de la pédagogie de l’intégration à travers la tentative de son implantation dans le dispositif pédagogique marocain, la  question à laquelle toute la communauté éducative marocaine devrait trouver une réponse dans l’urgence se rapporte à quel cadre méthodologique peut-on se fier pour mettre en œuvre l’approche par les compétences ? S’il y a un engouement des systèmes éducatifs mondiaux par rapport à cette approche, cela est sans doute dû à son apport bénéfique et à ses vertus éducatives  par rapport aux générations montantes. Ainsi nous sommes condamnés à changer ou à disparaître, nous sommes condamnés à changer avant qu’il ne soit trop tard, l’avenir appartient à ceux qui évoluent. Le statut des élèves  marocains de demain ne ressemblera pas du tout au nôtre,  d’où la nécessité de les préparer à relever les défis d’un avenir qui s’annonce très difficile et impitoyable.   

Professeur agrégé (CRMEF Fès) *

Par Hassan Filali
Jeudi 26 Juillet 2012

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