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Julien Prat, chercheur CNRS et au Centre de recherche en économie et statistique de l’Ecole polytechnique

Tous les opérateurs devraient bénéficier de la Blockchain à terme



Julien Prat est co-responsable de la chaire "Blockchain & plateformes B2B", soutenue par Capgemini.Il est également chercheur CNRS et au CREST (Centre de recherche en économie et statistique de l’Ecole polytechnique de Paris). S’il estime que la Blockchain a "un réel potentiel disruptif et qu'elle peut aider à relever de nombreux défis contemporains", Julien Prat, qui a publié en 2019 l'ouvrage intitulé "Un modèle d'équilibre du marché du minage de bitcoins" n’en pense pas moins que celle-ci n’est pas blanc-seing. Cette technologie présente certains risques en termes de protection des données privées, tout en étant une menace, à terme, pour le droit à l’oubli, sans parler des “Smart Contrats” à même d’offrir, dans le pire des cas, un peu trop de pouvoir à la technologie artificielle. Dans l’interview ci-dessous, le chercheur nous donne son avis sur la transaction réalisée par l’OCP tout en nous éclairant sur les multiples aspects de la Blockchain de manière générale.



Julien Prat, chercheur CNRS et au Centre de recherche en économie et statistique de l’Ecole polytechnique
La transaction opérée par l’OCP peut-elle être considérée comme une manière d'encourager et de favoriser l'utilisation de la technologie Blockchain ?
Cette transaction démontre le potentiel de la technologie Blockchain pour la simplification et l’accélération des paiements, particulièrement dans les opérations d’import-export où les délais afférents aux technologies existantes se comptent en semaines.

La Banque de commerce et de développement de l’Afrique de l’Est a également participé à cette transaction, A l’évidence les banques ne seront pas totalement hors-jeu
Bien sûr, les banques ont un rôle clef à jouer dans l’adoption de cette nouvelle technologie. L’initiative de la Banque de commerce et de développement de l’Afrique de l’Est et australe montre qu’elle a bien compris l’importance des enjeux.

A en croire les spécialistes, la Blockchain n’aurait que des avantages
A en croire certains spécialistes, pas tous ! Les Blockchains sont plus lourdes à gérer que des bases de données centralisées classiques. Le bénéfice est qu’elles permettent de décentraliser le contrôle des données, ce qui est crucial quand un grand nombre d’acteurs, potentiellement concurrents, doivent partager leurs informations. Pour faire simple, la Blockchain n’a pas que des avantages mais elle permet de positionner de manière fine le curseur entre décentralisation et efficience des bases de données.

Qui pourra profiter pleinement de ses avantages ? Les entreprises, les particuliers, les gouvernements ? 
Difficile à dire aujourd’hui, mais tous les acteurs devraient en bénéficier à terme. Les gouvernements sont probablement dans la position la plus stratégique car ils doivent préserver l’intégrité du cadre régulatoire, la stabilité financière et la souveraineté monétaire. Autant de dimensions qui sont potentiellement contestées par l’émergence des cryptoactifs.

Est-ce que c’est la Blockchain qui est au service de la cryptomonnaie ou plutôt l’inverse ?
La Blockchain est le support technologique, la cryptomonnaie est une application parmi tant d’autres et probablement pas la plus intéressante.

Pourquoi la protection des données personnelles est-elle au cœur des débats sur la Blockchain ?
Comme les Blockchains publient sur un registre distribué et immuable l’ensemble des transactions, il y a effectivement un risque de transparence excessive et de négation du droit à l’oubli. Cela dit, il existe des solutions qui permettent de chiffrer la nature des transactions ainsi que l’identité des participants. Il est donc possible de trouver un équilibre qui satisfait à la fois le partage des données et le droit à la vie privée des utilisateurs.

Il semblerait qu’il existe plusieurs grands types de Blockchain
Oui tout à fait, et c’est un vaste sujet. Sans rentrer dans les détails techniques qui ont aussi leur importance, la distinction principale est entre les Blockchains privées, dont les droits de lecture et d’écriture sont restreints à un groupe d’acteurs accrédités, et les Blockchains publiques, dont les droits de lecture et d’écriture ne souffrent d’aucune restriction.

Comment s’y retrouver et faire son choix ?
Sur le fond, il s’agit de faire un choix sur le degré de décentralisation ; les Blockchains publiques étant maximalistes puisqu’elles aspirent à la décentralisation la plus poussée possible.

Est-ce qu’on ne risque pas de céder un peu trop de pouvoir à l’IA à travers les smartcontrats ?
C’est effectivement un danger. Combiner des Blockchains avec des smart-contrats crée un environnement où les décisions prises par l’IA deviennent « inarrêtables ». C’est ce caractère « inarrêtable » qui rend les smartcontrats crédibles, mais on voit bien qu’il n’est pas sans poser des risques voire des questions éthiques.

Est-ce qu’un jour, la Blockchain deviendra indispensable à notre quotidien ?
Dans un premier temps, je pense que les Blockchains vont profondément modifier l’infrastructure des services financiers. Or, ce n’est pas quelque chose qui est très apparent aux utilisateurs. Il s’agira donc d’une révolution plutôt souterraine pour la plupart des particuliers, mais elle leur permettra de bénéficier de services financiers à la fois moins coûteux et beaucoup plus flexibles.

Propos recueillis par C.C

Libé
Jeudi 22 Avril 2021

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