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Jerada sur des charbons ardents : L’approche sécuritaire ne peut servir de solution pour une ville en détresse




Les débrayages et les marches se poursuivent à  Jerada dans une indifférence quasi-totale des autorités publiques. En effet, aucun  dialogue n’a été entamé  avec la population et aucun responsable n’a jugé utile de lier langue avec les protestataires. La soi-disant visite d’une délégation ministérielle rapportée par plusieurs sites et journaux s’est finalement avérée n’être qu’un canular.
 « Jerada vit au rythme des rumeurs et des Fake news depuis  la mort de deux mineurs de fortune.  Les réseaux sociaux et les sites disent tout et son contraire », nous a indiqué Nyat Abou Aziz, un habitant de la ville. Et de poursuivre : « Certains de ces médias ont évoqué la présence d’une délégation ministérielle sur les lieux. D’autres ont parlé de l’envoi de représentants de plusieurs départements  ministériels. Mais on  n’a pas vu l’ombre de qui que ce soit».
Et qu’en est-il de l’engagement du chef du gouvernement de rencontrer les parlementaires de la province pour discuter de la situation et de l’appel à l’ouverture d’une enquête sur la mort des deux mineurs ? «Nous n’avons rien vu venir. Aucune initiative officielle n’a été entreprise et  aucun dialogue avec la population n’a été entamé », nous a révélé notre source. D’après elle, seule l’approche sécuritaire a prédominé. « La population de Jerada a eu droit à une forte descente des forces de l’ordre (police, forces auxiliaires, armées....). Mais, nous tentons d’éviter tout contact avec les éléments de ces forces afin d’éviter toute escalade qui peut nous conduire au pire », a-t-elle précisé.  
Un état de fait qui semble loin d’entamer la volonté et la détermination de la population qui insiste à continuer la lutte jusqu’à ce que l’ensemble de ses revendications trouve une réponse positive. «  Notre lutte va certainement prendre un nouveau tournant. Tout dépend de la réponse du gouvernement à nos demandes sociales et économiques  légitimes. Mais, nous affirmons que ces nouvelles formes de lutte resteront pacifiques et bien encadrées », nous a certifié Nyat Abou Aziz. Et de poursuivre : « Aujourd’hui, on organise quotidiennement des marches pacifiques en partant des différents quartiers de la ville et à destination d’une place proche de la préfecture et du conseil communal. La grève organisée dernièrement a été une véritable réussite grâce à la solidarité de  la population qui a pu résister à la pression des autorités locales. En effet, nombreux sont les propriétaires de cafés et épiceries qui ont subi des pressions visant à saborder la grève ».
En fait, la colère gronde depuis des mois  en signe de protestation contre la cherté des prix de l’électricité et de l’eau potable.  Une   situation de morosité économique et sociale qui s’est exacerbée avec la mort de deux mineurs de fortune noyés dans des galeries situées à 90 mètres de profondeur. La population est en colère contre les autorités qui ont déjà promis le lancement de plusieurs projets de développement suite à la fermeture des mines de charbon mais rien de concret n’est fait jusqu’à aujourd’hui. En fait, plusieurs mines ont été fermées dans la région en raison de la baisse des prix du charbon au niveau mondial et des promesses de reconversion de la zone pour lutter contre le chômage ont été données. Aucune d’entre elles n’a été tenue alors que les  prix du charbon se sont envolés  de nouveau et que rien n’a été envisagé dans le sens de la reprise de l’exploitation des richesses minières de la région. Pis, au lieu d’examiner la possibilité de réouverture de la mine de Jerada, le wali de la région orientale a décidé d’octroyer des autorisations d’exploitation minière à quelques chanceux  et laissé une grande majorité de la population crever la dalle et se dépatouiller avec les éboulements, les coups de grisou et le manque d’oxygène dans les galeries anarchiques creusées sans réels étais et soutènements, pour extraire le charbon à des profondeurs qui frôlent les 80 mètres. Plusieurs décès sont enregistrés chaque année et les maladies pulmonaires sont toujours légion.

Hassan Bentaleb
Samedi 30 Décembre 2017

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