Javier Cercas: J'aspire à rencontrer tous les écrivains qui sommeillent en moi



Libé
Lundi 27 Mars 2023

Ne pas se "répéter", se "réinventer" sans cesse: de retour en librairie avec "Le château de Barbe-Bleue", dernier volet de sa trilogie policière à succès, l'Espagnol Javier Cercas aspire, livre après livre, à "rencontrer tous les écrivains" qui sommeillent en lui.


Après "Terra Alta" en 2021, suivi d'"Indépendance" l'année suivante, Melchor Marín, l'ex-policier au coeur de cette série littéraire, revient enquêter sur un milliardaire qui exploite sexuellement des enfants, après avoir exploré les soubresauts de la crise catalane.


En quelques années, ce personnage est devenu la nouvelle star du roman noir en Espagne. A tel point qu'une adaptation sous forme de série de "Terra Alta" est en préparation, confie l'auteur des "Soldats de Salamine" (2002), lors d'un entretien à l'AFP en visio-conférence.

"Le château de Barbe-Bleue" sort en librairie le 5 avril chez Actes Sud, en même temps qu'un format poche de "Terra Alta". "Le projet de départ était de faire quatre livres. Je vais en rester là, pour l'instant. J'aime l'idée de laisser les lecteurs mijoter", dit-il dans un sourire.
Même si, poursuit-il, "la quatrième partie est déjà écrite".


Livre après livre, l'auteur ausculte l'histoire de l'Espagne au XXe siècle: "Anatomie d'un instant" (2009), radiographie du coup d'Etat manqué de 1981, "L'Imposteur" (2014)... Sans parler des "Soldats de Salamine", roman sur fond de Guerre Civile (1936-1939), adapté au cinéma par le réalisateur oscarisé David Trueba.


Cercas avait surpris ses lecteurs en passant au polar. "Terra Alta" "a été une manière de me réinventer. J'ai toujours voulu éviter de me répéter", explique-t-il. Et d'ajouter qu'il "aspire à rencontrer tous les écrivains qui sommeillent en (lui). Nous sommes des êtres pluriels".


Se réinventer toujours, comme lorsqu'il réalise, pour le grand journal de centre-gauche espagnol "El Pais", un entretien filmé avec le président de la République, Emmanuel Macron. Habitué du journal, il y tient une tribune.


L'auteur était même présent à l'Elysée lors du diner donné en l'honneur de l'entrée du Nobel péruvien, Mario Vargas Llosa, à l'Académie française, en présence du roi émérite Juan-Carlos.

Le dîner, qui a duré plus de trois heures, "a dépassé toutes mes attentes", dit-il. "On a parlé politique, histoire, littérature, sans aucune entrave. Ça a été un moment fort", ajoute-t-il, sans donner davantage de détails.


De retour à sa trilogie policière - à laquelle la France a jusqu'ici réservé un accueil chaleureux -, l'écrivain explique qu'elle peut se lire "d'une certaine façon, comme une version des +Misérables+".


Marqué par un passé de délinquant et hanté par l'assassinat de sa mère, prostituée, puis de sa femme, intentionnellement renversée par une voiture, Melchor Marín est un mélange de Jean Valjean et de l'inspecteur Javert.


Ce personnage émerge "de ce que j'appellerais mon côté maudit. Nous connaissons tous la fureur, la douleur, le désir de vengeance", explique l'auteur.


Qu'est-ce qui a pu réveiller la part sinistre d'un écrivain à lunettes, à l'apparence d'un professeur inoffensif ? "Je répondrai très clairement: ces romans n'auraient jamais été écrits sans ce qui s'est passé en Catalogne à l'automne 2017", confesse-t-il.


L'aventure indépendantiste d'une partie de la classe politique catalane en 2017, qui avait convoqué un référendum illégal, a déchiré cette région et mis à l'épreuve la jeune démocratie espagnole. M. Cercas, qui vit en Catalogne, avait pris position contre le référendum malgré les critiques. "Pour moi, il y a un avant et un après. Ma vie a changé. A partir de ce moment-là, tout prend un sens différent et me fait souffrir. Heureusement, j'ai pu mettre tout cela dans un roman", confie-t-il.


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