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Faisons des bons vœux pour le Maroc !




Faisons des bons vœux pour le Maroc !
En ces jours de bonnes résolutions et d'échange d'amabilités pour une année douce et agréable, il m'est paru essentiel de formuler des vœux à l'endroit de notre cher pays, le Maroc. Des vœux que des millions de concitoyens imaginent, expriment ou espèrent !
Mais formuler des vœux pour son pays n'est pas une chose aisée à transcrire. Bien sûr, nous lui souhaitons tous une année de paix, de maturité démocratique, de prospérité et d'ouverture sur le monde et sur les idées. Bien sûr, nous espérons tous le voir continuer à être un pays orgueilleux de son histoire, fier de son peuple et jouant pleinement son rôle sur la scène internationale... Les souhaits sont légion pour ceux qui, comme moi, ne cessent de clamer leur fierté d'être marocains (clin d'œil à mon article paru dans Libération, 4 avril 2011). Mais comme il est précisé ci-haut, il est délicat de se restreindre aux vœux pieux. En effet, si l'âme espérante regarde l'horizon avec des rêves infinis et la conviction intime que le miracle divin opérera pour concrétiser les souhaits les plus inaccessibles, la situation est nettement différente pour un pays. L'accomplissement de ses vœux dépend, essentiellement, de la volonté de ses citoyens et de la capacité de sa classe politique à tracer le chemin adéquat pour les réaliser.
Et dans le cas du Maroc, il semble primordial d'émettre de bons vœux pour deux secteurs vitaux en totale déconfiture : l'enseignement et le système de santé publics.
Pour ce qui est de l'enseignement public, nous assistons, depuis des années, à une dislocation méthodique et sans précédent de l'école marocaine. Pourtant, l'enseignement, cette mission régalienne de l'Etat, n'est pas une chose secondaire. Il n'est pas non plus une activité lucrative qui doit générer des profits et susciter les convoitises des investisseurs. C'est un pari gagnant sur l'avenir. C'est l'expression concrète de la volonté d'un pays de ne laisser aucun de ses enfants au bord de la route. C'est le socle qui permet à tout peuple de s'imprégner de son passé, de consolider son présent et d'offrir à chaque citoyen les chances et les outils nécessaires pour  prendre part à un avenir commun.
L'état délabré de l'offre éducative publique marocaine impose une réaction immédiate. Le dernier rapport PISA (décembre 2019) liste notre école au bas fonds de son classement mondial (75ème sur 78), loin derrière des pays supposés moins développés.
Le recours à l'enseignement privé n'est pas la panacée, en particulier dans son acception marocaine. Les familles y sont saignées à blanc par d'opportunistes marchands de rêves qui, profitant de l'inquiétude légitime des parents, quadrillent le pays par des établissements dont le réel critère de qualité est le montant de la mensualité !
Parallèlement à cette déconfiture de l'enseignement public, nous assistons à une décadence vertigineuse du système de santé marocain. Il est vrai que la création de la carte RAMED a permis aux plus démunis d'accéder aux soins. Mais le problème c'est que l'hôpital public est souvent dépourvu de moyens et, osons dire les choses, de volonté d'une partie du personnel médical de respecter le serment d'Hippocrate . Et quand on ajoute à ceci la gangrène de la corruption, on se retrouve devant une lugubre réalité qui rend complexe, inefficace et onéreuse l'offre sanitaire publique.
Peu importe les causes qui ont amené la dégradation de l'enseignement public et la précarisation du système de santé du Maroc! Que ceci soit la traduction des directives du FMI ou le résultat des choix politiques des majorités successives, il est à l'évidence irresponsable de laisser la situation s'aggraver davantage. Le vivre-ensemble en pâtit déjà. La multiplication des incivilités, des agressions à armes blanches et la propagation de l'insécurité ne sont que le résultat logique de la déliquescence de l'école publique.
Dans son adresse aux participants au 33ème Congrès international pour l’efficacité et l’amélioration de l’école, lancé le mardi 8 janvier 2020 à Marrakech, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a mis l’accent sur l’urgence de l’égalité et de l’efficacité à l’école. Partant de là, de nombreuses mesures peuvent être envisagées rapidement pour redresser progressivement l'école marocaine. Parmi ces suggestions, il y a bien évidemment l'instauration d'une scolarité effective, obligatoire et gratuite jusqu'à l'âge de 18 ans ou au baccalauréat. Ceci offrira à tous les jeunes Marocains la possibilité d'acquérir les savoirs de base pour poursuivre des études supérieures ou intégrer plus équitablement le marché du travail. L'autre suggestion concerne le corps enseignant dont le métier doit être mieux valorisé. En même temps, il paraît évident d'interdire, par la loi, l'imbrication malsaine entre le public et le privé. En effet, permettre au personnel enseignant de proposer "des heures" de révision payantes hors du temps scolaire que ce soit dans les caves des maisons ou dans des établissements privés influe négativement sur le travail accompli à l'école. Une troisième et dernière proposition consiste à imposer, par souci d'équité et comme c'est la règle dans d'autres pays, le même programme aux établissements privés et publics. Cette mesure aura le double avantage de permettre à tous les enfants d'acquérir le même socle de connaissances et de couper l'herbe sous les pieds des établissements privés qui s'évertuent à changer les programmes chaque année avec comme objectif, à peine voilé, gagner de l'argent!
Les effets négatifs de la décadence de l'enseignement public sur la société marocaine s'additionnent à ceux de notre système de santé défaillant. Laisser périr l'hôpital public fait courir un risque majeur à la population. La difficulté de se soigner, le coût très élevé des soins et l'inégalité de la répartition des hôpitaux et centres de santé sur le territoire constituent, indéniablement, des facteurs à hauts risques pour la santé publique.
Les deux secteurs abordés dans cette contribution m'incitent à émettre le souhait de voir l'Etat réagir et agir sans attendre pour rectifier la courbe quitte à réorienter les budgets et à corriger les choix politiques.
Le Maroc a plus besoin d'écoles et d'hôpitaux de qualité que d'infrastructures qui peuvent, dans l'état actuel des choses, paraître superflues ou du moins non urgentes à réaliser.
L'avenir de notre pays et la tempérance qui distingue notre société sont étroitement liés à notre capacité à garantir à tous un accès aux soins efficace et à nos enfants une école moderne et compétente car c'est à l'école que tout peut se gagner ou se perdre!

 * Docteur es Histoire

Par Mohamed Lmoubariki *
Vendredi 17 Janvier 2020

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